Sillons
2. Delà haie d'aubépine qui les protège. Voy., sur le mot aubépine, le Dictionnaire de Trévoux.
Les Fers. 253
L'aspect, en arrivant, plus fier apparoissoit,
L'esclatante lueur près de l'œil acroissoit.
Premieren;ent, entroit en Paris l'infidelle
Une troupe funèbre : on void au milieu d'elle
Deux princes( ' ), des chrestiens l'humain et foible espoir ;
Pour présage et pour marque, ils se paroient de noir,
Sur le coup de poison qui de la tragédie
Joua l'acte premier, en arrachant la vie
A nostre Debora(2). Après est bien despeint
Le sumptueux apprest, l'amas, l'apareil feint,
La pompe, les festins de doubles mariages
Qui desguisoient les cœurs et masquoient les visages (5).
La flûte qui joua fut la publique foy ;
On pipa de la paix et d'amour de son roy,
Comme un pescheur, chasseur, ou oiseleur appelle,
Par l'appast, le gaignage '4) ou l'amour de femelle ,
Soubz l'herbe, dans la nasse, aux cordes, aux gluaux,
Le poisson abusé, les bestes, les oiseaux.
Voicy venir le jour, jour que les destinées
Voyoient, à bas sourcilz, glisser de deux années ,
Le jour marqué de noir, le terme des appas.
Le soleil s'arresta, voulut tourner ses pas (s)-
[Jour qui avec horreur, parmi les jours se conte ,
Qui se marque de rouge et rougit de sa honte :
1 . Henri de Navarre et le prince de Condé portant le deuil de Jeanne d'Albret.
2. Jeanne d'Albret, morte, à ce que l'on disoit, empoisonnée, le 9 juin IJ72. Il est beaucoup plus probable qu'elle mourut d'une pleurésie.
3. Le mariage de Henri de Navarre avec Marguerite de Valois, célébré le 28 août 1 572, et celui de Henri de Bourbon, prince de Condé, avec Marie de Clèves. Cette dernière union eut lieu au château de Blandy, au commencement de juillet de la même année.
4. Terme de vénerie, terre chargée de grains , où les bêtes fauves vont se repaître.
j . Var. :
Qui voulut estre nuict et tourner sur ses pas.
234 î-Es Tragiques.
L'aube se veut lever, aube qui eut jadis Son teint brunet orné des fleurs du Paradis; Quand, par son treillis d'or^ la rose cramoisie Esclatoit, ondisoit: «Voici ou vent, ou pluye. ■» Cett' aube que la mort vient armer et coiffer D'estincelans brasiers ou de tisons d'enfer, Pour ne démentir point son funeste visage. Fit ses vents de souspirs , et de sang son orage ; Elle tire en tremblant du monde le rideau : Et le soleil, voyant le spectacle nouveau, A regret esleva son pasle front des ondes] (i) Transi de se mirer en nos larmes profondes, De rougir ses raions , le pur et beau soleil Y presta, condamné, la torche de son œil ; Encor, pour n'y montrer le beau de son visage, Tira le voile en l'air d'un louche et noir nuage (2). Satan n'attendit pas son lever, car voici , Le front des spectateurs s'advise, à coup transi. Qu'en paisible minuict, quand le repos de l'homme Les labeurs et le soin en silence consomme. Comme si du profond des esveillez enfers Grouillassent tant de feux , de meurtriers et de fers, La cité où jadis la loy fut révérée, Qui. à cause des loix, fut jadis honorée, Qui dispensoit en France et la vie et les droicts. Où fleurissoient les arts, la mère de nos rois, Vit et souffrit en soy la populace armée Trépigner la justice, à ses pieds diffamée. Des bruteaux desbridez les monceaux hérissez,
1. Ces treize vers, dans rédition sans date, remplacent le suivant :
A regret il tira son front pasle des ondes.