‹ Les tragédies de MontchrestienChapitre 5 sur 78 · SUR MONTCHRESTIEN. XXJ · texte numérisé non relu

SUR MONTCHRESTIEN. XXJ

surtout une dissertation animée, et comme la solution dialoguée d'une crise morale. La tragédie de Garnier et de Montchrestien, tout en se rapprochant d; la tragédie classique, qu'elle prépare et qu'elle annonce, est de fait un genre à part et intermédiaire.

Les tragédies de Montchrestien furent-elles représentées publiquement ? Nous n'en savons absolument rien; mais il est certain que l'auteur les destinait à l'être : ses préfaces ne laissent là-dessus aucun doute. On s'est trompé en prétendant prouver par ce qu'on a nommé des « impossibilités scéniques* » que Montchrestien ne fut jamais joué. Ces « impossibilités » n'existent pas. A la vérité, la disposition des scènes dans ses tragédies est incompatible avec les habitudes du théâtre moderne; mais, sans entrer dans de longs détails, rappelons qu'il est aujourd'hui bien démontré que la Renaissance et les premières années du dix-septième siècle (jusqu'à 1640 environ) avaient conservé la mise en scène des Mystères du moyen âge ; c'est-à-dire que la scène, à la fois complexe et immuable, renfermait encore dans un cadre unique et dans un décor permanent tous les lieux différents où l'action devait se passer successivement. L'unité de lieu dramatique s'est établie, non pas (comme on le croit généralement) par une brusque révolution de l'art théâtral, mais par une simplification progressive de la multiplicité primitive; l'action d'un mystère se déroulait parfois dans trente ou quarante lieux différents; il n'y en eut plus que cinq ou six dans le théâtre tragique de Hardy; il n'y en a plus que trois dans le Cid et deux dans Cinna. Il n'y en a plus qu'un seul dans la tragédie de

Page 1