‹ Les tragiques (volume 4)Chapitre 66 sur 313 · Admire. — 4. A la louange. — 5. Charles IX · texte numérisé non relu

Admire. — 4. A la louange. — 5. Charles IX

8o Les Tragiclues,

Il faict vaillant celui qui n"a veu les hazards,

Studieux l'ennemi des lettres et des arts,

Chaste le mal-heureux (>), au nom duquel je tremble,

S'il lui faut reprocher les deux amours ensemble;

Et fidèle et clément il a chanté le roi (2)

Qui , pour tuer les siens , tua sa propre foi.

Voilà comment le diable est faict par eux un ange, Au chantre et au chanté vergongneuse louange. Nos princes sont louez, louez et vicieux, L'escume de leur pus leur monte jusqu'aux yeux, Plustost qu'ils n'ont du mal quelque voix véritable; Moins vaut l'utile vrai que le faux agréable ; Sur la langue d'aucun à présent n'est porté Cet espineux fardeau qu'on nomme Vérité. Pourtant suis-je esbahy comment il se peut faire , Que de vices si grands on puisse encore extraire Quelque goust pour louer, si ce n'est à l'instant Qu'un roi devient infect , un flatteur quant et quant Croist, à l'envi du mal, une orde menterie. Voilà comment de nous la vérité bannie. Meurtrie et déchirée, est aux prisons, aux fers; On esgare ses pas parmi les lieux déserts. Si quelquefois un fol, ou tel au gré du monde, La veut porter en Cour, la vanité abonde De moiens familiers pour la chasser dehors; La pauvrette soustient mille plaies au corps, L'injure, le desdain, sa robbe deschirée, Est des pauvres bannis et des saints révérée (5). Je l'ai prise aux déserts, et, la trouvant au bord Des isles des bannis, j'y ai trouvé la mort (4).

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