Bien que
2i8 Les Tragiq ues.
Sans le secours de Dieu, secourus par les hommes.
Les zélateurs de Dieu , les citoyens péris En combattant pour Christ, les loix et le pays, Remarquoient aisément les batailles, les bandes, Les personnes à part et petites et grandes. Ceux qui de tels combats passèrent dans les cieux, Des yeux de leurs esprits voient leurs autres yeux: Dieu met en cette main la plume pour escrire Oij un jour il mettra le glaive de son ire. Les conseils plus secrets, les heures et les jours. Les actes et le temps sont, par songneux(i) discours Adjoutez au pinceau : jamais à la mémoire Ne fut si doctement sacré une autre histoire: Car le temps s'y distingue, et tout l'ordre des faitz Est si parfaitement par les anges parfaitz Escrit, desduit, compté, que par les mains sçavantes Les plus vieilles saisons encor y sont présentes. La fureur, l'ignorance, un prince redouté, Ne font en ces discours tort à la vérité.
Les yeux des bien-heureux aux peintures advisent Plus qu'un pinceau ne peut, et en l'histoire lisent Les premiers fers tirez et les émotions Qui brusloient d'un subject diverses nations. Dans le ciel desguisé, historien des terres. Ils lisent en leur paix les efforts de nos guerres: Et les premiers objectz de ses yeux sainctz. et beaux Furent au rencontrer de ces premiers tableaux.
[Le premier vous présente une aveugle Bclonne Qui s'irrite de soy, contre soy s'enfelonne. Ne souffre rien d'entier, veut tout voir à morceaux. On la void deschirer de ses ongles ses peaux : Ses cheveux gris, sans loy, sont grouillantes vipères Qui lui crèvent le sein, dos et ventre d'ulcères. Tant de coups qu'ils ne font qu'une playe en son corps. La louve boit le sang, et fait son pain de morts. Voici de toutes parts du circui de la France,
) . Soigneux.
Les Fers. 219
Du brave Languedoc, de la sèche Provance, Du noble Dauphiné, du riche Lyonnois, Des Bourguignons testus, des légers Champenois, Des Picards hazardeux, de Normandie forte: Voici le Breton franc, le Poictou qui tout porte: Le Xaintongeois heureux, et les Gascons soldats (>), Des bords à leur milieu (2) branslent de toutes parts, Par troupeaux départis, et payés de leurs zèles , Gardent secret et foy en trois mille cervelles (5): Secret rare aujourd'huy en trois fronts de ce temps. Et le zèle et la foy estoyent en leur printemps. Ferme entre les soldats, mais sans loy et sans bride En ceux qui respiroyent l'air de la cour perfide. Voici les doux François l'un sur l'autre enragés, D'ame, d'esprit, de sens et courage changés. Tel est l'hideux portraict de la guerre civile, Qui produit sous ses pieds une petite ville (4) Pleine de corps meurtris en la place estendus, Son fleuve de noyés, ses créneaux de pendus. Là, dessus l'eschafaut qui tient toute la place. Entre les condamnés, un eslève sa face Vers le ciel, luy monstrant le sang fumant et chaud Des premiers etestés(s) : puis s'escria tout haut. Haussant les mains du sang des siens ensanglantées : « O Dieu puissant vengeur, tes mains seront ostées