‹ Les tragiques (volume 4)Chapitre 244 sur 313 · I . C'est-à-dLre les comètes et les météores · texte numérisé non relu

I . C'est-à-dLre les comètes et les météores

De l'enfer abayant les tourmens renaissans, - L'estang de souffre vif qui rebrusle sans cesse, Les ténèbres espais plus que la nuict espaisse: Ce ne sont des tourmens tels que les idiots (') Les présentent (2) aux yeux des infirmes bigots, La terre ne produict nui crayon qui nous trace Ny du haut paradis ny de l'enfer la face.

Vous avez dict, perduz : « Nostre nativité N'est qu'un sort (3); nostre mort, quand nous aurons Changera nostre haleine en vent et en fumée, [esté, Le parler est du cœur l'estincelle allumée : Ce feu esteint, le corps en cendre deviendra , L'esprit, comme air coulant, parmy l'air s'espandra; Le temps avalera de nos faicts la mémoire , Comme un nuage espais estend sa masse noire, L'esclaircit, la despart, la desrobe à nostre œil : C'est un brouillard chassé des rayons du soleil. Nostre temps n'est rien plus qu'un umbrage qui passe, Le sceau de tel arrest n'est poinct subject à grâce. »

Vous avez dict, brutaux : «Qu'y a-il en ce lieu Pis que d'estre privé de la face de Dieu ? « Ha 1 vous regretterez bien plus que vostre vie La perte de vos sens, juges de telle envie : Car, si vos sens estoient tous tels qu'ils ont esté, Ils n'auroient un tel goust, ny l'immorLilité ; Lors vous sçaurez que c'est de voir de Dieu la face, Lors vous aurez au mal le goust de la menace.

O enfans de ce siècle, ô abusez mocqueurs, Imployables esprits, incorrigibles cœurs, Vos esprits trouveront en la fosse profonde Vray ce qu'ils ont pensé une fable en ce monde. Ils languiront en vain de regret sans mercy, Vostre ame à sa mesure enflera de soucy. Qui vous consolera ? L'amy qui se désole Vous grincera les dents au lieu de la parole.

I. Var. : inventés des cagots. — 2. Var.: et présentés. }. Un hasard.

Jugement. 331

Les Saincts vous aymoient-ils ? Un abysme est entr'eux ;

Leur chair ne s'esmeut plus, vous estes odieux.

Mais n'esperez-vous point fin à vostre souffrance ?

Poinct n'esclaire aux enfers l'aube de l'espérance.

Dieu auroit-il sans fin esloigné sa merci ?

Qui a péché sans fin souffre sans fin aussi.

La clémence de Dieu fait au ciel son office,

Il desploye aux enfers son ire et sa justice.

Mais le feu ensouffré, si grand, si violent

Ne destruira-il pas les corps en les bruslant ?

Non , Dieu les gardera entiers à sa vengeance,

Conservant à cela et l'estofe et l'essence,

Et le feu qui sera si puissant d'opérer

N'aura de faculté d'esteindre et d'altérer.

Et servira par loy à l'éternelle peine.

L'air corrupteur n'a plus sa corrompante haleine,

Et ne fait aux enfers office d'élément ;

Celui qui le mouvoit, qui est le firmament,

Ayant quitté son bransle et motives cadances.

Sera sans mouvement, et de là sans muances(').

Transis, désespérez, il n'y a plus de mort

Qui soit pour vostre mer des orages le port.

Que si vos yeux de feu jettent l'ardente veûe

A l'espoir du poignard , le poignard plus ne tue.

Que la mort (direz-vous) estoit un doux plaisir!

La mort morte ne peut vous tuer, vous saisir.

Voulez-vous du poison } en vain cet artifice (2).

Vous vous précipitez, en vain le précipice.

Courez au feu brusler, le feu vous gellera;

Noyez-vous, l'eau est feu, l'eau vous embrasera;

La peste n'aura plus de vous miséricorde ;

Estranglez-vous , en vain vous tordez une corde;

Criez après l'enfer, de l'enfer il ne sort

Que l'éternelle soif de l'impossible mort. [ame

Vous vous peigniez (5) des feux : combien de fois vostre

I. Sans changements. — 2. Cet artifice est vain. 3. Vous vous plaigniez, de pœnitere.

^]2 Les Tragiq ues.

Désirera n'avoir affaire qu'à la flamme !

Vos yeux sont des charbons qui embrasent et fument ,

Vos dents sont des cailloux qui en grinçant s'allument.

Dieu s'irrite en vos cris et aux faux repentir,

C^i n'a pu commencer que dedans le sentir.

Ce feu, par vos costés ravageant et courant,

Fera revivre encor ce qu'il va dévorant ;

Le chariot de Dieu , son torrent et sa gresle ,

Meslent la dure vie et la mort pesle mesle.

Abayez comme chiens, hurlez en vos tourmens ,

L'abysme ne respond que d'autres hurlemens ;

Les Satans descouplez d'ongles et dents tranchantes

Sans mort deschireront leurs proies renaissantes;

Ces Démons tourmentans hurleront tourmentez ;

Leurs fronts seillonneront ferrez de cruautez ;

Leurs yeux estincelans auront la mesme image

Que vous aviez baignans dans le sang du carnage ;

Leurs visages transis, tyrans , vous transiront ;

Ils vengeront sur vous ce qu'ils endureront.

0 mal'heur des mal'heurs, quand tels bourreaux mesurent

La force de leurs coups aux grands coups qu'ils endurent !

Mais de ce dur estât le lustre plus faschcux , C'est sçavoir aux enfers ce que l'on faict aux cieux. Où le sacré concert de la joye indicible Habite la lumière à eux inaccessible (') ; Oij l'accord très-parfaict des douces unissons A l'univers entier accorde ses chansons. Où tant d'esprits ravis esclatent de louanges. La voix des saincts unis avec celle des anges. Les orbes des neuf cieux, des trompettes le bruit. Tiennent tous leur partie à l'hymne qui s'ensuit:

K Sainct, sainct, sainct le Seigneur, ô grand Dieu des armées !

De ces beaux Cieux nouveaux les voûtes enflamées

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