I. Glane. — 2. Clair
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Met la gloire aux duels, en allume les âmes, Peint sur le front d'autrui et n'establit pour soy Du rude point d'honneur la pestiféré loy, Réduisant d'un bon cœur la valeur prisonnière A veoir devant l'espée, et l'Enfer au derrière.
j'escris, ayant senti, avant l'autre combat, De l'ame avec son cœur l'inutile débat, Prié Dieu, mais sans foy comme sans repentance, Porté à exploiter dessus moy la sentence. Et ne faut pas ici que je vante en mocqueur Le despit pour courage et le fiel pour le cœur. Ne pense pas ainsi, mon lecteur, que je conte A ma gloire ce poinct, je l'escris à ma honte. [Ouy, j'ai senti le ver resveillant et piqueur, Qui contre tout mon reste avoit armé le cœur, Cœur qui à ses despens prononçoit la sentence En faveur de l'Enfer contre la conscience.] [reurs,
Ces anciens, vrais soldats, guerriers, grands conque- Qui de simples bourgeois faisoient des empereurs, Des princes leurs vassaux, d'un advocat un prince, Du monde un règne seul, de France une province; Ces patrons de l'honneur honoroyent le sénat. Le chevalier après, et par le tribunat Haussoyent le tiers estât aux degrez de leur ville. Desquels ils repoussoyent toute engeance serville. Les serfs demi-humains, des hommes excréments, Se vendoyent, se contoyent au roolle des juments; Ces mal-heureux avoyent encores entr'eux-mesme Quelque condition des extrêmes l'extrême: C'estoient ceux qu'on tiroit des pires du troupeau Pour esbatre le peupl' aux despens de leur peau : Aux obsèques des grands, aux festins, sur l'arène, Ces glorieux marauds bravoyent la mort certaine Avec grâce et sang-froid, mettoient pourpoint à part, Sans s'esbranler logeoient en leur sem lepoignart. Que ceux qui aujourd'hui se vantent d'estocades Contre-facent l'horreur de ces viles bravades ; Car ceux-là recevoient et le fer et la mort
Misères. 65
Sans cri, sans que le corps se tordist par effort, Sans posture contrainte, ou que la voix ouïe Mendiast laschement des spectateurs la vie. Ainsi le plus infect du peuple diffamé Perissoit tous les jours, par milliers consumé.
Or tel venin cuiaa sortir de cette lie, Pour eschauffer le sang de la troupp' anoblie ; Puis quelques empereurs, gladiateurs nouveaux, De ces corps condamnez se firent les bourreaux ; Joint (comme l'on trouva) que les mères volages Avoient admis au lict des poilus mariages Ces visages félons, ces membres outrageux. Et convoité le sang des vilains courageux : On y dressa les nains ; quelques femmes perdues Furent à ce mestier finalement vendues ; Mais les doctes escrits des sages animez Rendirent ces bouchers (quoi que grands) diffamez ; Et puis le magistrat couronna d'infamie Et atterra le reste en la plus basse lie; Si bien que ce venin en leur siècle abbatu Pour lors ne pût voiler la palme de vertu.
On appelle aujourd'hui n'avoir rien faict qui vaille D'avoir percé premier l'espaix d'une bataille, D'avoir premier porté une enseigne au plus hault. Et franchi devant tous la brèche par assaut ; Se jetter contre espoir dans la ville assiégée, La sauver demi-prise, et rendre encouragée (') ; Fortifier, camper ou se loger parmi Les gardes, les efforts d'un puissant ennemi; Employer, sans manquer de cœur ni de cervelle, L'espée d'une main, de l'autre la truelle; Bien faire une retraite , ou d'un scadron battu R'allier les deffaicts, cela n'est plus vertu.
La voici pour ce temps : bien prendre une querelle Pour un oiseau ou chien, ou garce ou maquerelle, Au plaisir d'un vallet, d'un bouffon gazouillant,
Gd Les Tragiques.
Qui veut, dit-il, sçavoir si son maistre est vaillant; Si un prince vous hait, s'il lui prend quelque envie D'einploier votre vie à perdre une autre vie. Pour payer tous les deux; à cela nos mignons. Tout rians et transis, deviennent compagnons Des vallets, des laquais; quiconque porte espée L'espère voir au sang d'un grand prince trempée ; De cette loi sacrée ores ne sont exclus Le malade, l'enfant, le vieillard, le perclus; On les monte, on les arme, on invente, on devine Quelques nouveaus outils à remplir Libithine(i); On y fend sa chemise, on y montre sa peau ; Despouillé en coquin, on y meurt en bourreau : Car les perfections du duel sont de faire Un appel sans raison, un meurtre sans colère. Au jugement d'autrui, au rapport d'un menteur: Somme, sans estre juge, on est l'exécuteur.
Ainsi faisant vertu d'un exécrable vice, Ainsi faisant métier de ce qui fut supplice Aux ennemis vaincus, sont, par les enragés, De leurs exploits sur eux les Diables soulagés. Folle race ae ceux qui pour quelque vaisselle, Veautrez l'eschine en bas, fermes sur leur rondelle, Sans regrets, sans crier, sans tressants apparents, Se faisoyent esgorger au profit des parents : Tout péril veut avoir la gloire pour salaire ; Tels périls amenoyent l'infamie au contraire ; Entre les valeureux ces cœurs n'ont point de lieu; Les anciens leur donnoyent pour tutclaire Dieu Non Mars, chef des vaillans; le chef de cette peste Fut Saturne le triste, infernal et funeste.
On débat dans le pré les contrats, les cedules; Nos jeunes Conseillers y descendent des mules ; J'ai veu les Thresoriers du duel se coëfTer, Quitter l'argent et l'or pour manier le fer; L'Avocat dcsbauché du barreau se desrobbe ,