‹ Les tragiques (volume 4)Chapitre 229 sur 313 · Lutrin · texte numérisé non relu

Lutrin

2. C'est-à-dire le cardinal de Chàtillon, l'amiral Coligny et Dandelot.

3. Le.s mots en italique, restés en blanc dans les deux éditions , m'ont été fournis par l'exemplaire de M. Du Camp.

4. Ces vers s'appliquent à Henri de Condé, né le 1er septembre I s88, six mois après la mort de son père, qui avoit été empoisonné, à ce que prétendent plusieurs écrivains, par sa seconde femme, Charlotte-Catherine de la Trémoille. Henri, devenu catholique vers 1 596, fut plus tard un persécuteur acharné des protestants. Voy. la France protestante , art. Bourbon , p. 47 1 et suiv.

Jugement. 307

Vous mirent à leurs pieds, en rejettant au loin La véritable voix de tous cliens fidelles. Avec art vous privans de vos seures nouvelles , Ils vous ont empesché d'apprendre que Louys (•) , Et comment il mourut pour Christ et son pays; Ils vous ont desrobé de vos ayeuls la gloire , Imbu vostre berceau de fables pour histoire , Choisi , pour vous former en moynes et cagots , Ou des galans sans Dieu, ou des pedans bigots.

Princes, qui vomissans la salutaire grâce, Tournez au ciel le dos et à l'enfer la face; ^ Qui, pour régner icy, esclaves vous rendez, Sans mesurer le gain à ce que vous perdez, Vous faictes esclatter aux temples vos musiques , Vostre chute fera hurler vos domestiques; Au jour de vostre change on vous pare de blanc, Au jour de son courroux Dieu vous couvre de sang; Vous avez pris le ply d'atheistes prophanes, Aymé pour paradis les pompes courtisanes ; Nourris d'un laict esclave ainsi assubjettis, Le sens vainquit le sang et vous fit abrutis.

Ainsi de Scanderbeg l'enfance fut ravie Soubs de tels précepteurs, sa nature asservie En un serrail coquin de délices, friant; Il huma pour son laict la grandeur d'Orient, Par la voix des muphtis on emplit ses oreilles Des faicts de Mahomet et miracles de vieilles; Mais le bon sens vainquit l'illusion des sens, Luy faisant mespriser tant d'arborez croissans (Les armes qui faisoient courber toute la terre). Pour au grand empereur ozer faire la guerre

I. Louis de Condé, au moment d'engager la bataille de Jarnac, ayant eu la jambe cassée d'un coup de pied de cheval , dit à la noblesse qui l'entouroit ; « Souvenez-vous en « quel estât Louys de Bourbon entre au combat pour Christ « et sa patrie»; « respondant, ajoute d'Aubigné [Hist. univ., t. I, p. 395), à la devise de ce cornette qui animoit un Curse romain de ces mots ; Doux le péril pour Christ et le pays. »

5o8 Les Tragiqjjes.

Par un petit troupeau ruyné, mal en poinct;

Se fit chef de ceux qui ne le conoissoient point.

De là tant de combats, tant de faicts, tant de gloire ,

Que chacun les peut lire, et nul ne les peut croire.

Le ciel n'est plus si riche à nos nativitez,

Il ne nous despart plus de generositez,

Ou bien nous trouverions de ces engeances hautes,

Si les mères du siècle y faisoient moins de fautes.

[Ces œufs en un nid ponds {') et en l'autre couvés

Se trouvent œufs d'aspic quand ils sont esprouvés :

Plus tost ne sont esclos que ces mortels vipères

Fichent l'ingrat fiçon (2) dans le sein des faux pères.]

Ou c'est que le règne est à servir condamné,

Rnnemy de vertu et d'elle abandonné.

[Quand le termeest escheu des divines justices,

Les cœurs abastardis sont infectés de vices :

Dieu frappe le dedans, oste premièrement

Et retire le don de leur entendement;

Puis, sur le coup qu'il veut nous livrer en servage,

Il fait fondre le cœur et sécher le courage (5).]

Or cependant voicy que (4) promet seurement, Comme petits portraicts du futur jugement , L'Eternel aux meschans, et sa collère extrême N'oublie, ains par rigueur se payera du terme. Il n'y a rien du mien ny de l'homme en ce lieu.

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