‹ Les tragiques (volume 4)Chapitre 68 sur 313 · Qui s'enrichit. — 2. Unfin6t · texte numérisé non relu

Qui s'enrichit. — 2. Unfin6t

Princes. 8^

Ils nommoient trahison ce qui est un bon tour;

Ils appelloient putain une femme d'amour;

Ils nommoient macquereau un subtil personnage

Qui sçait solliciter et porter un message.

Ce mot maquerellage est changé en poullets.

Nous faisons faire aux grands ce qu'eux à leurs valets;

Nous honorons celui qui entr'eux fut infâme ;

Nul esprit n'est esprit, nulle âme n'est belle âme ,

Au période infect de ce siècle tortu ,

Qui à ce poinct ne faict tourner toute vertu.

On cerche donc une âme et tranquille et modeste,

Pour sourdement cacher cette mourante peste ;

On cerche un esprit vif, subtil, malicieux.

Peur ouvrir les moiens et desnouer les nœuds.

La longue expérience assez n'y est experte;

Là souvent se prophane une langue diserte;

L'éloquence, le luth et les vers les plus beaux ,

Tout ce qui louoit Dieu , es mains des macquereaux

Change un pseaumeen chanson, si bien qu'il n'y a chose

Sacrée à la vertu que le vice n'expose.

Où le désir bruslant, où la prompte fureur.

Où le traistre plaisir faict errer nostre cœur,

Et quelque feu soudain promptement nous transporte

Dans le sueil des péchez, trompez en toute sorte.

Le macquereau est seul qui pèche froidement.

Qui, tousjours bourrelé de honte et de tourment,

Vilainement forcé, pas après pas s'advance ,

Retiré des chaînons de quelque conscience.

Le vilain, tout tremblant, craintif et renfronché ('),

Mesme monstre en péchant le nom de son péché.

Tout vice tire à soi quelque prix; au contraire,

Ce vice qui ne sent rien que la gibecière.

Le coquin , le bissac, a pour le dernier pris,

Par les veilles du corps et celle des esprits,

La ruine des deux. Le ciel pur, de sa place,

Ne void rien ici bas qui trouble tant sa face;

Page 1