Saint Paul. — 2. En premier lieu
200 Les Tragiqjjes.
Plus riant à esprit séparé de son corps : Christ luy donna sa marque, et le voulut faire estre Imitateur privé des honneurs de son maistre, Estant ainsi monté (i), pour entrer tout en paix Dans la Hierusalem permanente à jamais-
Oui y le ciel arrosa ces graines espandùes, Les cendres que fouloit Rome parmi ses rues : Tesmoin ce blanc vieillard que trois ans de prisons Avoient mis par delà le roolle des grisons : Qui à ondes couvroit de neiges sans froidure Les deux bras de cheveux (2), de barbe la ceinture. Ce cygne fut tiré de son obscur estuy Pour gagner par l'efFroy ce que ne peut l'ennuy : De près il vit briser si douloureuse vie(5), Et tout au lieu de peur anima son envie : Le docte confesseur qui au feu l'assista, Changé, îe lendemain, en chaire présenta Sa vie au mesme feu, maintenant l'innocence (-'^^ De son vieillard client : la paisible assistance Sans murmure escouta les nouvelles raisons, Apprit de son prescheur comment, dans les prisons, Celuy qui eut de solde un escu par journée, Avoit entre les fers sa despence ordonnée, Vivant d'un sol de pain : ainsi le prisonnier En un pauvre croton le fit riche ausmosnier. Ce peuple pour ouïr ces choses eut oreilles. Mais n'eut pour l'accuser de langue. Les merveilles De Dieu font quelquesfois en la constante mort Ou en la liberté Quelques fois leur effort.
De mesme escole vint, après un peu d'espace, Lemaigre, capucin : cestuicy en la face Du pape non clement(4), l'appella ante-Christ,
i . Var. : monté dessus l'asnon.
2. C'est-à-dire dont les cheveux blancs couvroient les épaules.