I. J'ouïs. — 2. Pistolet
Voici après entrer l'horrible anatomie De la mère asséchée. Elle avoit de dehors, Sur ses reins dissipez, traîné, roulé son corps , Jambes et bras rompus ; une amour maternelle L'esmouvant pour autrui beaucoup plus que pour elle, A tant(i) elle approcha sa teste du berceau, La releva dessus. Il ne sortoit plus d'eau De ses yeux consumez; de ses playes mortelles [les, Le sang mouilloit l'enfant; point de laict aux mammel- Mais des peaux sans humeur. Ce corps séché, retraict, De la France qui meurt fut un autre portraict. Elle cerchoit des yeux deux de ses fils encore; Nos fronts l'espouventoient. En fin la mort dévore En mesme temps ces trois. J'eu peur que ces esprits Protestassent mourans contre nous de leurs cris : Mes cheveux estonnez hérissent en ma teste; J'appelle Dieu pour juge, et tout haut je déteste Les violeurs de paix , les perfides parfaicts Qui d'une salle cause amènent tels effects. Là je vis estonnez les cœurs impitoyables, Je vis tomber l'effroi dessus les effroiables. Quel œil sec eust peu voir les membres mi-mangez De ceux qui par la faim estoient morts enragez(2)! Et encore aujourd'hui , sous la loi de la guerre, Les tygres vont bruslans les thresors de la terre, Nostre commune mère; et le degast du pain Au secours des lions ligue la pasle faim. En ce point, lors que Dieu nous espanche une pluie, Une manne de bleds, pour soustenir la vie,