‹ Les tragiques (volume 4)Chapitre 69 sur 313 · I. Renfrogné · texte numérisé non relu

I. Renfrogné

84 Les Tragiqjjes.

Rien ne noircit si tost le ciel serain et beau Que l'haleine et que l'œil d'un transi macquereau.

Il est permis aux grands, pourveu que l'un ne face De l'autre le mestier et ne change de place. D'avoir renards, chevaux et singes et fourmis, Serviteurs esprouvez et fidèles amis.

Mais le mal-heur advient que la sage finesse Des renards, des chevaux la nécessaire adresse, La vistesse, la force et le cœur aux dangers; Le travail des fourmis, utiles mesnagers. S'emploie aux vents, aux coups; ils se plaisent d'y estre ; Tandis le singe prend à la gorge son maistre. Le fait haïr, s'il peut, à nos princes mignons, Qui ont beaucoup du singe et fort peu des lions. Qu'advient-il de cela.'' Le bouffon vous amuse. Un renard ennemi vous faict cuire sa ruse. On a pour œconome un plaisant animal.

Et le prince combat sur un singe à cheval (O-

Qu'ai-je dit des lions? Les eslevez courages De nos rois abbaissoient et leur force et leurs rages, Doctes à s'en servir; les sens effeminez De ceux-ci n'aiment pas les fronts déterminez , Tremblent de leurs lions; car leur vertu estonne De nos coulpables rois l'ame basse et poltronne. L'esprit qui s'emploioit jadis à commander S'emploie, dégénéré, à tout appréhender.

Pourtant ce roi, songeant que les griffes meurtrières De ses lions avoient crocheté leurs tannières Pour le deschirer vif, prevoiant à ces maux , Fit bien mal à propos tuer ces animaux (2). 11 laissa le vrai sens, s'attachant au mensonge.

Page 1