‹ Les tragiques (volume 4)Chapitre 158 sur 313 · I. En extase. — 2. Ailes. — 3. Var · texte numérisé non relu

I. En extase. — 2. Ailes. — 3. Var

Ses yeux flamboyent dessous les sourcils refroncés.

Les Fers. 21 1

Le crespe blanchissant qui les cheveux luy cœuvre

Se change en mesme peau que porte la couleuvre

Qu'on appelle coéffée(i), ou bien en telle peau

Que le serpent mué despoùille au temps nouveau.

La bouche devint pasle; un changement estrange

Luy donna front ae diable et osta celuy d'ange.

L'ordure le flestrit , tout au long se respend,

La teste se descoèffe et se change en serpent :

Le pennache luisant et les plumes si belles

Dont il contrefaisoit les angeliques ailes,

Tout ce blanc se ternit, ces ailles, peu à peu

Noires, se vont tachans de cent marques de feu,

En Dragon affriquain ; lors sa peau mouchetée,

Comme un ventre d'aspic se trouve marquetée :

Il tomba sur la voûte, où son corps s'alongeant,

De diverses couleurs et venin se chargeant ,

Le ventre jaunissant et noirastre la queue.

Pour un ange trompeur (2) mit un serpent en veue.

La parolle luy faut , le front de l'effronté

Ne pouvoit supporter la saincte majesté.

Qui a veu quelques fois prendre un coupeur de bourse

Son œuvre dans ses mains, qui ne peut à la course

Se sauver, desguisant ou niant son forfaict ?

Satan n'a plus les tours desquels il se desfaict :

S'il fuit, le doigt de Dieu par tout le monde vole :

S'il ment. Dieu preuve tout et connoist sa parole (5).

Le criminel pressé, repressé plusieurs fois.

Tout enroué trouva l'usage de la voix.

Et respond en tremblant : « Je vien de voir la terre

La visiter, la ceindre et y faire la guerre ;

Tromper, tenter, ravir, tascher à décevoir

Le riche en ses plaisirs, le pauvre au desespoir :

I. C'est l'aspic de Cléopâtre, le coluber haje (de Linnée), congénère de l'espèce indienne appelée par les Portugais cobra capello, couleuvre ciiaperonnée.

Q. Au lieu d'un ange. — j. Var. :

S'il ment, Dieu juge tout, et penser et parole.

Je vien de redresser emprise sur emprise, Les fers après les feux encontre ton Eglise : Je vien des noirs cachots, tristes d'obscurité. Piper les foibles cœurs du nom de liberté. Fasciner le vulgaire en estranges merveilles. Assiéger de grandeur des plus grands les oreilles, Peindre aux cœurs amoureux le lustre des beautez , Aux cruels par mes feux doubler lescruautez, Apaster(i) (sans saouler) le vicieux de vice, D'honneurs l'ambition, de presens l'avarice.

— Pourtant (dit l'Éternel), si tu as esprouvé La constance des miens, Satan, tu as trouvé Toute confusion sur ton visage blesme.

Quand mes saincts champions, en tuant la mort mesme. Des cœurs plus abrutis arrachent les soupirs : Tu as grincé les dents en voyant ces martyrs Te destruire la chair, le monde et ses puissances Et les tableaux hideux de leurs noires offences Que tu leur afïrontois; et quand je t'ay permis De les livrer aux mains de leurs durs ennemis, La peine et la douleur sur leur chair augmentée A veu le corps destruit, non l'ame espouvantée. «

Le calomniateur respondit : « Je sçay bien Qu'à un vivre fascheux la mort est moins que rien : Ces cerveaux à qui l'heur et le plaisir tu ostes, Séchez par la vapeur qui sort des fausses costes, S'affligent de terreurs, font en soy des prisons Qui ferment le guichet aux humaines raisons. Ils sont chassez par tout et si las de leur fuite Qu'au repos des crotons la peine les invite : On leur oste les biens, ils sont pressez de faim, Ils aiment la prison qui leur donne du pain. Puis, vivans sans plaisir, n"auroient-ilz point envie De guérir par la mort une mortelle vie ? Aux cachotz estouffez on les va secourir Quand on leur va donner un peu d'air pour mourir.

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