‹ Les tragédies de MontchrestienChapitre 59 sur 78 · C!RUS · texte numérisé non relu

C!RUS

» le sçay bien qu'un Seigneur doit preuenir l'offence,

» Dés qu'vne ame indiscrette en secret la pourpense;'

» Que s'il ia dissimule il semble l'inuiter,

» Et l'inuitant qu'à peine il la peut euiter :

») Que comme en la paroy bien souuent vne pierre

» Ostee hors de son lieu la fait tomber par terre;

» Si quelque homme arrogant, si quelque blasonneur,

» Poussé de mal-veillance entame son honneur,

» Il en fait à la fin par vn sourd artifice

» Trop long temps négligé ruiner l'édifice.

» La gloire est chatouilleuse et ne se veut toucher: » Mais tout ainsi que l'œil se ferme à l'aprocher » De ce qui luy pourroit aporter de l'offence, » Elle doit au danger se couurir de prudence, » Comme estant là paupière ou plustost le rempart, » Qui la peut garantir de perte et de hazard. Mais encor suis-ie là, quel homme? quelle audace Ne redoute auiourd'huy d'estre en vostre disgrâce? Chacun vous craint, mon Prince, et l'honneur des mortels Vous désigne desia des vœus et des autels.

AMAN

T'ay-ie pas déclaré qu'vn Juif, race maudite, Plus de cent fois le lour m'outrage et me dépite?

CIRUS.

Vn luif. Dieux éternels! mais la présomption Est ainsi familière à cette Nation.

» On peut changer de Ciel, mais non pas de nature. » L'oprobre des petits aux grands n'est point iniure.

AMAN

Moy qui fus ci deuant parmi tous en tel prix. Que l'en sois désormais la fable et le mesprix? S'ouure plustost la terre et dans ses flancs me cache Qu'vne telle vergongne à mon honneur s'attache, l'aimeroy cent fois mieux le trespas m'auancer. Que sans se repentir quelqu'vn peust m'offencer.

CIRUS.

Ce n'est pas, mon Seigneur, ce que ie vous conseille.

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