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L'armée des vers

Tragiques. — I. 19

290 Les Tragiclues.

Lié par ses amis de l'une et l'autre main, Comme il grinçoit les dents contre la nourriture, Ses amis d'un bâillon en firent ouverture; Mais avec les coulis dans sa gorge coula Un gros amas de vers qui à coup l'estrangla. Le céleste courroux luy parut au visage. Nul pour le deslier n'eut assez de courage : Chacun trembla d'horreur et chacun estonné Quitta ce baillonneur et mort et bâillonné.

Petits soldats de Dieu, vous renaistrez encore Pour destruire bien tost quelque prince mi-more , O Roy, mespris du ciel, terreur de l'univers, Herodes glorieux, n'attens riens que les vers. Espagnol triumphant. Dieu vengeur à sa gloire Peindra de vers ton corps, de mes vers ta mémoire.

Ceux dont le cœur brusloit de rages au dedans. Qui couvoient dans leur sein tant de flambeaux ardens En attendant le feu préparé pour les âmes , Ces enflammez au corps ont resenti des flammes. Bellomente (1), brusiant des infernaux tisons. Eut pour jeu les procès, pour palais les prisons, Cachots pour cabinets , pour passe-temps les geinnes. Dans les crotons obscurs, au contempler des peines. Aux yeux des condamnez il prenoit ses repas : Hors le seuil de la geole il ne faisoit un pas. Le jour luy fut tardif et la nuict trop hastive Pour hasier les procès; la vengeance tardive Contenta sa langueur par la sévérité.

Un petit feu l'atteint par une extrémité Par le bout de l'orteil ; ce feu estoit visible. Cet insensible aux pleurs ne fut pas insensible, Et luy tarda bien plus que cette vive ardeur N'eust faict le long chemin du pied jusques au cœur Que les plus longs procès longs et fascheux ne furent : Tous les membres, ae rang (2), ce feu vangeur receurent .

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