‹ Les tragiques (volume 4)Chapitre 172 sur 313 · Des leurs · texte numérisé non relu

Des leurs

3. D'Aubigné, ibid., p. 183. Le poète n'a guère fait que mettre en vers le récit de l'historien.

4. C'est-à-dire exempter, comme la noblesse exeraptoit des tailles.

Les Fers. 229

Des mères qu'on fendoit un enfant avorté

S'en alla sur les eaux, et sur elles porté,

Autant que les regards le pouvoient loin conduire,

Leva un bras au Ciel pour appeler son ire.

Quelques uns, par pitié, vont reperçant les corps

Où les esprits et cœurs ont des liens trop forts.

Ces fendans ayant faict rencontre d'un visage

Qui de trop de beauté affligeoit leur courage.

Un moins dur laissa cheoir son bras et puis son fer;

Un autre le relève, et, tout plain de l'enfer,

Desfiant la pitié de pouvoir sur sa veue,

Despouilla la beauté pour la déchirer nue,

Print plaisir à souiller la naïve couleur.

Voyant ternir en mort cette vive blancheur.

Les jeunes gens, repris autresfois de leur vice,

Fouilloient au ventre vif du chef de la justice (')

L'or qu'ils pensoient caché, comme on vid les Romains

Desmeler des Juifs les boyaux de leurs mains.

Puis on void esclater, montant cette rivière. Un feu rouge qui peint Loire, autrefois si claire; L'eau d'Orléans devint un palais embrazé. Par les cœurs attisez espris et attisé (2). Ils brisent leurs prisons et leurs loix violées. Pour y faire périr les âmes désolées Des plus paisibles cœurs, qui cerchoient en prison Logis pour ne se voir ♦achez de trahison , Trouvans dedans les bras de la fausse justice Pour autel de refuge autel de sacrifice. Là, vous voyez jetter des eslevez crenaux Par les mères les fils, guettez en des manteaux (5);

1. Le président Jean Bourgeau. Voy. de Thou fl. 30), dont le récit est sur ce point conforme à celui de d'Aubigné.

2. L'incendie de la tour de Martinville, à Orléans, où étoient renfermés les réformés. {Hist. univ., 1. s, ch. ij, p. 416.)

5. C'est-à-dire les mères jettent leurs fils, que des personnes placées en bas cherchent à recevoir dans leurs manteaux. Cf. Hist. univ., ibid.

2^0 L ES TRAGiQ.UES.

L'arquebusier tirant celle qui prend envie De laisser après soy une orpheline vie; Puis les piquiers bandés, tellement affustez(i) Qu'ils recevoient aux fers {2) les corps précipitez.

Tout ce que Loire, Seine, et que Garonne abreuve, Estoit par rang despeint comme va chaque fleuve; Cinquante effects pareils flamboyoient en leurs lieux, Atlirans jusqu'à soy par la suitte les yeux. Le Rosne n'est exempt, qui par sa fin /) nous guide A juger quelle beste est un peuple sans bride. Je laisse à part un pont rempli de condamnez, Un gouverneur (4), ayant ses amis festinez. Qui leur donne plaisir de deux cens précipices (ç). Nous voyons de tels sauts représailles, justices. En suivant, l'œil arrive où deux divers portraits Représentent un peuple armé de divers traits Bandez pour deschirer, l'un Mouvant (6), l'autre Ten- II faiit que la justice et l'un et l'autre rende [de (7). Aux ongles acharnés des affamez mutins.

Ceux-là veullent offrir leurs bergers aux mastins; Mais les chiens, respectans le cœur et les entrailles, Furent, comme chrestiens, punis par ces canailles, Qui, en plusieurs endroits, ont rosti et masché, Savouré, avalé tels cœurs en plain marché. Si quelqu'un refusoit, c'estoit à son dommage

I . Postés à l'affût. — 2. Sur la pointe de leurs piques. - ?. Aux lieux où il finit son cours.

4. Le baron des Adrets. Ce fait se passa à la prise de Montbrison (1562). Cf. de Thou, 1. 51 ; d'Aubigné, 1. 3,ch. 7, p. 206.

5 . C'est-à-dire de deux cents hommes précipités du haut du château. Un seul homme de la garnison fut épargné; ce fut celui qui , hésitant à faire le saut , dit au baron le mot si connu : « Monseigneur, je vous le donne en dix. »

b. Paul de Richien , sieur de Mouvans , célèbre chef calviniste tué dans un combat contre Brissac,en 1568, près de Riberac. — 7. Honoré de Savoie , comte de Tende, mort en 1 580.

Les Fers, 251

Qu'il n'estoit pas bien né pour estre antropoph2ge('). Point ne sont effacez, encor qu'ils soient plus vieux, Les traits de Merindoi et Cabrière (2) en feux. L'œil, suivant les désirs, aux montagnes s'eslongne Qu'il voyoït tapisser des beaux combats d'Angrongne (3): Il contemploit changer en lions les agneaux, Quand celuy qui jadis fut berger des troupeaux. De l'agneau faict lyon , amiral admirable (4), Sachant en autre part la suitte espouvantable Des succès de sa mort, à ce poinct arriva Que le troupeau ravi sur ses erres trouva (s)- Mais il leur fit quitter, pour venir à nos aages. Tels spectacles entiers qui, d'image en images, De pas en pas menoient les célestes bourgeois A voir Zischa(6), Bohême, enfin les Albigeois. Ils quittent à regret cette file infinie Des merveilles de Dieu pour voir la tragédie (7) Qui efface le reste. Estans arrivez là, De prophétique voix son ame ainsi parla : « Venez voir comme Dieu chastia son Eglise , Quand sur nous , non sur luy, sa force fut assize ; Quand , devenus prudens, la paix et nostre foi Eurent pour fondement la promesse du roy. Il (S) se monstra fidèle en l'orde perfidie De nos haineux, et fit, en nous ostant la vie, Rester si abbatu et foible son troupeau. Qu'en terre il ne trainoit que les os et la peau.

1. De Thou (I. 50) raconte qu'il y eut des enfants mangés par les soldats.

2. Sur les massaaes de Mérindol et de Cabrières, en 1 546, voy. de Thou, 1. 6, et Crespin,fol. 133.

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