Saint Etienne
;. Assaillit.
Chacun combat à part et tous en gros périssent (')•
Voiià Testât piteux de nos calamitez, La vengeance des Cieux justement irritez; En ce fascheux estât, France et François, vous estes Nourris, entretenus par estrangères bestes, Bestes de qui le but et le principal soing Est de mettre à jamais au tyrannique poing De la beste de Rome un sceptre qui commande L'Europe, et encor plus que l'Europe n'est grande.
Aussi l'orgueil de Rome est à ce point levé Que d'un prestre, tout roi, tout empereur, bravé. Est marchepied fangeux : on void, sans qu'on s'estonne, La pantoufle crotter les fleurs de la couronne; Dont, ainsi que Néron, ce Néron insensé Renchérit sur les mots que l'ame avoit pensé :
« Entre tous les mortels, de Dieu la prevoiance M'a du haut Ciel choisi, donné sa lieutenance : Je suis des nations juge, à vivre et mourir; Ma main fait qui lui plaist et sauver et périr; Ma langue, déclarant les edits de Fortune, Donne aux citez la joie ou la plainte commune ; Rien ne fleurit sans moi; les milliers enfermez De mes gladiateurs sont d'un mot consumez; Par mes arrests j'espars, je destruicts, je conserve Tout pais, toute gent, je la rend libre ou serve : J 'esclave les plus grands; mon plaisir pour tous droicts Donne aux gueux la couronne et le bissac aux rois. »
Cet ancien loup romain n'en sçeut pas davantage ; Mais le loup de ce siècle a bien autre langage : « Je dispence, dit-il, du droict contre le droict.
I. Suivant l'Estoile, depuis l'avènement de Henri IV (1589), jusqu'en mars 1607, il avoit péri en duel quatre mille gentilshommes. fVoy. année 1607, p. 416.)
Il est bon de remarquer que d'Aubigné, qui s'élève si fort contre les duels, en avoit eu lui-même un certain nombre. Voy. ses Mémoires, p. 23, }i etsuiv.
Misères. 69
Celui que j'ai damné, quand le Ciel le voudroit,
Ne peut estre sauvé; j'autorise le vice,
Je fai le faict non faict, de justice injustice (');
Je sauve les damnez en un petit moment;
J'en loge dans le ciel à coup un régiment;
Je fai de boue un roi, je mets les rois aux fanges.
Je fai les saincts, sous moi obéissent les anges;
Je puis (cause première à tout cet univers)
Mettre l'Enfer au Ciel et le Ciel aux Enfers. «
Voilà vostre évangile, ô vermine espagnolle, Je dis vostre évangile, engeance de Loyole, Qui ne portez la paix sous le double manteau, Mais qui empoisonnez l'homicide cousteau. C'est vostre instruction d'establir la puissance De Rome sous couleur de poincts de conscience, Et, sous le nom menti de Jésus, esgorger Les rois et les estais où vous pouvez loger. Allez, preschez, courez, voliez, meurtrière trope(2). Semez le feu d'Enfer aux quatre coins d'Europe; Vos succez paroistront quelque jour, en cuidant Mettre en Septentrion le sceptre d'Occident. Je voi comme le fer piteusement besogne En Mosco, en Suède, en Dace et en Pologne. Insensez , en cuidant vous avancer beaucoup , Vous eslevez l'agneau , atterrans vostre loup. 0 prince mal-heureux , qui donne au jésuite L'accez et le crédit que son péché mérite !
Or laissons là courir la pierre et le cousteau Qui nous frappe d'en hault ; voyons d'un œil nouveau Et la cause et le bras qui justement les pousse; Foudroiez, regardons qui c'est qui se courrouce; Faisons paix avec Dieu pour la faire avec nous; Soions doux à nous-mesm', et le ciel sera doux ;
1. D'Aubigné met ici en vers quelques pensées qui se retrouvent dans le livre i, chapitre i, de La Confession catholique du sieur de Sancy.