‹ Les tragiques (volume 4)Chapitre 135 sur 313 · Var. : Le vulgaire animé · texte numérisé non relu

Var. : Le vulgaire animé

lyS Les Tragiq ues.

Autres cinc| de Lyon ('), liez de mesmes nœuds, Ne furent point dissous par les fers et les feux : Au fort de leurs tourmens ils sentirent de l'aize, Franchise en leurs liens, du repos en la braize. L'amitié, dans le feu, vous sceut bien embrazer, Vous baisâtes la mort tous cinq d'un sainct baizer, Vous baizates la mort. Cette mort gracieuse Fut de vostre union ardemment amoureuse.

C'estoient (ce diroit-on) des hommes endurcis, Acablez de labeurs et de poignans soucis; [dres,

Mais cerchons d'autres cœurs nez et nourris plus ten- Voyons si Dieu les peut endurcir jusqu'au.x cendres; Que rien ne soit exempt en ce terrestre lieu De la force, du doigt et merveilles de Dieu.

Heureuse Graveron(2), qui ne sceut ton courage? Qui ne cognent ton cœur non plus que ton voyage .? L'hommage fut à Dieu qu'en vain tu aprestois A un vain cardinal (5); ce fut au Roy des rois, Qui en ta foy mimorte, en ame si craintive Trouva si brave cœur et une foy si vive. Dieu ne donna sa force à ceux qui sont si forts : Le présent de la vie est pour les demi-morts.

Il despart les plaisirs aux vaincus de tristesse, L'honneur aux plus honteux, aux pauvres la richesse : Cette-cy, en lisant avec frequens souspirs L'incroyable constance et l'effort des martirs , Doubtoit la vérité en mesurant la crainte : L'esprit la visita, la crainte fut esteinte. Prise, elle abandonna dès l'huis de sa prison Pour les raisons du ciel la mondaine raison : Sa sœur la trouve en pleurs finissant sa prière,

1 . Cinq écoliers de Lausanne suppliciés à Lyon. Voy. Crespln, fol. 23 c verso.

2. Philippe de Luns, demoiselle de Graveron. Cf. Crespin, fol. 4}i verso, et Hist. uniy., t. i, p. 107.

3. « Elle alloit à Paris, dit d'Aubigné, pour faire hommage au cardinal de Lorraine. » Ibid.

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Elle en se relevant dict en telle manière: [sœur?

a Ma sœur, vois-tu ces pleurs ? vois-tu ces pleurs, ma Ces pleurs sont toute l'eau qui me restoit au cœur: Ce cœur ayant jette son humide foiblesse, Tout feu, saute de joye et voile d'allégresse. » ' La brave se para aux derniers de ses jours, Disant : « Je veux jouir de mes sainctes amours : Ces joyaux sont bien peu, l'ame a bien d'autre gage De l'espoux qui luy donne un si haut mariage. »

Son visage luisit de nouvelle beauté Quand l'arrest luy fut leu : le bourreau présenté, Deux qui l'accompagnoient furent pressez de tendre Leurs langues au couteau : ils les vouloient defïendre Aux termes (1) de l'arrest : elle les mit d'accord, Disant : « Le tout de nous est sacré à la mort : ". .";'^ 'N'est-ce pas bien raison que les heureuses langues Qui parlent avec Dieu , qui portent les harangues Au sein de l'Eternel, ces organes que Dieu Tient pour les instrumens de sa gloire en ce lieu. Qu'elles, quand tout le corps à Dieu se sacrifie Sautent dessus l'autel pour la première hostie. Nos regards parleront, nos langues sont bien peu Pour l'esprit qui s'explique en des langues de feu. » Les trois donnent leur langue ; et la voix on leur bouche : Les parolles de feu sortirent de leur bouche : Chasque goutte de sang que le feu fit voiler Porta le nom de Dieu et aux cœurs vint parler. Leurs regards violans engravèrent leurs zelles Aux cœurs des assistans , hors-mis des infidelles. Le feu tant mesprizé par ces cœurs indomptez Fit à ces léopards changer de cruautez. Et pour tout esprouver, les inventeurs infâmes Pour un exquis supplice enterrèrent les femmes (2) , Qui, vives, sans pasiiret d'un cœur tout nouveau. D'un œil non effrayé, regardoient leur tombeau, Prenoient à gré la mort dont cette gent faussaire

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