Var. : asserrez
As-tu esteint en nous ton sanctuaire ? Non , De nos temples vivans sortira ton renom.
« Tel est en cet estât le tableau de l'église : Elle a les fers aux pieds, sur les géhennes assise, A sa gorge la corde et le fer inhumain, Un pseaume dans la bouche et un luth en la main.
«Tu aimes de ses mains la parfaicte harmonie : Nostre luth chantera le principe de vie; [sons,
Nos doigts ne sont point doigts que pour trouver tes Nos voix ne sont point voix qu'à tes sainctes chansons.
Cl Mets à couvert ces voix que les pluies enrouent; Deschaîne donc ces doigts, que sur ton luth ils jouent ; Tire nos yeux ternis des cachots ennuyeux , Et nous monstre le ciel pour y tourner les yeux.
« Soyent tes yeux adoucis à guérir nos misères , Ton oreille propice ouverte à nos prières, Ton sein desboutonné cà loger nos soupirs Et ta main libérale à nos justes désirs.
« Que ceux qui ont fermé les yeux à nos misères, Que ceux qui n'ont point eu d'oreille à nos prières, De cœur pour secourir, mais bien pour tourmenter. Point de main pour donner, mais bien pour nous oster,
« Trouvent tes yeux fermez à juger leurs misères; Ton oreille soit sourde en oyant leurs prières; Ton sein ferré soit clos aux pitiez, aux pardons; Ta main sèche stérile aux bienfaicts et aux dons.
« Soient tes yeux clair-voians à leurs péchez extrêmes, Soit ton oreille ouverte à leurs cris de blasphèmes. Ton sein déboutonné pour s'enfler de courroux Et ta main diligente à redoubler tes coups.
« Ils ont pour un spectacle et pour jeu le martyre; Le meschant rit plus haut que le bon n'y souspire; Nos cris mortels n'y font qu'incommoder leurs ris, Leurs ris de qui l'esclat oste l'air à nos cris.
«Ils crachent vers la lune, et les voûtes célestes N'ont-elles plus de foudre et de feux et de pestes? Ne partiront jamais du throsne où tu te sieds
Misères. 75
Et la Mort et l'Enfer qui dorment à tes pieds ?
« Lève ton bras de fer, haste tes pieds de laine; Venge ta patience en l'aigreur de la peine : Frappe du ciel Babel : les cornes de son front Défigurent la terre et lui ostent son rond. »