I. Voy. Jonas, c. 4 , vers. 6 et suiv. — a. L'entoure
268 Les Tragiq ues.
Comme l'ire et le feu des ennemis s'atize
De bien fort-peu de bois et s'augmente beaucoup,
Satan fit ce que fait en ce siècle le loup
Qui querelle l'agneau beuvant à la rivière,
Luy au haut de la source et l'agneau plus arrière.
L'Antéchrist affamé dit-il pas que son eau(')
Se trouble au contre-flot par l'innocent agneau ?
La source des grandeurs et des biens de la terre
Descoulle de leurs chefs, et la paix et la guerre
Balancent à leur gré dans leurs impures mains ;
Et toutes fois alors que les loups inhumains
Veulent couvrir de sang le beau sein de la terre,
Les prétextes communs de leur injuste guerre
Sont nos autels sans fard, sans feinte, sans couleurs,
Que Dieu ayme d'enhaut l'offerte (•) de nos cœurs.
Cela leur croist la soif du sang de l'innocence.
Ainsi Abel offroit en pure conscience
Sacrifices à Dieu ; Gain offroit aussi :
L'un offroit un cœur doux, l'autre un cœur endurci ;
L'un fut au gré de Dieu, l'autre non agréable :
Cain grinça les dents, pasiit, espouvantable ,
Il massacra son frère, et de cet agneau doux
Il fit un sacrifice à son amer courroux.
Le sang fuit de son front et honteux se retire,
Sentant son frère sang que l'aveugle main tire;
Mais quand le coup futfaict, sa première pasieur
Au prix de la seconde estoit vive couleur :
Ses cheveux vers le Ciel hérissez en furie.
Le grincement de dents en sa bouche flestrie,
L'œil sourcillant de peur descouvroit son ennuy.
Il avoit peur de tout, tout avoit peur de luy :
Car le Ciel s'affeubloit du manteau d'une nue
Si tost que le transi au Ciel tournoit la veiie ;
S'il fuyoit au désert, les rochers et les bois,