‹ Les tragiques (volume 4)Chapitre 45 sur 313 · Alors · texte numérisé non relu

Alors

2. Ce tableau, peint avec tant d'énergie, est évidemment un souvenir personnel de l'auteur. Dans ses Mémoires (p. 20) il raconte qu'en 1 (70, se croyant atteint d'une maladie mortelle, «il tlt dresser les cheveux à la teste des capitaines et (( des soldats qui le visitoyent , ayant principalement sur son (( cœur les pilleries où il avoit mené ses soldats , et nottam- « ment de n'avoir peu faire punir le soldat auvergnac qui (( avoit tué un vieux paysan sans raison. »

Misères. 4j

L'homme, crevant de rage et de noire fureur, Devant les yeux esmeus de ce grand bien-faicteur, Foule aux pieds ses bien-faicts en villenantc) sa grâce Crache contre le Ciel , ce qui tourne en sa face. La terre ouvre aux humains et son laict et son sein, Mille et mille douceurs, que de sa blanche main Elle appreste aux ingrats qui les donnent aux flammes. Les degats font languir les innocentes âmes. En vain le pauvre en l'air esclatte pour du pain, On embraze la paille, on faict pourrir le grain. Au temps que l'affamé à nos portes séjourne, Le malade se plaint; cette voix nous adjourne Au throsne du grand Dieu. Ce que l'affligé dit En l'amer de son cœur, quand son cœur nous maudit. Dieu l'entend. Dieu l'exauce, et ce cri d'amertume Dans l'air ni dans le feu volant ne se consume; Dieu seelle(2) de son sceau ce piteux testament, Nostre mort en la mort qui le va consumant. La mort en payement n'a receu l'innocence Du pauvre qui mettoit sa chetive espérance Aux aumosnes du peuple. Ah! que dirai-je plus? De ces evenemens n'ont pas este exclus Les animaux privez, et, hors de leurs villages, Les mastins allouvis sont devenus sauvages, Faicts loups de naturel, et non pas de la peau. Imitans les plus grands, les pasteurs du troupeau, Eux-mesme ont esgorgé ce qu'ils -avoient en garde; Encor les verrez-vous se vanger, quoi qu'il tarde, De ceux qui ont osté aux pauvres animaux La pasture ordonnée. Ils seront les bourreaux De l'ire du grand Dieu , et leurs dents affamées Se crèveront des os de nos belles armées : Ils en ont eu curée en nos sanglans combats; Si bien que, des corps morts rassasiez et las. Aux plaines de nos camps, de nos os blanchissantes. Ils courent, forcenés, les personnes vivantes.

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