I. Libitina, divinité qui présidoit aux funérailles
Misères. 67
Souille à bas le bourlet, la cornette et la robbe : Quel heur d'un grand malheur, si ce brutal excez Parvenoit à juger un jour tous nos procez ! Enfin, rien n'est exempt : les femmes en colère Ostent au faux honneur l'honneur de se deffaire; Ces hommaces, plustost ces démons desguisez, Ont mis l'espée au poing, les cottillons posez, Trépigné dans le pré avec bouche embavée. Bras courbé, les yeux clos, et la jambe levée; L'une dessus la peur de l'autre s'advançant Menace de frayeur et crie en offençant.
Ne contez pas ces traictz pour feinte ny pour songe , L'histoire est du Poictou et de nostre Xaintonge; La Boutonne (I) a lavé le sang noble perdu. Que ce sexe ignorant au fer a respandu.
Des triomphans martyrs la façon n'est pas telle : Le premier champion (2) de la haute querelle Prioit pour ses meurtriers, et voioit en priant Sa place au ciel ouvert, son Christ l'y conviant. Celuy qui meurt pour soi , et en mourant machine De tuer son tueur, void sa double ruine : Il void sa place preste aux abysmes ouverts; Satan grinçant les dents le convie aux enfers.
Depuis que telles lois sur nous sont establies, A ce jeu ont voilé plus de cent mille vies : La milice est perdue, et l'escrime en son lieu Assaut(5) le vrai honneur, escrimant contre Dieu.
Les quatre nations proches de nostre porte N'ont humé ce venin, au moins de telle sorte, Voisins qui par leur ruse, au défaut de vertus, Nous ont pippez, pillez, effraiez et battus. Nous n'osons nous armer, les guerres nous flestrissent,
1 . Boutonne, rivière qui prend sa source à Chef-Boutonne, en Poitou, et se jette dans la Charente.