LA REINE D'ESCOSSE
Cette tragédie est intitulée, dans l'édition de 1 60 1 : L'Escossoise ou le Désastre. Dans l'édition de 1604, le titre général est : Tragédie de la Reine d'Escosse, et le titre courant : L'Escossoise. La liste des « entreparleurs» manque dans 1604; elle est, dans 1601, ainsi établie: Reine d'Angleterre. Conseiller. Chœur des Estats. Reine d'Escosse. Choeur de Damoiselles. Davison. Maistre d'Hostel. Messager. Il faut y ajouter, un Page. La comparaison des deux textes fournit des variantes innombrables. Nous citerons seule-
Commentaire. 287
ment les leçons de 1601 qui nous paraîtront remarquables à quelque titre.
Les historiens du théâtre, au dix-huitième siècle, ont quelquefois daté de 1605 la représentation fort hypothétique de l'Escossoisc. Cette date est d'autant plus improbable que cette tragédie avait été deux fois publiée en 1601 et 1604.
Page 72 :
Ma Tamise l'honneur de nos fleuues plus beaux.
C'est-à-dire les plus beaux. Sur cet emploi du comparatif au sens du superlatif, voyez ci-dessus, page 284.
chacun par mon exemple à l'aduenir regarde.
C'est-à-dire que chacun regarde, considère que...
Page 74 :
Les barbares desseins de ces fiers Basanés. Les Espagnols furent souvent désignés ainsi au temps de la Ligue.
Le desordre a la voix.
C'est-à-dire a la parole ; c'est lui qu'on écoute. Le texte porte un accent sur \\\ que nous aurions dû supprimer.
Page 77 :
Puisqu'elle est en vos mains, qui vous en peut tenir ? C'est-à-dire vous en empêcher.
Cf., p. 86 : Les femmes... ne se tiendraient jamais de dire, etc.
A qui la paix, la paix. La guerre à qui la guerre. Nous accorderons la paix à ceux qui nous laisseront la paix; nous ferons la guerre à ceux qui nous apporteront la guerre.
Que pour la conseruer (la vie) s'aquerir de l'enuie.
288 Commentaire.
Envie, au sens latin (invidia) , haine publique, impopularité.
Page 82 :
Tes Estais assemblez en sont ià résolus. Peut-être là est-il fautif, pour jà.
Qui viennent par ma voix te sommer de promesse. Te sommer de tenir ta promesse.
Page 8^ :
Et les pifres d'Espagne.
Le texte de 1601 pone peuples , faute évidente.
Soit le Démon anglais des autres le vainqueur. Le génie de l'Angleterre. Malherbe, un peu plus tard, disait à Louis XIII :
Fais choir en sacrifice au Démon de la France...
Ainsi ie n'en approuue Et n'en reprouue rien.
Le texte porte : Je n'en reprouve et n'en reprouve, etc.
Dois-ie bien le vouloir ? Le puis-ie bien permettre ?
Le texte porte : Veux-je bien le vouloir? Page 86 :
Les femmes que le sceptre a mis sous ma puissance. En 1604, on est libre encore de faire ou de ne pas faire l'accord du participe construit avec avoir. En 1640, Corneille écrit encore dans Cinna :
Là par un long récit de toutes les misères Que durant leur enfance ont enduré nos pères...
... Cette isle fameuse Qui ceint de tous costés la grand'mer escumeuse.
Je n'ai pas voulu modifier le texte; mais il semble qu'il faut : que ceint, etc.
Leur babil ne diffame...
Commentaire. 289
Je n'ai pas osé changer le texte de 1604; toutefois je pense qu'il faut lire me. (Pour éviter que leur babil me diffame.)
Tenant comme ses fers...
Dont tout le monde a plaint les peines, tenant pour ainsi dire ses fers, tenant prison avec elle. Page 87 :
La vie est sans arrest et si court à son terme. Et, toutefois, elle court à son terme.
Page 88 :
Cent chefs pululeront dVne teste coupée. Le texte de 1601 portait :
Mille testes naistront d'vne teste coupée. Et Corneille dans Cinna dit (vers 1 166) :
Une tête coupée en fait renaître mille. Page 89 :
Fidèle exécuteur d'vne infidélité.
Cette antithèse plaisait au goût du temps.
Une fidèle preuve a l'infidélité.
(Malherbe, Larmes de Saint-Pierre. Rends un sang infidèle à l'infidélité.
(Corneille, Cinna, 1147.)
Que l'ame a de peine a mal faire.
Ce chœur manque dans l'édition de 1601.
Page 90 :
Le sort en son courroux n'a versé tant de peine Sur aucun des mortels non que sur vne reine.
Ni encore moins sur aucune reine. Il y a ellipse : non qu'il ait versé sur une reine, loin qu'il ait, etc.
Page 91 :
Le Ciel pour démontrer combien peut son malheur.
290 Commentaire.
Malheur a ici son sens étymologique : mahim augurium, ses funestes augures.
Page 9 5 :
Mais comme hélas ! je fuy ce pays qui me fuit. Lisez : Je suy. L's longue a été confondue avec/. Page 96 :
Il n'est point despourueu que Dieu prend en souci.
Celui que Dieu, etc.
Page 99 :
,La Parque nuict et jour couuoye.
Lisez conuoye; u a été confondu avec n. Page 103 :
Les mouuemens premiers n'ont point en leur puissance. Inversion : Où les cœurs, soudains à la guerre, etc. , ne sont point maîtres de leurs premiers mouvements. Adieu, braues Lorrains, qui de lauriers couuers.
Voici le texte des vers suivants, dans l'édition
de 1601 :
Adieu, braues Lorrains, beaux Lauriers toujours verds,
Race des Rois chérie et des Cieux estimée.
De la France amoureuse, et de la France aimée.
Page 104 :
Adieu, fmablement chastes et belles dames.
Texte de 1 60 1 :
Adieu, d'un long adieu, chastes et belles dames, Le beau désir des cœurs, l'objet des belles âmes. Que la France en tous lieux en tel nombre produit, Qu'on void d'astres brillans au milieu de la nuit. De fueilles dans les bois, de fleurs sur la verdure.
Page 106 :
Hélas ! je suis contraint te regarder de l'âme.
En imagination, non par les yeux du corps.
Commentaire. 291
Page 107 :
Tousiours par tes citez se promène la mort.
Dans ce vers et dans les suivants, le verbe est au subjonctif.
Page 109 :
Celles là des iardins durent moins qu'vn matin.
Montchrestien a refait malheureusement le texte de 1601 :
Les roses des iardins ne durent qu'un matin , Mais ces roses du Ciel n'auront iamais de fin.
Mais quoy que vous faciez ie mourray de la sorte Que mon instruction et ma croyance porte.
C'est-à-dire : que comporte mon instruction, etc.
Page 1 1 2 :
Teste où les ieux mignards comme oiseaux se nichoicnt.
On peut regretter le texte de 1601 :
Forêt d'or, où l'Amour, comme vn oiseau, nichoit. Un vers de poète, et de vrai poète !
Plus faconde en beaux traits qu'en doux attraits féconde.
C'est-à-dire en traits d'éloquence; bouche encore mieux disante qu'attrayante par son sourire. Cette dernière page de l'Écossaise est un curieux mélange de trouvailles de style exquises et de Jeux de mots puérils.
LA CARTAGINOISE.
La Cartaginoise ou la Liberté, dans l'édition de 1601, est précédée de VÉpigramme suivante et d'un avis au lecteur :
292 Commentaire.