UNE ARAIGNÉE PARISIENNE
L'atelier de Georges Tr(^jan était situé au cinquième étage d'une assez belle maison neuve de la rue de Laval.
Cet atelier, de moyenne grandeur, recevait du nord la lumière limpide et froide que recherchent les artistes. — Deux petites pièces contiguës, servant, l'une de jalle à manger, l'autre de chambre à couclier, et un soupçon de cuisine, formaient l'appartement du peintre.
La chambre à coucher dans laquelle nous allons introduire nos lecteurs, un matin du mois de janvier 1872, n'avait guère que les dimensions d'un cabinet de toilette ordinaire.
Un lit de fer capitonne, deux chauffeuses, une armoire à glace et une petite table de chêne sculpté composaient tout son ameublement et s'y trouvaient presque à l'étroit.
Le plafond et los murailles étaient tendus d'une étoffe espagnole à larges raies de couleurs vives, pareille à celle des rideaux du lit et de l'unique fenêtre.
Au moment où nous franchissons le seuil de la chambre, ces rideaux, hermétiquement clos, entretenaient une obscurité discrète autour du maître du logis, couché et endormi du plus calme sommeil.
Ce sommeil louchait d'ailleurs à son terme.
Georges Trî^jan fit un mouvement léger, ouvrit les yeux, étendit les bras, bâilla à deux ou trois reprises, se souleva sur son oreiller, frotta ses yeux de ses poings fermés et appela :
— Valentin!...
— Monsieur? — répondit une voix fêlée.
— Ici, Valentin !...
— Voilà, monsieur! ..
Et en même temps un grand garçon à figure de jocrisse prétentieux entra sans se presser.
Ce garçon portait une cravate blanche, un gilet à manches rayé de rouge et de blanc, un pantalon noisette, un tablier de valet de chambre' et un plumeau sous son bras gauche.
— Quelle lieure est-il, Valentiu? — demanda Georges Tréjan.
— Monsieur, dix heures viennent de sonner au coucou de l'atelier.
— Dix heures du matin ou dix heures du soir?
— Du matin, monsieur... — fit Valentin avec un rire niais. — Monsieur n'a pas dormi si longtemps que ça... oh ! non!
— As-tu fais du feu dans le poêle?
— Certainement, monsieur, et je l'ai bourré.... — Ah! il ronfle... plus fort que mousieur lui-même ne ronflait toutàl'heure... — Sans feu il n'y aurait pas moyen d'y tenir... — Monsieur peut voir que j'ai le nez rouge; -.- Tout à l'heure je grelottais en lisant le Figai-o de monsieur... — Le froid pince dur... — Les ruisseaux sont gelés... — Je dois prévenir monsieur qu'il ne nous reste plus une traître miette de charbon de terre...
— Eh bh?n! il faut en commander...
— Je n'y manquerai pas, si monsieur veut me donner de l'argent pour payer l'ancienne note...
— Nous avons le temps...
— Non, monsieur, nous ne l'avons pas... voilà déjà trois fois que le charbonnier réclame son dû... — même que c'est humiliant pour moi et que je ne sais que lui répondre...
— Eh bien! c'est bon... — répliqua vivement l'artiste ; — on va le payer...
— Quand ça, monsieur, s'il vous plaît? — demanda Valentin avec une vague incrédulité.
— Quand lu descendras... — Allons, ouvre les rideaux, je vais me lever...
Le valet s'empressa d'obéir.
La petite chambre se remplit de lumière... — Valentin se tourna du côté du lit, fit un geste de stupeur et poussa deux ou trois exclamations inachevées, du plus haut comique....
— Qu'est-ce que c'est? — dit Georges Tréjan.
— Oh! saperlipipote! — s'écria le valet, — comme monsieur est riche ce matin! — Un croirait que monsieur a dévalisé cette nuit le marchand de cochons!
Valentin arrangeait ainsi, pour son usage particulier, la vieille fornmle quasi proverbiale : dévaliser le coche.
Une poignée de pièces d'or, — trente-cinq ou quarante louis environ, — étincelant sur la petite table de chêne, justifiait l'étonnemenl naïf du jocrisse en gilet rayé.
— Oui, — fit Georges en souriant, — j'ai gagné cela en moins d'une heure!... — Avec un peu déveine, le baccarat vaut mieux que la peinture! — A propos, je crois me rap-
peler, Valentin, que je te dois quelques petites choses sur tes gages... — Est-ce que je me trompe?
— Oh! non, oh! non, monsieur ne se trompe pas! — répliqua vivement le valet. — Monsieur me doit six mois, à cinquante francs par mois... — Cela fait juste cent écus...
— Tu compte? comme Barème, Valentin !
— Est-ce que monsieur, par hasard, se propose de me solder?... Ce serait ime bien bonne idée.
— Prends un à-compte de deux cents francs...
— Merci, monsieur... — dit Valentin en s'emparant de dix pièces d'or avec une vélocité surprenante.
— Est-il arrivé des lettres ce matin, serviteur fidèle?
— Non, monsieur, rien que le Figaro et trois papiers timbrés... — Monsieur veut-il les voir?
— ■ Pourquoi faire? — Ah! je sais bien ee qu'ils contiennent ! — Le style de messieurs les huissiers se recommande par la monotonie...
— Le propriétaire aussi est monté, avec la quittance de loyer... — reprit Valentin; — il m'a bien recommandé de dire à monsieur que c'est aujourd'hui le 20 janvier et que monsieur est en retard de cinq jours...
Georges haussa les épaules.
— Ah çà! mais il me fatigue, ce monsieur! — s'écria-t-il ; — cinq jours de retard! la belle affaire! — • Je finirai par lui donner congé! — Comment n'a-t-il pas honte de réclamer son argent avec cette obstination discourtoise et désobligeante? — Cet homme est propriétaire... donc il est l'iche... donc il n'a pas besoin qu'on le paye! — Est-ce logique, ça, Valentin?...
— C'est logique... — murmura le valet qui, cependant, ne paraissait pas convaincu, — Monsieur déjeunera-t-il?
— Je déjeunerai... — Tu vas sortir pour acheter ce qu'il faut... — Donne-moi du papier et un crayon... Je me défie de ta mémoire et je vais écrire la note...
Et Georges Tréjan continua, tout en écrivant :
— Tu me rapporteras une demi-livre de crevettes roses, les plus grosses que tu pourras trouver. — une terrine de grives de Montéliniart au genièvre, — un perdreau froid et un sac de marrons glacés à la violette... — Tu iras où tu sais prendre une bouteille de châteaud'yquem, 1858, et une bouteille de vieux cognac à un louis... tu connais la marque... — Tu demanderas au bureau du Grand-Hôtel un boîte de londrès-partayas, à soixante-quinze centimes... — des bruns... — Je n'aime le blond que sur la tète des femmes... — Tu payeras l'ancienne note du charbonnier en passant et tu lui diras d'apporter tout de suite deux cent cinquante Idlos de charbon, — que tu ne payeras pas... — Estrce compris, Valentin ?
— C'est compris, monsieur...
— Mets dix louis dans ta poche et file! — Je te donne trois quarts d'heure pour être revenu...
Valentin se récria :
— Impossible ! monsieur... impossible! — Il y en a pour une heure et demie tout au moins, toujours courant!...
— Prends une voiture, animal!
— Oui, monsieur. *
Valentin se précipita dehors.
Georges Tréjan, resté seul, laissa tomber un regard mélancolique sur le petit tas d'or notablement diminué par le prélèvement de vingt louis qui venait d'avoir lieu.
— Ma parole d'honneur!... — murmura-t-il, — c'est incroyable comme l'argent file à Paris! — Je dépense cependant fort peu de chose...
Et il se mit en devoir de se lever et de s'habiller.
Di.\ minutes plus tard, vêtu d'un pantalon à pieds de flanelle blanche et d'un veston de velours noir, il quittait sa chambre à coucher, il allait s'installer dans un immense fauteuil du temps de Louis Xlll, auprès du poêle ronflant de son atelier, et il bourrait de tabac caporal une pipe de racine, en attendant l'arrivée des partagas demandés.
Georges Tréjan était un très-grand et très-beau garçon de vingt-cinq ou vingl-si.x ans, taillé fn force, mais chez qui la vigueur des muscles n'excluait point l'élégance des formes.
Sa tête petite et patricienne, couronnée d'une épaisse chevelure ondée, d'un chdtain très-clair, se rattachait à de larges épaules par un cou d'une élégance toute féminine.
Sa figure ovale, encadrée dans les massifs d'une barbe blonde, soyeuse, admirablement plantée, se recommandait par l'ampleur du front, par la finesse des traits, par la pâleur mate et dorée de la peau, et par la douceur de deux grands yeux d'un bleu sombre.
Les dents étaient superbes, — les- lèvres rouges et d'un dessin charmant.
Une seule chose manquait à ce délicieux visage. — L'énergie virile ne s'y trouvait pas. — Il n'y avait dans le regard ni fermeté ni volonté.
Tout observateur devait du premier coup d'o'il reconnaître en Georges Tréjan une nature faible et manquant de ressort ; une àme sans mauvais instincts, mais mal trempée pour les luttes de la vie, incapable d'offrir une résistance sérieuse aux conseils dissolvants de la paresse et à l'appétence des plaisirs.
Ces symptômes physionomiques n'offraient rien de trompeur. — Nims en aurons bientôt la preuve.
Ce rapide croquis sera complet quand nous aurons dit que la main longue et fine de l'artiste gantait sept et demi et que ses pieds étroits et cambrés auraient fait envie à plus d'une femme.
L'atelier ressemblait à tous ceux dont les propriétaires ne sont pa> encore arrivés à la célébrité et à la fortune.
Il n'offrait p£is ce merveilleux fouillis de meubles anciens d'une grande valeur artistiijuo, de tapisseries des Gobelins et des Flandres, d'ivoires, de porcelaines de Chine, du Japon, de Saxe et de Sèvres, de faïences de Rouen, de Delfl, de Faëriza, de Chantilly, d'Amsteidam,
d'aimes curieuses, d'étoffes éblouissantes, de ces bibelots enfin de toute forme et de toule provenance qui font l'étonnement, l'admiration et la joie des visiteurs chez la plupart d(8 artistes en vogue. j
Des potiches quelque peu fêlées, placées sur des bahuts médiocres, quelques plâtres, quelques études, un certain nombre de vieilles gravures assez belles et une demi-douzaine d'esquisses données par des confrères formaient la décoration modeste de l'atelier de Georges Tréjan.
A la muraille grise s'adossait un large divan de maroquin rouge.
Un mannequin articulé se tordait dans une pose bizarre à côté d'un chevalet supportant l'ébauche très-peu avancée d'un petit tableau de genre.
On voyait un peu plus loin, près du châssis vitré, un second chevalet caché presque entièrement sous une toile verte.
Sept ou huit chaises flamandes, recouvertes en cuir de Cordoue gaufré et dédoré, erraient de distance en distance. — fiari nantes in gurg'ite vastol
Quand nous aurons cité le grand poêle, une petite table sur laquelle Georges mangeait, une autre petite table à serrer les palettes et les pinceaux, deux ou trois X pour les cartons à croquis, autant d'escabeaux en chêne sculpté et le grand fauteuil Louis XIII, notre nomenclature ne sera pas moins complète que celle d'un procès-verbal d'huissier opérant e récolement des meubles saisis chez quelque infortuné débiteur.
Georges Tréjan, renversé dans son grand fauteuil, les jambes en l'air, les pieds appuyés très -haut contre la faïence du poêle, tirait de sa pipe de racine d'énormes bouffées de fumée blanche.
Il semblait maussade.
Tout à coup un pli profond se creusa entre ses sourcils bien arqués, et cette phrase, qui sans doute était le résumé de ses réflexions peu réjouissantes, s'échappa de ses lèvres :
— Dire qu'il y a des gens riches en ce bas monde !... qu'il y a des millionnaires!... et que si monsieur mon honoré père, le comte Phillppe-Henii de Tréjan, n'avait pas dévoré sa fortune avec des drôlesses, je serais de ces gens-là! — Tonnerre de Bougival!... pas de chance !
Les rouages de la petite horloge de la Forêt-Noire en forme de chalet suspendue contre le mur grincèrent. — L'oiseau (un coucou en miniature), qu'un mécanisme ingénieux mettait en mouvement, sortit de sa cage et chanta.
Le timbre résonna onze fois.
— Onzelieures! — s'éciia Georges, — et ce polichinelle de Valentin n'est pas revenu!... et il a pris une voiture! et il sait que je l'attends! — Parole d'honneur! je crois que le faquia se moque de moi !
L'entrée du valet chargé do provisions interrompit ce monologue rageur. Valentin n'avait rion oublié.
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t I.' |Hlit llaïuu. iPaprc 125.)
Il mit le couvert rapidement, tandis que Georges ouvrait la boîte de cigares, et bientôt le jeune homme s'assit devant la table, à qui l'assiette de crevettes roses, la terrine de Montélimart, le perdreau rôti, les marrons glacés, la bouteille de chûteau-d'yquem aux armes du marquis de T-ur-Saluces et la longue fiole de vieux cognac dunnaiont l'iispectle plus séduisant.
— Je vais l'aire le café de monsieur pendant que monsieur déjeune, — dit Valeiitin. —
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Monsieur avait oublié de l'écrire, mais comme nous n'en avions plus, que j'y ai pensé en route et que j'étais en voiture, j'ai passé chez le fournisseur de monsieur...
Georges, avec une sensualité gourmande manifeste, éplucha ses crevettes, plongea sa cuiller dans les flancs bruns de la terrine, d'où s'exhalait une délicieuse odeur de gibier et de genièvre. — Il enleva la capsule du grand cru bordelais, sans agiter la bouteille, et il versa respectueusement dans son verre mousseline le royal vin couleur d'ambre.
Quand il l'eut respiré longuement, puis lentement dégusté, un sourira vint à ses lèvres et il murmura :
— Eh bien, quoi!... — Je ne suis qu'un pauvre diable de déclassé, gentilhomme sans terres, artiste sans clients et sans talent peut-être, mais enfin je sais vivre ! Combien de millionnaires, dans ce grand Paris, déjeuneront moins bien que moi !... — Pourquoi donc tant de richesses à ceux qui n'en font rien, et si peu d'or à moi qui croquerais des millions avec des dents si blanches?... — Est-ce que c'est juste, cela?...
Ayant résolu cette question négativernent, — comme bien on pense, — Georges se mit \ dévorer avec un appétit superbe.
I^a moitié de la terrine disparut. — Il ne resta du perdreau froid que quelques petits os bii'n blancs. — La dernière goutte du chàleau-d'yqUem parfuma le palais du jeune sybarite. — Il s'offrit pour dessert une demi-douzaine de marrons glacés, savoura son café avec recueillement, but, par petites gorgées, deux verres de vieux cognac à un louis la bouteille, et, allumant un des cigares à la robe brune et lisse sortis des illustres fabriques havanaises de MM. Partagas, il s'abandonna à une sorte de rêverie voluptueuse.
— Cent mille livres de rente et Fanny Lambert... — se dit-il. — ISIon Dieu, je n'en demanderais pas davantage! — • Fanny Lambert... — répéta-t-il, — est-ce que je l'aime?... — .le n'en sais rien... — J'y pense le jour... — La nuit j'en rêve! — Je la désire avec ardeur... mais le désir n'est pas de l'amour... — Si cependant elle m'aimait?... Allons, je deviens fat!... — Fanny Lambert songera moi! — Allons donc!... Si je l'aimais, j'en perdrais la tête ! — Ah ! bah !... je ne veux pas l'aimer :
Georges Tréjan avait quitté son fauteuil.
Il se dirigea vers le chevalet placé près du châssis vitré et, d'une main qui ti-emblait presque, il enleva la toile verte qui cachait ce chevalet.
Il découvrit ainsi une toile de moyenne grandeur sur laquelle étaient peints la tète et le buste d'une Jeune femme blonde, aux sourcils noirs et aux yeux verts, — comme ceux de la duchesse de Nevers.
liien ne se pouvait imaginer de plus complet, de plus bizarre et en même temps de plus inquiétant que la beauté de cette femme, à qui la fantaisie de l'artiste avait donné l'attitude et le costume d'une bacchante.
De larges feuilles d'un vert sombre, constellées de grappes couleur de pourpre, se mêlaient aux nattes brillantes de sa chevelure dénouée.
Une peau de p'anthère jetée sur l'épaule ne cachait qu'à demi les rondeurs harmonieuses d'un sein de marbre. — Les lèvres entr'ouvertes sur des dents éblouissantes offraient un sourire de Ménade, mais le regard étrange et profond semblait démentir les lignes voluptueuses de la bouche.
Dans cette femme il y avait du sphinx.
L'ensemble du portrait présentait lattrait irritant d'une énigme.
La contemplation passionnée dans laquelle s'absorbait Georges fut interrompue brusquement par un coup de sonnette qui retentit à la porte de l'antichambre de trois pieds carrés précédant l'atelier..
L'artiste tressaillit et replaça vivement la toile verte sur le chevalet.
— Qui peut venir si matin? — murmura- t-il. — Un créancier? — Le diable l'emporte I Heureusement Valentin est de bonne garde et ne le laissera point passer...
En ce moment précis Valentin entre-bàilla la porte et montra sa tête.
— Eh bien, — demanda le peintre, — qui est-ce ?...
— C'est M. Vibert qui s'informe si monsieur est visible.
— Visible pour lui, toujours... — répondit Georges. — Qu'il entre...
M. Vibert apparut aussitôt, le sourire aux lèvres, la main étendue.
— Eh! bonjour donc, cher artiste! — s'écria-t-il.— Enchanté de vous voir!... enchanté! enchanté! parole d'honneur!
M. Vibert, riche marchand de tableaux de la rue Laffite, était un homme de cinquante ans environ, court et rondelet, chauve et rougeaud, avec des favoris d'agent de change. — Élégamment vêtu, bien chaussé, ganté de frais, il ne portait que des chapeaux neufs, se trouvait joli garçon et lorgnait les femmes d'un air absolument conquérant.
Signe particulier : un énorme paquet de breloques terminant une lourde et massive chaîne d'or cliquetait incessamment sur son petit ventre piriforme, toujours emboîté dans de longs gilets blancs bien empesés.
Ce négociant faisait d'héroïques efforts, trop souvent inutiles, pour donner une expression de bonhomie bienveillante à sa physionomie fortement judaïque.
— Quel bon vent vous amène aujourd'hui, cher monsieur Vibert? — lui demanda Georges après un échange de poignées de main plus cordial en apparence qu'en réalité.
— Je fais ma petite tournée habituelle dans les ateliers, vous savez, et je n'aurais eu garde de passer rue de Laval sans monter prendre de vos nouvelles...
— Vous êtes un homme charmant... — Asseyez- vous... — Prenez le fauteuil... ~ Voulez-vous un cigare?
— J'accepterai d'autant plus volontiers que j'ai, par le plus grand hasard, oublié mon étui...
— Choisissez... — dit l'artiste en lui présentant la boîte toute ouverte.
— Peste! des partagas! — des cigares à quinze sous! — quel luxe!... — Estrce que c'est votre ordinaire?...
— Mon Dieu! oui... — C'est une mauvaise habitude... une habitude absurde... je le sais bien... mais je n'en peux pas fumer d'autres... — L'humble pipe de racine bourrée de caporal, ou le havane pur sang, des grandes marques, je ne sors pas de \h... — Vcnez- T0U8 me proposer une affaire?. .
— Naturellement... — et j'espère que nous nous entendrons... — à moins que vous ne soyez trop occupé... trop recherché... trop couru...
— Mon Dieu! non... — répondit naïvement Georges. — J'ai plus de temps qu'il en m'en faut...
— Si c'est comme ça, travaillez pour moi... J'en serai ravi... parole d'honneur! Vous savez que j'estime beaucoup votre talent... beaucoup... beaucoup!... — Énormément d'avenir ! et je m'y connais... — Qu'est-ce que vous avez là?...
Et M. Vibert, enchâssant son monocle dans l'arcade sourcilière de son œil gauche, s'approcha du chevalet sur lequel se trouvait l'ébauche d'un petit tableau de genre.
— Vous voyez... — dit Georges, — c'est ou plutôt ce sera un intérieur rustique...
— Oui... oui... je vois... — Une salle basse enfumée très-pittoresque... Un vieux grandpère, très- vénérable, lisant la Bible, car ce gros volume à tranches rouges et à fermoir de cuivre ne saurait être que la Bible sans manquer à tous ses devoirs !... — Une vieille aïeule, très-vénérable aussi, et plus ridée qu'une pomme de reinette, tricotant un bas rayé... — Une jeune maman, (rès-gentille et très-touchante, donnant à tetter au petit dernier... — Trois ou quatre moutards, très-mal débarbouillés, jouant avec le chien trèsfidèle et tirant très-méchamment la queue du chat !... — Genre Greuze et Chardin, rajeuni par la manière de Brion et de Marchai... — Cjest très-joli... très-joli... très-joli... parole d'honneur!... •
— Alors, ça vous va?
— Pas du tout ! . . .
— Gela plaît, cependant...
— Plus beaucoup... — fit M. Vibert avec une moue prononcée... — Vous m'en avez déjà fait cinq ou six de ces jolis intérieurs rustiques... — continua-t-il. — Entre nous, j'ai eu du mal, oh ! mais là, beaucoup de mal à placer les derniers... — Vous savez, mon cher ami, ce n'est plus dans le mouvement.
— En conséquence, — reprit Georges, — vous voulez autre chose ?
— Eh bien ! oui... si c'est possible, et pour vous c'est facile !... Vous avez une imagination si féconde!... Ah! vous êtes une riche nature! un tempérament, mon gaillard !... un tempérament!... — Ils sont rares !...
— Que diriez-vous de l'incendie d'une ferme ?
— Je vois ça d'ici... — Nuit sombre... — flammes éblouissantes comme le bouquet d'un feu d'artifice... — un mur qui croule... — un toit qui déboule... — une famille éplorée voyant brûler ses meubles et songeant, mais un peu trop tard, qu'elle a négligé de payer la prime à la compagnie d'assurance... — des chevaux affolés qui ruent... — des bœufs effarés qui beuglent... — un âne hébété qui brait... — des moutons ahuris qui bêlent... et, pour donner la note comique, des canards et des oies, le bec ouvert, les ailes ballantes, moitié courant, moitié volant... Coinl coini coin! coin!... — Est-ce comme ça que vous comprenez la chose?...
— Dame!... — 11 me semble qu'on ne peut guère la comprendre aufrcniont... — C'est un tableau tout fait...
— Et gentil, ma foi!... très-gontil!... parole d'honneur!..
— Dois-je m'y mettre ?
— Gardez-YOUs-en bien !...
Georges regarda, non sans stupeur, M. Vibert qui sourit et qui continua :
— Oui, mon cher, gardez-vous-en bien ! — Gardez-vous-en comme de tomber dans le feu de votre ferme qui flambe !... — Certes, c'est gentil, mais commun, usé, ranci, moisi, poncif et rococo en diable !... — Encore moins dans le mouvement que l'intérieur champêtre! — Il n'en faut sous aucun prétexte !...
— Bref, mon cher ami, — dit Georges en riant, — faites votre carte vous-même... — Que voulez-vous ?
— Je n'en sais rien, parole d'honneur !... — répondit Vibert. — 11 ne faut pas jeter le manche après la cognée, parce que j'ai voté Non dans l'affaire de V Intérieur rustique et de V Incendie... — Continuez à dévider la bobine de vos idées... — Vous en avez à remuer à la pelle...' — Vous en avez une flotte !... Nous choisirons dans le tas et nous flnirons bien par en trouver qui soient d'un bon galbe...
— J'ai fait des études l'été dernier à Compiègne et à Fontainebleau... Je puis vous peindre des paysages... — Vous savez que je ne les réussis pas mal.
— Comme Rousseau, comme Cabat, comme Dupré, comme Troyon !... — Très-forts, ,. vos paysages!... parole d'honneur !... Seulement, pour le quart d'heure, je suis encombré...
— J'ai tout un solde de cet article-là qu'il faut que j'écoule...
— Des marines vous iraient-elles ?
— Infiniment... si je ne consultais que mes sympathies !... — J'adore la mer I... — Oh! le galet d'Étretat !... oh! la plage de Trouville avec un soleil couchant bien rouge et de jolies petites créatures en toilettes tapageuses ! — C'est ma passion comme amateur ; mais, comme marchand, il me faut, hélas ! faire des concessions au goût du public, et la marine n'est pas demandée du tout... oh ! mais, du tout!., du tout!... — C'est à ce point que ma femme me disait l'autre jour : — « Vibert, mon bon ami, d'où vient pour la marine cet injuste dédain?... » et je ne savais que lui répondre...
— Des effets de neige?
— J'en connais dans la circulation einq ou six rents au moins qui ne font que passer et repasser à l'Hôtel des ventes.
— Des natures mortes ?
— En fait de natures mortes, aujourd'lnii on préfère le vieux au neuf... C'est absurde, mais c'est comme (;a !...
Georges regarda Vibert.
— hh çii! mais rien ne vous va! — s'écria-t-il. — On croirait que c'est un jiarti pris!... Je suppose cependant que vous ne vous êtes pas donné la peine de grimpci à mon cinquième étage dans l'unique but de m'apprendre que vous ne voulez plus de mes tableaux...
— Grand Dieu!... mais j'en veux, au contraire !... J'en veux absolument !... — Voyezvous, cher ami, j'ai une idée...
— Vous avez une idée!... — répliqua l'artiste, — et vous me faites vous étaler les miennes pendant un grand quart d'heure, avec la volonté ferme et préconçue de les repousser I... — Voilà bien du temps g.lché et bien des paroles perdues !... — Enfin, ditesla tout de suite, votre idée I...
— Volontiers ; mais laissez-moi d'abord vous exposer une petite théorie.
— Ce sera-t-il long? — demanda Georges en riant de nouveau.
— Trois minutes... — Pas une de plus...
— Allez...
— Aujourd'hui, mon bon, — reprit Vibert, — voyez-vous, l'art est malade...
— Opinion que l'illustre Bilboquet formulait ainsi jadis : L'art est dans le marasmel
— Bilboquet avait raison... — Savez-vous, à l'heure qu'il est, qui est-ce qui achète encore des tableaux ?
— Des amateurs de bonne peinture, j'imagine... des connaisseurs...
— Hélas! mon ami! de ces amateurs il n'en reste plus guère, et ceux qui les ont remplacés n'y connaissent rien !... exactement rien 1...
— Alors, pourquoi achètent-ils ?
— Ah ! voiliiJ — D'abord, parce que les tableaux c'est meublant, et qu'il en faut dans un app'artement un peu bien installé, comme il y faut des chauffeuses et des poufs... — Ensuite et surtout, c'est />a>' genre... pour se donner un petit chic. — Les acheteurs, voyezvous, mon bon, c'est tous quarts d'agents de change, tripoteurs d'affaires, spéculateurs qui gagnent de l'argent à la Bourse, — ou bien des demoiselles de théâtre et des cocottes qui en gagnent h la ville... — ou bien encore des gommeux qui posent pour aimer les arts et pour encourager les artistes... — Voilà nos clients d'aujourd'hui.
— Pourvu qu'ils ne marchandent pas trop et qu'ils payent recta, qu'importe ?
— Certainement; mais savez-vous ce qui leur plaît, à ces pratiques- là?
— Imparfaitement...
— C'est des choses galantes.,, un petit peu lestes même... — Vous comprenez?
— Je comprends, — répliqua Georges,— que s'il faut du Louis XV, du Pompadour, du Louis XVI, pour empaumcr l'acheteur, rien n'est plus facile... — Je puis aller au Musée pendant deux ou trois jours étudier les Wattcau, les Boucher, les Lancret, les Fragonard...
— Vous êtes sur la voie ! — interrompit Vibert. — Nous allons nous entendre...'— Suivez-moi bien... — Point de pastiches, mais des Fragonard modernisés... — C'est clair, n'est-ce pas?... — Voyez-vous d'ici le Verrou avec le costume de nos jours!... — Des scènes légèrement erotiques... des nus suffisamment g;izés pour n'effaroucher point... — une idée croustillante avec des réticences... — Des tableaux enfin qui fassent rêver, mais qu'on puisse laisser découverts... — Y sommes-nous?...
— Parfaitement... — Je vois ce qu'il vous faut et vous serez content...
— Bravo I bravo ! bravo ! — s'écria Vibert en se frottant les mains ; — je me déclare enchanté d'avance...
— Quant au prix...
— Uh ! quant au prix, — interrompit vivement le marchand, — toujours le même... Dix louis le petit panneau... — Et c'ei^t très rémunératoire, mon cher bon, je vous prie de le croire...
— Je suis d'un avis différent, ^répliqua Georges. — La besogne que vous me demandez est d'une nature exceptionnelle... — Nous pouvons, entre nous, appeler les choses par leur nom... — Il s'agit, à une nuance près, de faire concurrence aux illustrations des livres prohibés qui se vendent en cachette aux collégiens et aux vieux libertins. — Ce n'est pas de l'art, cela, mon l).in ! C'est purement et simplement une invite à la gaudriole ! — Triste emploi de mes pinceaux, je vous assure, cette peinture au poivre de Cayenne ! — Enfin j'accepte la commande... il faut vivre, et la vie est chère I — Seulement, augmentez vos prix ! — Quinze louis le panneau, ou rien n'est conclu...
— C'est votre dernier mot?
— C'est mon dernier mot ! inutile de discuter...
— Je cède alors... — mais vous me mettrez en faillite avec vos exigences...
— Pauvre homme! — s'écria Georges. — Si vous saviez comme je vous plains !
— Faites-moi d'abord quatre panneaux suivant le programme indiqué... — Nous verrons ensuite...
— Dès demain je vais m'y mettre, mais aujourd'hui j'ai besoin d'argent... — Donnezmoi vingt-cinq louis d'avance...
Le visage de M. Vibert subit une contraction si brusque que le monocle enchâsse dans son arcade sourcilière tomba.
— Pas un radis, mon exellent bon! — répondit le marchand de tableaux en grimaçant un sourire, — pas un radis! — Le système des avances a failli me ruiner!... on ne m'y prendra plus!... — Vous me devez déjà mille francs... — il faut que je rentre dans mes fonds... — Je n'ai point d'ailleurs la prétention, croyez-le bien, de me rembourser d'un seul coup !... — Ce serait absurde... — En échange de chaque panneau je vous remettrai dix louis, gardant modestement cent francs pour éteindre le vieux compte... — Hein? je crois que c'est raisonnable et que je suis assez bon garçon...
— Je ne puis travailler quand j'ai le gousset vide...
— Et vous ne travaillez plus quand il est plein!... — Cercle vicieux, mon cher!... cercle vicieux!...
— Seulement quinze louis...
— Ni quinze ni cinq! — Donnant, donnant... C'est à prendre ou à laisser.
— Alors, rien de fait...
— Comme vous voudrez... — Mon Dieu ! je ne vous force pas... — mais vous réfléchirez • I vous viendrez me voir...
— J'en doute...
— Vous viendrez ! je vous dis que vous viendrez... — Que ferlez-vous de votre peinture? Vous avez du talent, pardieul... et la preuve sans réplique c'est que je suis ici... — mais vous n'êtes pas assez connu pour que l'amateur monte vos cinq étages et s'adresse à vous sans intermédiaire. — D'ailleurs je vous sais paresseux... paresseux avec délices! incapable d'une démarche! — Vous ne vous dérangerez point pour l'acheteur, qui ne se dé-
rangera pas pour vous... — Peu de chances de vous rencontrer! — Suis-je dans le vrai, oui ou non?
— J'aurai toujours la ressource de l'Hôtel des ventes...
Vibert haussa les épaules.
— Ah ! oui, l'Hôtel des ventes! — dit-il; — parlons-en! — Vous n'y mettez donc jamais les pieds! — Ce n'est pas le talent qui monte à des prix insensés sous le marteau des commissaires-priseurs... C'est la réputation.... c'est la vogue! — Affaire d'engouement, voyezvous ! — On achète une signature cent mille francs... on a la toile par-dessus le marché...
— Demandez à M. Pillet !... Ah! ah! ah! l'Hôtel des ventes! — on y voit adjuger tant que la journée dure, pour la bagatelle de trois louis, des petits tableaux très-jolis, dont le cadre vaut cinquante francs !
Le marchand s'était levé, tout en disant ce qui précède, et se promenait à grands peis dans l'.ilelier.
Il s'cirrêta machinalement devant le chevalet recouvert d'une toile verte, et, sans la moindre discrétion, il souleva cette toile.
— Ah ! diable! — s'écria-t-il avec une expression de violente surprise, — ah ! diable! vous avez comme cela des perles chez vous, mon gaillard, et vous les cachez à vos amis!
— Voilà ce que j'appelle un procédé sans délicatesse ! Georges qui jusqu'à ce moment n'avait accordé qu'une attention distraite aux mouvements de Vibert, fit un geste d'impatience et presque de colère, quitta son siège, franchit rapidement la distance qui le séparait du chevalet, et voulut rabaisser la toile protectrice.
Le marchand de tableaux l'arrêta net par le bras.
— Mais, monsieur... — commença l'artiste.
— Mais, mon cher, — interrompit Vibert, — auriez-vous par hasard la très-outrecuidante prétention de m'empêcher d'admirer à mon aise? — Le soleil luit pour tout le monde, ce me semble ! — c'est un bijou, cela, savez-vous. — Dessin, couleur, expression, tout est parfait! — Peste! je ne vous savais pas de cette force! — mes compliments ! Oui, parole d'honneur, et très-sincèrement, mes compliments !
Georges se sentit désarmé.
En sa qualité d'artiste il était trop vaniteux pour repousser, quand elle s'otTrait à lui, la coupe pleine de cette liqueur enivrante qui se nomme la flatterie.
Un romancier d'ailleurs, — hâtons-nous de l'affirmer, — eût agi exactement comme lui...
— Vous trouvez donc que c'est bien? — tlenianda-t-il.
— C'est-à-dire que vous me voyez ébloui ! — Où diable avez-vous déniché cette tête-là?
— Dans mon imagination tout simplement... — C'est fait de chic.
— Jamais de la vie! — s'écria Vibert. — C'est fait d'après nature ou tout au moin?; de souvenir... Vous avez idéalisé peut-être... — C'est possible... Je ne dis pas non... Mais
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Tu me rapporteras une demi-livre de crevettes roses. (Page 13i.)
on n'invente pas des yeux pareils.... - Et puis, tenez, il y a là, au coin de la bouche, un petit signe... jurez-moi donc que ce petit signe est d'invention! - Vous vous taisez ut vous avez raison... je ne vous croirais pas ! - Je m'y connais, mon cher artiste, c'est .le la peinture sincère, et je mettrais ma main au feu que le modèle existe, et, bien plus, que je î'îii n;iiC()iilr6 plus d'une fois.
— Vous avez rencontré... cette personne? — demanda Georges vivement.
— J'en suis convaincu... — répondit Vibert.
— Où donc?
— .'Vh ! cela, pai- exemple, je n'en sais l'ien... — Au spectacle... au bois... aux courses... Dans l'un des mille endroits, enfin, où l'on se rencontre sans se connaître...
Après ces paroles échangées, le marchand de tableau.v contempla silencieusement le portiait pendant cinq minutes, tantôt s'approchant, tantôt se reculant; étudiant enfln, sous leurs aspects multiples, les moindres détails de cette peinture à la fois très-large et très-fine.
Quand il jugea que cet e.\amen était suffisant et qu'il savait do point en point à quoi s'en tenu', il fit une chose inouïe, — ou qui du moins aurait semblé telle à ceux q^ii connaissaient le digne homme et l'avaient pratique.
Il tira de la poche de côté de son pardessus un porlei'euille amplement garni, et, prenant dans ce portefeuille un billet de raille francs, il le tendit à Georges d'une main, tandis que de l'autre il désignait le tableau.
Ceci à vous. — Geci à mdi.
E-t-ce dit? — demauda-L-il.
Tréjan secoua la tête.
— Non... —fit il.
— Vous refusez mes mille francs?
— Je les refuse.
— Ah bah ! s'écria Vibcit stupéfait et n'en croyant point ses oreilles. — .\h bah ! — répéta-t-il, — et pourquoi refusez-vous?
— Ce tableau n'est pas à vendre...
— Tout est à vendre dans ce bas monde.
— Vous voyez bien que non, puisque vous désiiez cette toile, et puisque je la garde...
— Parce que vous jouez au fin avec moi, mon bon ami, et que vous espérez me la faire payer plus cher en me tenant la dragée haute... — C'est élémentaire, cela! Eh bien, j'en ai envie, je fais une folie, et j'irai jusqu'à douze cents francs... -La toile est à moi, hein?
— Non....
— Quinze cents?..,
— Non.
— Deux mille?
— Ni deux mille, ni dix mille! — interrompit Georges, — à aucun prix, vous entendez bien, ce tableau ne sortira de mon atelier... — Ne vous obstinez donc point h me faire des offres très-brillantes et très-flatteuses, j'en conviens, mais uui ne seraient pas acceptées...