‹ Les tragedies de ParisChapitre 48 sur 50 · L.XXX · texte numérisé non relu

L.XXX

Le valet de chambre reparut au bout d'une minute, et annonça :

— Monsieur Zimmermann...

Armand de Grandliou, debout auprùs du canapé sur lequel un instant auparavant il

Trng^;dic« (133) 'I.

Vicomlctuc, n« ."il.

'faaz

était assis avec Germaine, enveloppa d'un regard rapide et défiant le visiteur qui venait d'interrompre si malencontreusement un entretien de telle importance. Dès le premier coup d'œil ce visiteur lui parut suspect.

Le prétendu Zimmermann n'offrait pourtant dans son apparence rien de particulièrement répulsif.

C'était un homme d'assez haute taille et d'âge indécis, bien vêtu, mais n'affichant aucune prétention d'élégance.

Une chevelure grisonnante, très-toufîue et toute bouclée, retombait sur son front, sur ses tempes et sur le collet de son paletot. — Une barbe brune et plantureuse couvrait les joues et rejoignait les moustaches épaisses et longues, sous lesquelles disparaissait entièrement la bouche.

Des lunettes d'acier, à verres faiblement teintés, cachaient les yeux.

Bref, de tout le visage on ne voyait que le nez aquilin, dont la belle couleur d'un rouge vif semblait trahir un fervent amateur de la purée septembrale, chère au joyeux curé de Meudon.

Zimmermann salua dès le seuil, très-profondément, et se dirigea vers M. de Grandlieu, en ralentissant sa marche tous les trois pas pour saluer de nouveau.

Puis il fit halte en dessinant un dernier salut, et, dans une attitude pleine d'humilité, parut attendre que le maître du logis l'interrogeât.

— C'est vous, monsieur, qui m'avez écrit? — demanda le vieillard.

— J'ai eu cet honneur, monsiem* le vicomte... — répondit Zimmermann avec un accent tudesque très-prononcé, que nous nous abstiendrons de reproduire par l'orthographe.

— S'il faut en croire votre billet, vous avez à me parler de choses graves, du plus knul intérêt pour moi. — Ce sont bien là vos expressions, n'est-ce pas?

— Oui, monsieur le vicomte, parfaitement.

— L'étrangeté même de votre requête a piqué ma curiosité... — Je vous ai reçu, vous le voyez, et je suis prêt à vous entendre, mais je vous engage à vous expliquer sans retard, car il m'est impossible de mettre à votre disposition plus de quelques minutes...

— Je serai bref autant que faire se pourra... je prie monsieur le vicomte d'en être convaincu... quoique le motif qui m'amène soit peu commode à expliquer.

— De quoi s'agit-il donc?

— Des affaires intimes de M. le vicomte, — répliqua le visiteur carrément. Armand tressaillit.

— Vous dites? — s'écriat-il, croyant avoir mal entendu. Zimmermann répéta sa phrase.

— Par CCS mots : affaires intimes, qu'entendez-vous? — reprit vivement- M. de Grandlieu.

— J'entends, comme tout le niondr, allaircs d'intéiicur... affaires de ménage... Mais, dans la haute position de monsieur le vicomte, le mot ménage serait trop bourgeois.

— Je ne comprends pas...

— Monsieur le vicomte ne comprend pas comment un inconnu, un homme dont il vient d'entendre prononcer le nom pour la première fois, alTiche la prétention singulière d'être initié mieux que monsieur le vicomte lui-même aux petits mystères de son intérieur... — Oui, ça paraît en etTet bizarre, invraisemblable, presque incroyable... mais c'est comme ça.

— Encore une fois, monsieur, expliquez-vous!...

— J'ai eu l'honneur de poser en principe, au début de cet entretien, que l'explication était de nature délicate, et par conséquent difficile... — Néanmoins j'y arrive... — Mnis d'abord je prendrai la liberté grande de poser une question : — Qu'arriveraifril si quelque observateur un peu trop clairvoyant venait apprendre à monsieur le vicomte que madame la vicomtesse fait de lui un mari... malheureux?... Molière et Paul de Kock ont écrit le viai mot; — moi je m'abstiens... par convenance...

.\rmand, plus pâle qu'un mort, commença un geste de colère et de menace, mais il se contint et répliqua d'une voix sourde :

— Si l'insolent était un homme du monde, je le souffletterais à l'instant, et je lui prouverais demain que malgré mon âge je puis encore tenir une épée! — S'il était ce que vous semblez être, je lui montrerais la porte, comme je vous la montre, et je lui dirais, comme je vous le dis : — Sortez !!l

Ziinmerinann salua.

— Mais s'il ne sortait pas? — demanda-t-il d'un air candide.

— J'appellerais mes gens, et je le ferais jeter dehors.

Zimmermann, souriant, répliqua :

— Vous vous en garderiez bien!!! — la démonstration e.st facile : — Je reste, et je mets monsieur le vicomte au défi d'appeler...

— Qui m'en empêcherait?...

— Le plus simple bon sens. — Monsieur le vicomte comprend à merveille que je répondrais à un acte de violence de ses valets en disant tout haut pourquoi l'on me chasse...

— Et l'on vous châtierait alors comme un calcmniateur impudent!...

— Pardon!... — Le mot calomniateur désigne celui qui mensongèrement accuse... — Or une accusation fironvée ne saurait être une calomnie...

Pendant une ou deux secondes, M. de Grandlieu garda le silence. — Ses mains tremblaient. — Un pli profond se creusait entre ses sourcils. — D'étranges éclairs Jaillissaient de ses yeux baissés.

Zimmermann, entièrement calme, indilIV'rent en apparence, le regardait.

.Armand releva brusquement la tète.

— Allons, monsieur,— s'écria-t il,— point d'ambages! point de réticences! allez droit au but!... — Qu'avez-vous à me dire?

— Tout simplement ceci : — Madame la vicomtesse trompe monsieur le vicomte...

— Vous en avez menti !

— Et j'ajoute que j'ai des preuves...

— Des preuves?... — répéta M. de Grandlieu atterré.

— Claires, lumineuses, palpables, convaincantes, indiscutables... des preuves de premier ordre...

— Qui sont'...

— Toute une correspondance... Des lettres d'amour dont la plus parfaite clarté est le moindre mérite...

— Et ces lettres ont été écrites?...

— Par madame la vicomtesse à son amant... mon Dieu, oui...

— Son amant... son amant... — balbutia M. de Grandlieu en se tordant les mains; et à dix reprises il répéta comme en délire : — Son amant... son amant...

Celte crise fut courte.

Le vieillard frissonna de honte à la pensée qu'il donnait à cet inconnu le spectacle de son désci^poir.

Il fit sur lui-même un tel effoit que tout le sang de ses veines abandonnant le cœur rebroussa chemin; — son visage livide devint pourpre; — il chancela.

— Une attaque! — se dit Zimmermann très-inquiet. — Ah diable! ce serait trop tôt.

Riais Armand se remit soudain.

— Ainsi — reprit-il d'une voix douloureuse à entendre, — ainsi, vous avez des lettres?

— Au nombre de cinq, oui, monsieur le vicomte...

— Et vous me les apportez?

— Ma présence ici n'a pas d'autre Init.

— La malheureuse enfant à qui j'ai donné mon nom vous a donc offensé d'une fa(,-on bien cruelle que vous vous faites ainsi son délateur?

— Je n'ai point l'honneur de connaître madame de Grandlieu, ni la joie d'être connu d'elle.

Armand regarda Zimmermann avec un profond étonnement et poursuivit :

Mais alors... — Enfin, qu'importe?... — Pour certaines gens, la douleur d'autrui

est une volupté profonde, à ce qu'il paraît... — Eli bien! monsieur, quel que soit le motif qui vous fait agir, donnez-moi ces lettres.

Zimmermann sourit et salua.

— Pardon, monsieur le vicomte, — dit-il, — mais, ou je me trompe fort, ou dans ce moment il existe entre nous un léger malentendu...

— Un malentendu?... — répéta le vieillard. Mon Dieu! oui... — je ne suis dans tout ceci qu'un intermédiaire pur et simple,

cliiirgé d'un rôle assez scabreux... — Les lettres ne ra'appariiennent point... — Leur propriétaire, ou plutôt leur possesseur, celui, enfin, entre les mains de qui le hasard les a fait tomber, est un fort galant homme que la fortune traite en marâtre... — Ce galant homme a besoin d'argent... — Monsieur le vicomte comprend-il?

Les youx d"Armand, attachés sur son interlocuteur, exprimèrent un immense mépris. Zimmermann soutint, sans perdre contenance, le poids de ce regard écrasant.

— Oui, — reprit M. de Grandliea, — je comprends! — Vous voulez me vendre ces lettres!...

Un salut affirmatif fut une muette et éloquente réponse.

— Mais alors — poursuivit Armand avec éclat, — c'est une spéculation immonde!...

— C'est vil!... c'est honteux! c'est abject! Savez-vous bien que vous êtes un misérable! savez-vous bien que vous êtes le dernier des drôles!...

— Monsieur le vicomte me permettra de lui faire observer que les gros mots no servent à rien... — répliqua Zimmermann avec philosophie. — Je me garderai d'ailleurs de les répéter au galant homme en question ! — Si le marché ne convient pas à monsieur le vicomte, il est bien libre de ne le point conclure... — On ne force personne... — Le galant homme publiera les lettres, et tout sera dit... — Monsieur le vicomte achète-t-il?

Armand se taisait.

Zimmermann feignit de prendre son silence pour un refus.

— Mille pardons d'avoir dérangé monsieur le vicomte... — nuirmuia-t-ii.

11 salua d'une façon sommaire, tourna sur ses talons avec désinvolture et se dirigea vers la porte, dessinant ainsi ce qu'en termes de théâtre on appelle une fausse sortie. M. de Grandlieu sembla s'éveiller tout à coup.

— J'achète... — dit-il.

— A la bonne heure, — répliijua Zimmermann en revenant sur ses pas. — J'étais sûr que nous finirions par nous entendre...

— Combien voulez-vous de ces lettres?

— Un million...

Armand tressaillit.

— Ah ! je sais bien que la somme est ronde... — reprit le bandit. — Au premier abord, le chiiïre surprend! — J'ai fait observer cela moi-même au galant homme sans fortune...

— il m'a répondu Irès-logiquement que, trouvant une occasion unique de capitonner son avenir, il serait très-absurde de n'enpoint profiter, et qu'en outre monsieur le vicomte, étant colossalement riche, pouvait sans se gêner sacrifier un million pour sauver l'honneur du nom de Grandlieu, puisque le monde a la sottise d'attacher l'honneur du mari aux inconséquences de la femme... — Bref, il n'y a pas à marchander... — C'est un prix fait.

— Suit, j'accepte... — Donne/, les lettres.

— Duiinant... donnant, monsieur le vicomte.

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— Personne ne garde un million chez soi... Vous comprenez cela...

— Nous avons toute confiance... — Nous prendrons pour argent comptant un chèque de monsieur le vicomte, à vue et au porteur, sur son banquier ou sur la Banque, si monsieur le vicomte nous donne en même temps sa parole d'honneur que ce chèque sera payé à présentation...

— Je signerai le chèque et je donnerai ma parole. — Mais, avant tout, je veux voir les lettres... — Le métier que vous faites est aussi honteux que le vol, et plus vil encore peut-être... — Sais-je si vous n'êtes pas un voleur? sais-je si vous avez vraiment des lettres? — Sais-je si ces lettres sont de ma femme?... — Je ne marchande point, mais ne discutez pas!... — Cela ou rien! Voilà mon dernier motl

— Nous avons toute confiance, — répéta Ziramermann, — ef, quelque injurieux que soit le doute exprimé par monsieur le vicomte, je vais à l'instant même et sans la moindre rancune lui démontrer ma bonne foi.

Le misérable déboutonna son paletot, tira de sa poche son portefeuille et exhiba de ce portefeuille une liasse mignonne attachée par un ruban vert.

— Voilà! — dit-il en posant la liasse sur une table à côté d'Armand. — Elles y sont toutes... — Monsieur le vicomte n'a qu'à en prendre une au hasard... — il sera content...

— la moins explicite en dit assez long...

M. de Grandlieu dénoua le ruban d'une main frémissante, saisit une des lettres et regarda l'adresse.

11 devint plus pâle encore. — Un long sanglot s'étouffa dans sa gorge.

— San-Rémo... — balbutia-t-il avec une expression déchirante. — C'était San-Rémo!

— lui aussi!... — lui que j'aimais... lui que j'appelais mon enfant! — Trompé par lui comme par elle!... trahi par tous les deux!... oh! mon Dieu! mon Dieu! mon Dieu!

La tête blanche du vieillard se pencha sur sa poitrine, et de grosses larmes coulèrent

sur ses joues.

Zimmermann assistait, impassible et tournant ses pouces, à cette explosion de douleur.

M. de Grandlieu, brisé malgré sa force morale par les coups successifs qui, sans relâclie, le frappaient, semblait avoir oublié la présence du misérable.

11 avait laissé retomber l'enveloppe sur la table, et maintenant cachait son visage enti-e ses deux mains.

Cette lamentable crise, p"lus violente peut-être que la première, ne fut pas de plus longue durée.

Armand redevint maître de lui-même.

Disjoignant ses doigts crispés, il releva la tèle, reprit l'enveloppe, en tira la feuille qu'elle contenait et lut rapidement les premières lignes.

Ces lignes n'étaient que trop claires.

L'amour profond de la malheureuse Germaine éclatait dans toute son ardeur juvénile, dans toute la naïveté de sa folie.

Le vieillard ne continua pas.

D'un geste violent et saccadé, il rassembla les lettres et les mit dans sa poche.

Zimmermann ne put retenir un mouvement de stupeur et d'inquiétude.

— Ah çà! mais, — s'écria-t-il, — que fait donc monsieur le vicomte? M. de Grandlieu haussa les épaules, en répliquant :

— Pour qui me prenez-vous?... — Je suis un gentilhomme... — Ma parole donnée, fût-ce au dernier des forçats du bagne, fût-ce à vous qui êtes moins qu'un forçat, est toujours ma parole. — Je ne vous volerai pas!... — Venez...

Il prit un flambeau sur la cheminée et, suivi du faux Allemand, il passa dans son cabinet de travail.

Là, ouvrant son livre de chèques, il remplit le mandat d'une main ferme, inscrivit le chiffre d'un miUion, payable au porteur et à vue, et il signa.

— Vous êtes payé! — dit-il en s'emparant des pincettes du foyer et en tendant le chèque à son interlocuteur au bout de ces pincettes, — vous voilà riche, mais je vous plains!! — Jlaintenant, sortez!...

Zimmermann plia tranquillement le précieux papier, sans paraître s'inquiéter de la manière dont il venait de lui être donné, le mit dans son portefeuille à la place qu'avaient occupée les lettres, et sur ce portefeuille boutonna son paletot jusqu'au cou.

— Un mot encore, s'il vous plaît, monsieur le vicomte, — fit-il en saluant.

— Ma patience est à bout, je vous en préviens!... — Hâtez-vous donc!!

— Monsieur le vicomte m'affirme de nouveau, sur l'honneur, que le galant homme qui demain se présentera pour toucher ne se heurtera point contre une fin de non-recevoir?

— Cette question est une insulte, mais rien de vous ne peut m'étonner ou m'atteindre... — Oui, monsieur, sur mon honneur, et aussi vrai que vous êtes un bandit, le chèque que je viens de signer sera payé à présentation, et personne ne cherchera seulement à savoir en quelles mains immondes tombe l'argent gagné par un métier pareil ! — Êtes-vous satisfait, et faut-il vous répéter de sortir?

— Inutile... — Je présente à monsieur le vicomie mes plus humbles respects, et, faute d'e.xpressions suffisantes, je renonce à lui dire combien je suis fier de riiujineur d'a\oir fait aujourd'hui sa connaissance...

Zimmermann, lesté d'un million, salua très-bas cninine au iiioment de son arrivée, SOI lit du cabinet de travail, traversa le salon, gagna l'aiilicliambre, puis l'escalier, puis la

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cour, et remonta dans le fiacre qui l'attendait et dont il abaissa les stores, — quoique l'obscurité parût rendre cette précaution tout à fait inutile.

Il donna l'ordre de le conduire à l'endroit où la rue Caumartin se greffe sur la rue Saint-Lazare.

Chemin faisant l'un des stores se souleva trois ou quatre fois pour laisser une main dégantée jeter au dehors une perruque bouclée et grisonnante, une barbe brune, une paire de lunettes et un mouchoir qui paraissait sanglant, mais qui ne devait en réalité ses taches pourpres qu'à un frottis de rouge végétal.

Au lieu indiqué, le véhicule s'arrêta.

Zimmermann avait disparu et ce fut le baron de Croix-Dieu qui paya le cocher stupéfait de cette prodigieuse métamorphose...

Armand, resté seul dans le cabinet de travail où il venait de signer le formidable chèque, se laissa tomber sm* un siège, et pendant quelques minutes il olîrit l'attitude et le visage d'un homme foudroyé.

Nous n'entreprendrons point de peindre avec des phrases les tortures de cette grande âme, les déchirements de ce cœur d'élite.

A quoi bon?... et d'ailleurs, comment?

Nous resterions malgré nos efforts bien au-dessous de la réalité, et nous amoindririons cette immense douleur en essayant de l'analyser.

Quand le vicomte se leva, lentement, péniblement, il ne restait plus rien de cette vei'deur presque juvénile, de cette souplesse de la démarche, de cette élasticité du corps, qui chez lui survivaient à l'âge et formaient avec sa chevelure blanche un si frappant contraste.

C'était bien un vieillard maintenant. — En moins d'une heure, il avait vécu des années!...

Sa haute taille se voûtait. — Des plis sans nombre se creusaient sur son front. — Ses yeux s'enfonçaient plus profondément dans leurs orbites charbonnés, et ses prunelles redevenues sèches ne laissaient plus tomber qu'un feu morne.

Les lèvres d'Armand s'agitaient avec des tressaillements nerveux et prononçaient tout bas des mots interrompus.

— Que faire?... — murmurait-il. — Que décider?... — Quel parti prendre?... Que devenir?... — Pardonner?... — Pardonner à celle que j'aimais plus que ma vie et qui, le sachant bien, faisait de moi son jouet, sa dupe, et raillait ma crédulité dans les bras de son jeune amant!... — Pardonner!... non, jamais!... C'est impossible et ce serait lâche!... — Dieu juste ! quel crime ai-je commis pour mériter cela?... — Moi qui ne doutais pas plus de son lionneur que du mien!... aveugle!... aveugle et fou!... — Quand je lui parlais d'indulgence.., quand je sollicitais un aveu, certes je ne l'accusais point!... — A peine si j'osais supposer quelque inconséquence d'enfant, une légèreté, un de ces riens dont une

II porta l'une de ses mains à son cœur et l'autre à son front. (Page 436.)

âme de vierge s'efîraye, et dont un mari peut sourire... - Je la croyais si pure!! - Et la réalité m'écrase tout à coup!... et cette n'alité, c'est la trahison... c'est rinfamie... c'est l'adultère!... Et je pardonne. aisl... Allons donc!... - Point de scandale... point de col.-Te... le mépris, rien que le mépris!... - Je veux la voir une dernière fois, ^arracheson masque hypocrite, lui dire en face ma pensée entière... — El puis, apies? .. E i

bien ! après, une séparation, voilà tout!... Pour elle, le couvent... pour moi, la solitude, et Ijientôt, grâce à Dieu, la tombe... le repos... l'oubli...

M. de Grandlieu quitta son cabinet et du pas automatique en quelque sorte d'un somnambule, se dirigea vers l'appartement de Germaine.

Au moment de l'atteindre, il se lieurta contre un obstacle matériel.

La porte de l'antichambre précédant le salon particulier de la jeune femme était fermée en dedans.

Armand eut un frisson de rage.

11 voulait passer.

Un instant il songea à jeter bas, d'un coup d'épaule, cette frêle barrière... — Mais les valets de l'hôtel accourraient au bruit, et le scandale qu'il voulait éviter éclaterait.

Il s'arrêta, la tête basse.

Il réfléchit .. — Il se souvint, et, revenant sur ses pas, il prit un chemin difTércnt.

Pour arriver à la chambre à coucher de la vicomtesse il ne s'agissait, — se disait-il — que de traverser l'oratoire dont elle n'aurait point songé sans doute à condamner la porte.

Le calcul était juste et Armand franchit le seuil de cette petite pièce que les tapisseries, les boiseries sculptées par les patients artistes du moyen âge, les vitraux aux riches couleurs, les émaux byzantins, les reliquaires d'un merveilleux travail rendaient pareille à l'oratoire d'une châtelaine de la Renaissance.

M. de Grandlieu regarda vaguement toutes ces merveilles qu'il connaissait si bien, qu'il avait choisies pour Germaine avec tant d'amour, et il allait continuer sa route quand ses yeux rencontrèrent le prie-Dieu du xv° siècle qui ressemblait à de la dentelle de bois d'ébène.

Nous l'avons dit presque au début du long récit dont le dénouement est proche, un coussin de velours noir, placé au-dessus de ce prie-Dieu, supportait un livre d'heures manuscrit orné de miniatures d'une finesse inouïe, et un petit christ en cuivre oxydé, cloué sur une croix de bois noir.

Cet humble crucifix, évidemment moderne, contrastait étrangement avec la splendeur artistique des mille objets disséminés autour de lui.

Avez-vous vu tressaillir un homme que vient de toucher h l'improviste l'étincelle électrique d'une pile de Volta puissante?

M. de Grandlieu tressaillit de cette manière au moment où ses' regards distraits effleurèrent la croix de bois noir et le christ oxydé.

11 ralentit sa marche.

L'expression de son visage se modifia d'une façon rapide et complète. D'irritée et menaçante qu'elle était, elle devint instantanément résignée et n'offrit plus que l'empreinte d'un attendrissement douloureux.

— Qu'allais-je faire?... — balbutia le vieillard en se laissant tomber à genoux sur le bord du prie-Dieu. — Ai-jo le droit d'accuser?... Ai-jo le droit do maudire?... Ai-je le droit d'être sans pitié, moi qui si lâchement allais inenlir à une moi'te?...

LA VICOMTESSE GEHMAINE 433

Il souleva le crucifix.

— Image sainte, — continua-t-il, — toi qui reçus le dernier souille et le dernier baiser de la sainte martyre, toi qui fus l'unique témoin de l'engagement volontaire et sacré, lu m'as ouvert les yeux, tu m'as remis dans le chemin de l'honneur, je n'en sortirai plus!...

lltippuyale christ contre ses lèvres tremblantes et il poursuivit :

— L'agonisante me tendait sa fille, et j'ai dit à l'agonisante : — Si son bonheu)' dépend de moi, elle sera heureuse, je le jure! — S'il faut abandonner pour elle ma part des joies de ce monde, je l'abandonnerai, je le jurel. . . S'il faut souffrir pour éloigner d'elle une souffrance, s'il faut me sacrifier pour lui éviter un sacrifice, je sou/frirai et je me sacrifierai, je le jurel... — Croyant fin ma parole, Clolilde de Randal, rassurée, est montée vers Dieu 1...

— Eh bien! chère morte, regarde encore ! Tu vas voir si je sais tenir le serment que j'ai fait!...

M. de Grandlieu se releva transfiguré.

Une sorte de calme sublime rayonnait sur son visage.

Il prit d'une main presque ferme la liasse des lettres fatales, il les tira de leur enveloppe et, les déployant sans les lire, il les approcha l'une après l'autre de la flamme de la bougie.

Quand la dernière fut réduite en cendres, quand il ne resta rien de ces paroles insensées d'amour, quelque chose qui ressemblait à un pâle sourire erra sur les lèvres d'.\i'mand.

— Ainsi s'est éteinte ma colère!... — murmura-t-il. — Comme de ces lettres, il n'en reste rien!... — Il n'y a plus ici d'époux outragé!... — Il n'y a qu'un vieillard et une enfant... — Il n'y a qu'un père et sa fille... — L'enfant a failli!... le vieillard pardonne ..

— Si grande que soit la faute de la fille, l'indulgence du père est plus grande encore!...

— Pauvre ange déchu, pauvre Germaine, elle va savoir en même temps que j'ai tout appris, mais que j'ai tout oublié, et mon rôle sera désormais de la consoler, de la soutenir, de la défendre contre elle-même jusqu'au jour — prochain. Dieu le veuille! — où je lui rendrai par ma mort la liberté de son cœur et le droit d'être heureuse... — Allons...

Et d'un pas raffermi le vicomte se dirigea vers lu purte qui, de l'oratoire, conduisait dans la chambre à coucher de la jeune femme.

11 ouvrit celte porte et franchit le seuil.

La chambre était vide.

Un flambeau placé sur une petite table laissait dans l'ombn! les angles de la \uste pièce.

— Germaine!... — dit M. de (iraiidliou. Aucune voi.x ne répondit à la sienne.

— Germaine! — reprit-il avec une douceur infinie, — Germaine, mon enfant, ne craignez rien... C'est moi... — Éles-vous là?

Toujours le même silence effrayant.

Armand sentit un frisson courir sur sa chair.

— Où donc est-elle? — se deraanda-t-il.

Une feuille de papier, pliée en forme de lettre et placée sur la petite table, près du flambeau, attira ses regards.

Il s'approcha vivement, déploya ce papier et lut :

« J'aurais ou peut-être la force de subir votre colère... Je n'ai pas le courage daiïronter votre mépris... — Adieu pour toujours... — Je suis une malheureuse créature coupable, folle et perdue... mais je n'étais pas une ingrate... — Je vous aimais de toute mon âme... ^- Je ne vous demande point de me pardonner... Je sais trop que c'est impossible... Seulement ne me maudissez pas et, si vous pouvez, plaignez-moi... — Si vous saviez comme je suis punie!... Si vous saviez ce que je souffre!... ah! vous auriez pitié!... »

C'était tout.

M. de Grandlieu chancela.

— Perdue!... — balbutia-t-il, — irrévocablement perdue... Pauvre enfant insensée! comme je lui faisais peur!!l perdue à jamais... et je venais pour...

Il n'acheva pas.

Ses yeux s'agrandirent étrangement. — Les paroles commencées expirèrent sur ses lèvres. — II porta l'une de ses mains à son cœur et l'autre à son front. — Son visage devint d'un rouge sombre. — Il chancela de nouveau, comme un géant frappé au cœur, et s'abattit inanimé sur le tapis.

Dans sa chute, son front heurta l'angle d'un meuble et le sang se mit à couler...

Il pouvait être dix heures et demie du soir au moment où Croix-Dieu rentra chez lui.

Après avoir mis en sûreté, auprès des diamants de Germaine, le portefeuille renfermant le chèque d'un million payable au porteur et à vue, Philippe baigna son visage à plusieurs reprises dans des eaux parfumées, changea de toilette et sortit de nouveau, en donnant l'ordre à son valet de chambre de ne le point attendre.

Il alla de son pied léger jusqu'au boulevard, prit un fiacre, se fit conduire rue Le Sueur, renvoya la voiture qui l'avait amené et sonna à la porte du pelit hôtel que nous connaissons.

— Monsieur le baron, — lui dit le concierge — madame la comtesse est ciiez elle... mais elle ne reçoit personne... — Je prie monsieur le baron de m'excuscr... c'est une consigne générale...

— Dieu me garde de violer cette consigne... — r(-pli(]ua Phihppe. — Cependant, con-

vaincu que madame de Tréjan voudra bien faire une exception en ma faveur, je désire que ma carte lui soit remise...

— C'est qu'il est tout près de minuit... Madame la comtesse a permis aux domestiques d'aller se coucher... — il n'y a que la femme de chambre debout dans l'hôtel...

— Donnez ma carte à la femme de chambre... — J'attends ici...

Le concierge n'osa résister plus longtemps à ce visiteur qu'il savait grand ami de la maîtresse du logis.

11 traversa la cour pour s'acquitter de sa mission.

Croix-Dieu entra vivement dans la loge restée vide.

Trois ou quatre clefs portant des étiquettes étaient accrochées à un tableau destiné à cet usage et muni de clous h crochets.

L'une de ces clefs ouvrait la petite porte pratiquée près de la grille.

Philippe s'en empara et la mit dans sa poche.

Au bout d'une minute, le concierge revint.

— Madame la comtesse recevra monsieur le baron... — fit-il.

— J'en étais sûr...

— Geneviève attend monsieur le baron sous le vestibule.

— Très-bien...

La canii'riste laide mais coquette accueillit Croix-Dieu par un sourire.

— Monsieur le baron veut-il me suivre?... — dit-elle en montant l'escalier. Sur le palier du premier étage, elle tourna à gauche.

— Où me conduisez-vous, mon enfant? — demanda Piiilippc étonné.

— Chez madame la comtesse.

— Madame n'occupe donc pas son appartement habituel?

— Non, monsieur le baron... madame l'a momentanément quitté.

Croix-Dieu se disposait à formuler une question nouvelle. Il n'en eut pas le temps.

La camériste traversait une antichambre, ouvrait une porte, et Fanny, la main étendue, venait au-devant du visiteur en s'écriant :

— Vous avez eu cent fois raison, cher ami, de penser que la consigne ne vous regardait pas, et d'insister pour être introduit... — Mais qui pouvait vous attendre il pareille heure?... — J'allais me mettre au lit...

— Suis-je importun?

— Jamais!... — Vous le savez du reste!... — Soyez le bienvenu, comme toujours... — Vrai, je suis heureuse de voir...

Un grand changement était survenu dans l'apparence de Fanny Lambert, comtesse de Tréjan, mais ce changement n'altérait point sa beauté, tout en en modifiant le caractère.

Une pâleur mate remplaçait les fraîches couleurs de la jeune femme. — Un amaigrissement léger rendait plus délicat le contour des joues. — Les yeux semblaient encore agrandis, grâce à l'auréole d'azur qui les entourait. — Ils brillaient d'un éclat fiévreux. — La physionomie tout entière, dont la grâce piquante et la spirituelle mutinerie constituaient jadis les caractères distinctifs, offrait maintenant une expression passionnée et presque sérieuse.

Fanny portait un long peignoir de laine blanche flottant, dont aucune ceinture ne serrait les plis autour de sa taille fine et souple.

Sa blonde chevelure, habituellement ébouriffée dans un savant et coquet désordre, se tordait simplement sur sa tète en deux grosses nattes formant un casque d'or.

— Asseyez-vous, baron, — reprit la comtesse, — et causons... causons bien vite. — Mais d'abord, que je vous gronde! — Je me croyais, sinon tout à fait oubliée du moins abandonnée par vous!... Pourquoi ne vous a-t-on pas vu depuis cette soirée beaucoup trop dramatique dont le souvenir fait courir encore un frisson dans mes veines?..,

— Chaque jour je voulais venir...

— Eh bien, qui vous en empêchait?

— Des affaires... tout un monde d'affaires imprévues...

— Fâcheuses?...

— Ennuyeuses seulement, mais absorbantes au delà du possible et qui ne sont point finies, hélas!... Mais comme j'avais soif, chère comtefse, d'admirer vos grands yeux et de baiser vos belles mains, je suis venu ce soir, quoiqu'il soit heure indue, ne sachant plus quand je serais libre de nouveau, si je laissais passer l'occasion sans la saisir...

— Comme vous avez eu raison !...

— Vrai?

— Vous le savez bien!... — Ainsi donc, vous pensiez à moi?

— Sans cesse.

— Et vous parliez de moi?...

— Souvent.

— (Jue dit le monde de voire servante?

— Faut-il répondre avec sincérité?

— Certes!...

— i;t vous ne vous blesserez pas de ma franchise un peu brutale.?

— Est-ce que je me blesse de quelque chose?... — Je suis un bon garçon...

— Eh l)ien ! comtesse, l'opinion publique est contre vous absolument!... — C'est à qui vous jettera la pierre...

— • A propos de ce malheureux duel?

— D'abord, mais ensuite et surtout à propos de la folie que vous avez faite en ramenant ici votre amant blessé...

Les yeux de madame de Tréjan étincelèrent,

— Ah çà! baron, — s'écria-t-elle, — vous figurez- vous, par hasard, que je prenne la

moindre souci de l'opinion de ces gen?-là?... — J'ai agi comme j'ai voulu, j'ai agi comme je devais, et je suis heureuse de mon audace, et j"en suis fière!... — Aldéonoff, abandonné par moi, Aldéonoff, livré à des soins mercenaires, serait mort aujourd'hui... — Je l'ai sauvé, et tous les vains propos des sots et des méchants ne pourront empêcher qu'il me doive la vie!...

— Ainsi, le prince est vraiment sauvé?...

— Oui, baron, grâce à moi!... — Comprenez-vous cela?... grâce h moi!... — Le médecin, qui dans l'origine désespérait, a déclaré ce soir que le danger n'existait plus et que la convalescence était proche!... — Aussi je suis folle de joie... je suis ivre de bonheur!...

— Quelle exaltation!...

— C'est du délire...

— Ainsi, réellement, sérieusement, vous aimez Serge?...

— Si je l'aime?... — Ce n'est pas de l'amour que j'ai, c'est de l'adoration !... — Tenez, pour le suivre partout, pour ne le quitter jamais, je consentirais à n'être plus la comtesse Fanny, mais la fille d'un serf, une serve, une esclave, pourvu que cette esclave fût à lui!... — Ah! je suis bien sa chose!... corps et âme je lui appartiens!...

— Est-ce vous qui parlez, ma chère?... — Savez-vous que je ne vous reconnais plus!...

— Pardieu, c'est tout simple, je ne me reconnais pas moi-même !...

— Eh bien! et Tréjan?...

Fanny fronça ses sourcils noirs, et de ses prunelles d'émeraude jaillit un éclair vipérin.

— Ah! comme je le hais! — répliqua-t-elle d'une voix dure. — Ne prononcez point le nom de cet homme! Cela me fait mal de l'entendre...

— Ce nom, vous le portez cependant.

— Je le porte... je l'ai... je le garde... mais pour en faire le nom de la maîtresse d'AldéonofT et pour jeter ma couronne aux neuf perles sous les pieds de mon amant!

— Oui, c'est une vengeance, cela... — mais, avec votre ardeur de haine, il vous la faudrait plus corsée...

— A celui qui me l'apporterait complète et comme je la rêve, que ne donnerais-jc pas?... — Tenez il me semble, baron, que je me donnerais moi-même!...

— Tréjan, jusqu'au jour oii il vous a quittée, — reprit Philippe, — et surtout jusqu'au jour do son duel, était en butte au dédain général, vous ne l'ignorez pas!... — Aujourd'Iiui, tout est changé... — on le porte au pinacle... on lui dresse un piédestal... on vous immole en son honneur...

Les petites dents de l'anny Lamherl se heurtèrent à se briser... — Elle fit craquer, en froissant ses mains, les jointures de ses doigts mignons.

— Oh! me venger!... — répétait-elle en frappant du pied. — Me venger!... me venger!... Mais comment?... — Personne ne viendra donc me dire de quelle façon je pourrais me vengeil...

— Qui sait? — murmura Croix-Dieu.

La jeune femme coupa court à sa crise de colère nerveuse et attacha sur le baron ses yeux fixes.

— Est-ce que vous le savez, vous? — demanda-t-clle brusquement.

— Peut-être...

— Parlez donc, alors!... parlez vite!.,.

— Pas en ce moment!...

— Pourquoi?

— Parce que je refuse de vous donner une fausse joie, suivie peut-être d'une déception... — J'attends une certitude...

— Quand Faurez-vous?

— Bientôt... — Cette nuit même, selon toute apparence...

— Et vous parlerez alors?...

— Je vous le promets...

— Et vous me donnerez le moyen de briser cet homme, de 1 humilier, de le torturer?...

— Je vous donnerai le pouvoir de renverser le piédestal et de faire rouler la statue d;ms la boue...

— Vous ferez cela?

— Sur mon honneur, je le ferai !

Fanny frappa ses deux mains l'une contre l'autre avec un rire diabolique et joyeux.

— Eh bien, baron, — s'écria-t-elie, — quand vous aurez la certitude qu'il vous faut, ne perdez ni une heure, ni une minute, ni une seconde!... — Fût-ce au milieu de la nuit, venez!... — Faites-vous ouvrir les portes... qu'on m'éveille, je vous recevrai, et, — je ne m'en dédis pas, — quelle que soit la chose qu'il vous plaise alors d'exig'er de moi, cette chose vous est d'avance acquise... — Fanny Lambert, comtesse de Tréjan, sera à voti'e discrétion!...

— Marché conclu, et maintenant, cher et joli démon, je vous quitte...

— Vous partez, me laissant l'espérance, pour revenir bientôt?...

— Oui, bientôt...

— N'oubliez pas surtout qu'en vous attendant je ne vais plus vivre... — La fièvre de l'impatience et de l'incertitude brûlera le sang de mes veines...

— Je n'oublierai rien...

— Adieu donc, mon seul ami vrai... adieu... ou plutôt au revoir... — Je vais visiter mon blessé et me mettre au lit... — L'escalier est éclairé toute la nuit... — Vous savez le chemin... je ne vous reconduis pas...

Croix-Dieu baisa les mains de Fanny et quitta la chambre où venait d'avoir lieu l'entrevue à laquelle nous avons assisté.

LA VICOMTESSE GEUMAiNE

Croix-Dieu, le couteau à la luniji, l'oreille temlue, écoula. (Page 447.)

Il doscfindit au rez-de-chaussée et gagna le vestibule sans rencontrer mademoiselle Geneviève, qui sans doute attendait à rolfice le coup de sonnette de sa maîtreisc.

Il traversa la cour et hûla le concierge.

Ce dernier, rcveiilé en sursaut dans son grand fauteuil, tira le cordon en se frottant les yeux.

— Grand merci... — dit Cruix-Uicu en refermant avec hruit la porte de la rue.

Tr«f«ili«!i (ISr.) II.

Vicomtesao, n" 56.

Mais, au liou de sortir, il s'était rejeté dans la cour. — Il regagna Thôtel, gravit légèrement les degrés du perron, et, une fois dans le vestibule, franchit le seuil du grand salon sombre et se blottit derrière les lourds rideaux de tapisserie de l'une des croisées.

Au bout de quelques minutes il entendit résonner le timbre appelant la femme de chambre. — Celle-ci monta, redescendit bientôt, et ferma à la clef et aux verrous la porte du vestibule. — Le bruit de ses pas se perdit ensuite dans le calme de la nuit.

La pendule du salon et celle du boudoir bleu sonnèrent une heure du matin, puis la demie après une heure.

Philippe alors quitta sa cachette et, lentement, avec des précautions minutieuses, rouvrit la porte du salon et passa sa tête au dehors.

Une lanterne carrée, d'un merveilleux travail, éclairait la cage do l'escalier.

Un silence profond régnait.

Croix-Dieu se frotta les mains.

— Il me semble que j'ai tout prévu... — murmura-t-il. — L'affaire du baron Worms n'était pas mieux conduite... — A l'oiuvrc!...

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