Ce vers n'a que dix syllabes
2. Voy dans Ftenestek Portrait de la poltronnerie , 1. 4, ch. 19, p. 330.
h On appeloit mercuriale les séances tenues tous les trois mois le mercredi par les cours réunies du Parlement. Le mer-
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Le feu pour peine deiie aux âmes plus constantes. Là parurent en corps et en robes sanglantes Ceux qui furent jadis juges et sénateurs, Puis du plaisir ûes rois lasches exécuteurs. De là se peut la cour, en se faisant esgalle A Mercure maqreau, dire Mercurialle.
Ce jour nos sénateurs, à leur maistre vendus, Luy presterent serment en esclaves tondus.
Ce palais du grand juge avoit tiré la veiie Par le lustre et l'esclat qui brilloit dans la nue: En voici un second ('), qui se fit par horreur Voir de tous empereurs au suprême empereur, Un funeste chasteau, dont les tours assemblées Ne monstroyent par dehors que grilles redoublées , Tout obscur, tout puant ; c'est le palais, le fort De l'inquisition, le lo^is de la mort:
C'est le taureau d'airam(2) dans leauel sont esteintes Et les justes raisons et les plus tendres plaintes : Là mesme, aux yeux de Dieu, l'homme veut estouffer La prière et la foi : c'est l'abrégé d'enfer. Là , parmi les crapaux , en devinant leurs fautes , Trempent les enchaînés; des prisons les plus hautes Est banni le sommeil : car les grillons ferrez Sont les tapis velus et matras rembourrez. La faim plus que le feu esteint en ces tasnieres Et la vie et les pleurs des âmes prisonnières. . Dieu, au funeste jour de leurs actes plus beaux, Void leurs trônes levés, l'amas de leurs posteaux, Les arcs , les eschaffaux dont la pompe estoffée Des paremens dorés preparoit un trophée.
credi, 14 juin IJÇ9, le Parlement de Paris étant assemblé pour une mercuriale, Henri H s'y transporta inopmément, y parla contre les hérétiques, et à la suite de discours prononcés devant lui, il fit arrêter le jour même les conseillers du Faur, Anne du Bourg, P. de Foix, A. Fumée et Eust. de la Porte. — Voy. de Thou, 1. 22; La Place, 1. i; Théod. de Beze, 1. 2, p, 191, et d'Aubigné, Hist.univ., t. i.,p. iij. I. La Bastille. — 2. Voy. plus haut, p. 57, note 6.
144 ^ES Tragiques.
Puis il vid desmarcher à trois ordres divers
Les rangs des condamnez de sambenits couverts :
Dessous ces parements, les héritiers insignes
Du manteau, du roseau et couronne d'espines,
Portent les diables peints; les anges en effect
Leur vont tenant la main autrement qu'en portraict.
Les hommes sur le corps desployent leurs injures,
Mais ne donnent le ciel ne l'enfer qu'en peintures.
A leur Dieu de papier il faut un appareil
De oaradis, d'enfer et démons tout pareil.
L'iaolatre qui fait son sermon en image,
Par images anime et retient son courage,
Mais l'idole n'a peu le fidèle troubler,
Qui n'en rien espérant n'en peut aussi trembler.
Après, Dieu vid marcher de contenances graves Ces guerriers hasardeux dessus leurs mules braves, Les trompettes devant : quelque plus vieil soldat Porte dans le milieu l'infernal estendart. Où est peint Ferdinand, sa compagne Ysabelle ('), Et Si.xte pape (2), autheurs de la secte bourrelle. Cet oriflan (?) superbe, en ce poinct arboré, Est du peuple tremblant à genoux adoré. Puis au fond delatrouppe, à l'orgueil equippée, Entre quatre hérauts porte un comte l'espée : Ainsi fleurit le choix aes artisans cruels. Hommes desnaturez. Castillans naturels :
Os mi-mores hautains, honorez, efTroyables, ?\''ont d'autres points d'honneur que d'estre impitoyaf Nourris à exercer l'astorge dureté [blés,
A voir d'un front tetric(4) la tendre humanité,
1. Ferdinand V d'Aragon et sa femme Isabelle de Castille On connoît leurs peisécutions contre les Maures.
2. Sixte V. Le 9 septembre is8( il avoit publié contre le roi de Navarre et le prince de Condé une bulle tcllemeni violente que le Parlement fit à ce sujet des remontrances au roi. — ?. Oriflamme.
4. Sombre, sévère, du latin tetricus. L'Estoile a aussi employé ce mot(ann. 1610, p. 592).
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Corbeaux courans aux morts et aux gibets en joye, S'esgayants dans le sang et jouants de leur proye.]
Dieu vid, non sans fureur, ces triomphes nouveaux Des pourvoyeurs d'enfer, magnifiques bourreaux , Et receut en son sein les âmes infinies Qu'en secret, qu'en public trainoyent ces tragédies, Où le père en l'Oreste a produit sans effroy L'héritier d'un royaume, et l'unique d'un Roy (')•
Les docteurs accusez du changement extrême Qui parut à la mort du grand Charles cinquiesme (2), Marchent de ce troupeau : comtes et grands seigtieurs. Dames, filles, enfans, compagnons en honneurs D'un triomphe sans lustre et de plus d'efficace Font au ciel leur entrée où ils trouvent leur place. [Tremblez, juges; sachez que le juge des cieux ";■ Tient de chacun des siens le sang tres-precieux : Quand vous signez leur mort cette clause est signée; Que leur sang soit sur nous et sur notre lignée.] -
Et vous, qui le faux nom de l'Eglise prenez, Qui de faits criminels, sobres, vous abstenez, Qui en ostez les mains et y trempez les langues, Qui tirez pour couteau vos meurtrières harangues, Qui jugez en secret, publics soliciteurs, Ivestes-vous pas Juifs , race de ces docteurs Qui confessoyent toujours, en criant : « Crucifie ! » ^ Que la loy leur défend de juger une vie.? [Ou bourreaux ne vivans que de mort et de sang, Qui en exécutant mettent dans un gant blanc La destruisante main aux meurtres acharnée. Pour tuer sans toucher à la peau condamnée. Pour faire aussi jurer à ces doctes brigands,
1 . Ces deux vers, fort obscurs, c ntiennent évidemment une allusion à don Carlos, qui étoit , lorsqu'il mourut MjéS;, fils unique de Philippe 11. Carlos, comme on sait, avoit été soupçonne de conspiration contre son père , qui fut accusé de l'avoir fait périr.