I. Voy. p. 97. — 2. P. 37. — 3. P
X Notice.
Je crois qu'il est impossible de trouver dans ces vers la moindre trace d'un sentiment monarchique.
Si d'Auliigné fait quelquefois l'éloge de la royauté, c'est de la royauté des temps passés, qui lui apparoissoient comme une ère de bonheur et de liberté , et encore est-ce pour l'opposer à la royauté des Valois , contre laquelle il avoit si vaillamment combattu.
Nos pères, s'écrie-t-il (p. 96),
Nos pères étoicnt francs. Nous qui sommes si braves, Nous lairrons des enfans qui seront nés esclaves.
Et ailleurs :
Jadis nos rois anciens, vrais pères et vrais rois, Nourrissons de la France, en faisant quelquesfois Le tour de leur pais en diverses contrées, Faisoient par les citez de superbes entrées ; Chacun s'esjouissoit, on sçavoit bien pourquoi; Les enfans de quatre ans crioient : Vive le Roi ! Les villes emploioient mille et mille artifices Pour faire comme font les meilleures nourrices, De qui le sein fécond se prodigue à l'ouvrir, Veut monstrer qu'il en a pour perdre et pour nourrir.
Nos tyrans aujourd'hui entrent d'une autre sorte.
La ville qui les void a visage de morte;
Quand son prince la foulle, il la void de tels yeux
Que Néron voioit Romm' en l'esclat de ses feux.
Quand le tyran s'esgaie en la ville où il entre,
La ville est un corps mort, il passe sur son ventre ( ' ).
Il n'y a \îi rien qui doive surprendre. Pen- I. Voy. p. 48.
Notice. xj
dant la dernière moitié du XVIe siècle, c'est-àdire à partir de la conjuration d'Amboise', qui faillit faire passer le pouvoir entre les mains de la noblesse, tout contribua à amoindrir le respect de la royauté. Les passions religieuses et politiques , qui couvrirent la France de sang et de massacres , étoient des deux côtés hostiles à la monarchie. C'étoit au nom de Dieu que l'on prenoit les armes ; les princes n'étoient plus qu'au second rang. — Depuis le massacre de Vassy, qui donna le signal des guerres civiles, les calvinistes luttèrent quatorze ans , sans roi à leur tête, contre la royauté. Quand , en 1 576 , Henri de Navarre, échappé de la cour, fut reconnu comme le chef naturel du parti , il eut toujours autour de lui « autant de contrôleurs que de serviteurs- » ; et, pendant que les villes et les Eglises calvinistes se donnoient une administration indépendante , qui , chez quelques unes , comme à La Rochelle , étoit toute républicaine, leurs adversaires organisoient la Ligue, qui chassa la race avilie des Valois et combattit à son tour durant sept ans le monarque légitime. Les pamphlets des catholiques sont aussi violents contre le pouvoir absolu que les pamphlets protestants ; et il fallut la lassitude et l'épuisement de la France , il fallut l'incomparable habileté et la men'eilleuse intelligence de Henri IV, pour que l'autorité royale pût regagner peu à peu le terrain qu'elle avoit perdu depuis cinquante ans,
1. On sait que le père de d'Aubigné fut un des principaux conjurés. Voy. Mémoires, p. 5.