Mais , au contraire
58 Les Traciq ues.
Celle qui(i) en croiant les fausses impostures Des Daïmons praedisans par songes, par augures, Et par voix de sorciers que son chef périra P'oudro'ié d'un plancher qui l'ensevelira, Perd bien le jugement, n'aiant pas connoissance Que cette maison n'est que la maison de France , La maison qu'elle sappe, et c'est aussi pourquoi Elle fait tresbucher son ouvrage sur soi. Celui qui d'un canon foudroiant extermine Le rempart ennemi, sans brasser sa ruine Ruine ce qu'il hait, mais un mesme danger Accravante(2) le chef de l'aveugle estranger, Grattant par le dedans le vengeur édifice. Qui fait de son meurtrier en mourant sacrifice : Elle ne l'entend pas, quand de mille posteaux Elle faict appuyer ses logis, ses chasteaux. Il falloit contre toi et contre ta machine Appuyer et munir, ingratte Florentine, Cette haute maison, la maison de Valois, Qui s'en-va dire à Dieu au monde et aux François.
Mais, quand l'embrasement de la mi-morte France A souffler tous les coins requiert sa diligence, La diligente au mal, paresseuse à tout bien. Pour bien faire craint tout, pour nuire ne craint rien: C'est la peste de l'air, rErynne(?) envenimée, Elle infecte le ciel par la noire fumée Qui sort de ses nazeaux; ell' haleine(4), les fleurs, Les fleurs perdent d'un coup la vie et les couleurs; Son toucher est mortel : la pestiféré tue Les pais tous entiers de basilique veue(s); Elle change en discord l'accord des éléments, En paisible minuit on oit ses hurlements. Ses sifflements, ses cris, alors que l'enragée Tourne la terre en cendre et en sang l'eau changée;
I. Var. : L'infidelk (éd. s. d.). — 2. Ecrase, de aggravare — 3. L'une des Furies. — 4. Elle souffle sur... — 5. Par sa vue de basilic.
Misères. ç9
Elle s'ameute avec les sorciers enchanteurs, Compagne des damons, compagnons imposteurs, Murmurant l'exorcisme et les noires prières; La nuict elle se treuve aux hideux cimetières; Elle trouble le ciel, elle arreste les eaux, Ayant sacrifié tourtres(i) et pigeonneaux. Et desrobé le temps que la lune obscurcie Souffre de son murmur'; elle attir' et convie Les serpens en un rond sur les fosses des morts, Desterre sans effroi les effroiables corps, Puis, remplissant les os de la force des diables. Les faict saillir en pieds, terreux, espouvantables, Oit leur voix enrouée, et, des obscurs propos Des démons, imagine un travail sans repos; Idolâtrant Sathan et sa théologie, Interrogue, en tremblant, sur le fil de sa vie. Ces organes hideux; lors mesle de leurs tais (2) La poudre avec du laict pour les conduire en paix; Les enfans innocens ont preste leurs moëll«s, Leurs graisses et leur suc à fournir des chandelles, Et, pour faire trotter les esprits aux tombeaux, On offre à Belzebut leurs innocentes peaux.
En vain, Roine, tu as rempli une boutique De drogues du mestier, et, mesnage magique, En vain fais-tu amas dans les tais des deffuns De poix noire, de canfre à faire tes parfuns; Tu y brusles en vain cyprès et mandragore, La ciguè, la ruë(5) et le blanc helebore, La teste d'un chat roux, d'un céraste (4) la peau, D'un chat-huant le fiel , la langue d'un corbeau , De la chauve-souris le sang, et de la louve Le laict , chaudement pris sur le point(s) qu'elle trouve Sa tasnière voilée et son fruict emporté;
1. Tourterelles. — 2. Crâne; et quelquefois boue, fange. }. Plante amère employée en médecine.