‹ Les tragiques (volume 4)Chapitre 176 sur 313 · Var. : pour venger sa rancœur (rancune). — J. Coligny · texte numérisé non relu

Var. : pour venger sa rancœur (rancune). — J. Coligny

Son corps sert de jouet aux badaux ameutez, Donnant le bransle au cours des autres nouveautez. La cloche qui marquoit les heures de justice: Oi Trompette des voleurs, ouvre aux forfaicts la lice: Ce grand palais du droict fut contre droict choisi Pour arborer au vent l'estendart cramoisi : Guerre sans ennemi, où l'on ne trouve à fendre Cuirasse que la peau ou la chemise tendre. L'un se deffend de voix, l'autre assaut de la main: L'un y porte le fer, l'autre y porte le sein : Difficile à juger qui est le plus astorge (2), L'un à bien esgorger, l'autre à tendre la gorge. Tout pendart parle haut; tout équitable craint, Exalte ce qu'il hait; qui n'a crime le feint. Il n'est garçon, enfant qui quelque sang n'espanche, Pour n'estre veu honteux s'en aller la main blanche. Les prisons, les palais, les chasteaux, les logis, Les cabinetz sacrez, les chambres et les licts Desprinces, leur pou voir, leur secret, leur sein mesme(?) Furent marquez des coups de la tuerie extrême. Rien ne fut plus sacré quand on vit par le roy Les autels violez, les pleiges de la foy. Les princesses s'en vont de leurs lits, de leurs chambres, D'horreur, non de pitié , pour ne toucher aux membres Sanglants et detranchez que le tragique jour Mena cercher la vie au nid du faux amour. Libithine marqua de ses couleurs son siège. Comme le sang des fans rouille les dents du piège. Ces lits, pièges fumans, non pas lits, mais tombeaux Où l'Amour et la Mort troquèrent de flambeaux. Ce jour voulut monstrer au jour par telles choses Quels sont les instrumens, artifices et causes Des grands arrests du Ciel. Or des-jà vous voyez

I. Les cloches de Saint-Germahi-l'Auxerrois et du Palais donnèrent le signal du massacre. — 2. Sans souci.

3. Voy les Mémoires de Marguerite de Navarre, année 1572. Cf. Mist. univ., t. i, p. 54?-

Les Fers. 2^7

L'eau couverte d'humains, de blessez mi-noyez. Bruyant contre ses bords, la détestable Seine, Qui des poisons du siècle a ses deux chantiers pleine. Tient plus de sang que d'eau; son flot se rend caillé, A tous les coups rompu, de nouveau resouiilé Par les précipitez : le premier monceau noyé, L'autre est tué par ceux que derniers on envoyé : Aux accidents meslez de l'estranger forfaict. Le tranchant et les eaux débattent qui l'a faict. Le pont(i), jadis construict pour le pain de sa ville, Devint triste eschafaut de la fureur civile ; On voit, à l'un des bouts, l'huis funeste choisi Pour passage de mort, marqué de cramoisi ; La funeste vallée à tant d'agneaux meurtrière, Pour jamais gardera le titre de misère (2). Et tes quatre bourreaux porteront sur leur front Leur part de l'infamie et de l'horreur du pont, Pont, qui eus pour ta part quatre cens précipices, Seine veut engloutir, louve (5), tes édifices. Une fatale nuict en demande huict cens, Et veut aux criminels mesler les innocens.

Qui marche au premier rang des hosties rangées ? Qui prendra le devant des brebis esgorgées ?

Ton nom demeure vif, ton beau teint est terny. Piteuse, diligente et dévote Yverny (4),

1 . Le pont qui conduisoit aux moulins construits sur la rivière. (Cf. Hist. univ., p. 552.) Il porta successivement les noms de Pont aux Colombes, Pont aux Meuniers et Pont- Marchand. Détruit et rebâti plusieurs fois , il fut brûlé en 1621 avec le Pont au Charge. Lorsqu'on reconstruisit ce dernier en pierre , on y comprit l'emplacement du Pont- Marchand. — Cf. Confession de Sancy, 1. 2, ch. 8.

2. La Vallée de misère étoit le nom que l'on donnoit souvent à la rue Trop-va-qui-dure , qui longeoit le Grand-Châtelet. Elle commençoit à la rue de la Saunerie et fmissoit à la rue de Saint-Leufroi.

}. Louve dans les deux éditions. Il faut évidemment lire Louvre.

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