Mercure, t. VII, p
XXX Notice
déjà conclu, et il fut contraint de se retirer avec ses partisans, au nombre de quatre cents, car sa petite troupe s'était grossie de tous ceux qui ne voulaient pas se soumettre. Il gagna Sancerre, et, s' étant rendu maître de la ville, avec l'appui des protestants, il en chassa le comte de Marans, chef du parti catholique, et mit la place en état de défense. Mais la division y régnait, et, dès que le prince de Condé parut devant les murs avec quatre mille fantassins et cinq cents cavaliers^ elle s'aigrit tellement, que Montchrestien ne savait plus sur qui s'appuyer, en même temps que tous se défiaient de lui. Le prince, usant habilement des circonstances, fit venir les principaux de la ville et leur persuada qu'ils ne devaient pas se sacrifier à l'ambition de Montchrestien ; puis il manda Montchrestien lui-même et le prévint que les habitants voulaient se décharger sur lui seul du crime de leur rébellion. Mêlant habilement les promesses aux menaces et y joignant, s'il faut en croire le Mercure, un présent de six mille francs', il obtint que Montchrestien capitulerait et quitterait la place, « lui et la garnison, avec armes et bagages »; il avait un mois « pour se retirer en sûreté où bon lui semblerait ».
En sortant de la ville, Montchrestien se retourna, dit-on, et, jetant les yeux sur ces murs qu'il n'avait pu défendre, il pleura de dépit et s'écria: « Quelle fortune je perds par la méchanceté des traîtres de là dedans qui m'ont vendu ! » Ce bonheur de M. le
I . L'abbé Poupart, historien de Sancerre au dix-huitième siècle, ne croit pas que Montchrestien ait capitulé à prix d'argent; tout au plus accepta-t-il une indemnité légitime et conforme aux usages du temps. MM. Haag (la France protestante) s'arment de ce témoignage pour défendre Montchrestien contre l'accusation du Mercure. L'échevin David Perrinet, aidé de la majorité des habitants, avait, d'ailleurs, pesé fortement sur Montchrestien pour le réduire à capituler.
SUR MONTCHRESTIEN. XXXJ
Prince qui avait pris, sans coup férir, « avec des paroles » cette place « la plus forte de France », jetait dans le désespoir l'ancien protégé de Condé'. Après une tentative inutile pour tenir dans Sully, que le prince dégagea, Montchrestien, repoussé partout, dut revenir en Normandie. Il avait quitté sa province natale depuis quinze ans peut-être, mais sans doute il y avait conservé des relations sur lesquelles il crut pouvoir s'appuyer. Il offrit aux mécontents d'aller représenter la province à l'assemblée de la Rochelle. Il s'y rendit en effet dans le courant du mois de juillet et demeura quinze jours dans la ville, négociant avec les chefs du parti et promettant merveilles, au nom de la Normandie. Il était beau parleur, engageant, hardi, de ces hommes qui, à force de croire en eux-mêmes, font partager cette confiance aux autres. L'Assemblée lui fit délivrer « cent ou cent vingt commissions » en blanc, « avec argent et lettres de change, tant pour lever des régiments de gens de pied que des compagnies de chevau-légers es provinces du Maine, de Normandie et autres circonvoisines- » . Elles portaient cette devise : « Pour le Roi et pour Christ. » Ainsi, c'est jiu nom du Roi que Montchrestien allait lever une armée pour" combattre l'armée du Roi. Étrange audace ou singïï^ lier aveuglement !
Il revient en Normandie, et tant dans cette province que dans le Maine, il commence à visiter divers gentilshommes, les uns protestants, les autres catholiques mécontents ; il leur distribue secrètement l'ar-