‹ Les tragédies de MontchrestienChapitre 6 sur 78 · I. V. A. Joly, Antoine de Montchrestien, Caen, 1865, in · texte numérisé non relu

I. V. A. Joly, Antoine de Montchrestien, Caen, 1865, in

xxij Notice

Racine. Mais rien ne serait plus aisé que de jouer Montchrestien sur la scène multiple et immuable où l'on représentait Hardy.

Reprenons l'histoire de notre poète, plus tragique encore que ses tragédies. Peu de temps après qu'il eut donné la seconde édition de son théâtre, une fâcheuse affaire le força de quitter la France. Il tua en duel le fils du sieur de Grichy-Moinnes, près Bayeux ; on l'accusa de l'avoir assassiné par trahison, en feignant de lui demander la vie. Montchrestien tombait sous le coup de l'édit rigoureux que H:nri IV, un peu auparavant (en avril 1602), avait porté contre les duels. \'ainement le poète essaya de plaider sa cause auprès du Roi, en vers très beaux et très éloquents :

Grand roi, qui êtes juste et clément tout ensemble, Si vos édits sacrés ordonnent que je tremble, Votre bonté m'assure : est-il rien de plus seur Que d'avoir pour garant cette insigne douceur Qui vous a tant gardé de villes et de têtes. Et plus gagné de cœurs que toutes vos conquêtes ? Recourant à l'asile auquel vos ennemis Se sont à sauveté confidemment remis, Permettez à mes vœux que pour votre service Au milieu des combats bravement je finisse, Que dans le champ d'honneur, ja suant et poudreux, J'aille verser mon sang bouillant et généreux, Armé sur un cheval, en tenant une pique. Non sur un échafaud en vergogne publique '.

Ou ces vers ne parvinrent pasjusqu'au Roi, ouilfut inflexible, et Monchrestien dut s'exiler pour échapper

I. Vers non recueillis dans les éditions de Montchrestien. On les trouve dans le Parnasse des plus excellents poètes de ce temps. Paris, chez Mathieu Guillemot, 1618, fol. 54, v» (t. I). Il existe un exemplaire ( probablement unique) du tirage à part de cette pièce, sans

SUR MONTCHRESTIEN. XXiij

à une peine infamante. Il se réfugia en Angleterre. Il otïritau roi Jacques l", fils de Marie Stuart, sa tragédie de r Écossaise, qui n'était pas inédite, comme on l'a prétendu, mais qui pouvait bien n'être pas connue de ce prince ; Jacques Stuart en agréa favorablement l'hommage, accueillit Fexilé avec bienveillance et fit écrire au Roi de France pour demander sa grâce. Elle lui fut accordée après quelques années d'absence. Son exil avait dû se prolonger un temps assez considérable', car Montchrestien revint d'Angleterre un autre homme, et tout à fait transformé. Déjà en 1601, dans un avis au lecteur en tête des Poésies diverses, il avait annoncé l'intention de « quitter une bonne fois toutes ces jeunesses, et employer son esprit et sa plume à quelque chose de meilleur ». A partir de son retour en France, il paraît ne s'être plus guère occupé de poésie ; on prétend- que dans ses heures de loisir il traduisait les Psaumes en vers, et même assez heureusement ; mais il ne voulait les faire imprimer qu'avec approbation de la Sorbonne ; et peut-être ne se souciait-il pas d'attirer l'attention des théologiens sur sa personne et sur ses opinions. On prétend qu'il travailla aussi sur l'histoire de la Normandie; mais rien n'a été retrouvé de ces divers ouvrages, qui ne furent probablement qu'ébauchés. Car il devait consacrer désormais à de tout autres occupations son activité un peu inquiète et changeante, mais ingénieuse et

date. Voy. à la Bibliographie. La pièce, longue et diffuse, a plus de deux cents vers.

1. Il était de retour en 161 1, car cette année-là il plaide contre M. de Tournebu pour se faire indemniser des leçons données à son fils. (Funck-Brentano, Traicté d'œconomie politique de Montchrestien, p. 6, en note.) Le même éditeur pense que Montchrestien avait quitté la France en 160$ (p. 10, en note).

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