‹ Les tragiques (volume 4)Chapitre 48 sur 313 · Haleine, respiration · texte numérisé non relu

Haleine, respiration

3. Il est curieux de comparer ce récit avec celui de Voltaire, au chant Xe de la Henriade.

48 Les Traciq^ues.

De ce banquet d'horreur, pire que de Thyeste? Les membres de ce fils sont connus (') au repas, Kt l'autre, estant deceu, ne les connoissoit pas. Qui pourra voir le plat où la beste farousche Prend les petits doigts cuits, les jouets de sa bouche ? Les yeux esteints, auquels il y a peu de jours Que de regards mignons embrazoient(2) ses amours! Le sein douillet, les bras qui son col plus n'accollent! Morceaux qui saoulent peu et qui beaucoup désolent. [Le visage pareil encore se fait voir.

Un portraict reprochant, miroir de son miroir, Dont la reflexion de coulpable semblance Perce à travers les yeux l'ardente conscience.] Les ongles brisent tout; la faim et la raison Donnent pasture au corps et à l'ame poison. Le soleil ne peut voir l'autre table fumante. Tirons sur cette-ci le rideau de Timanthe(5) !

Jadis nos rois anciens, vrais pères et vrais rois, Nourrissons de la France, en faisant quelquesfois Le tour de leur pais en diverses contrées, Faisoient par les citez de superbes entrées. Chacun s'esjouissoit, on sçavoit bien pourquoi; Les enfans de quatre ans crioient : Vive le roi! Les villes emploioient mille et mille artifices Pour faire comme font les meilleures nourrices. De qui le sein fécond se prodigue à l'ouvrir, Veut monstrer qu'il en a pour perdre et pour nourrir. 11 semble que le pis, quant il est esmeu, voie; Il se jette en la main, dont ces mères de joie Font rejaillir, aux yeux de leurs mignons enfans. Du laict qui leur regorge à leurs rois triomphans, Triomphans par la paix : ces villes nourricières

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