‹ Les tragiques (volume 4)Chapitre 82 sur 313 · Epiléavec une pince · texte numérisé non relu

Epiléavec une pince

102 Les Tragiqjjes.

En la place d'un roy, d'une putain fardée. Pensez quel beau spectacle, et comm' il fit bon voir Ce prince avec un buse, un corps de satin noir Couppé à l'espaignolle, où des aechiquetures Sortoient des passemens et des blanches tireures, Et afin que l'habit s'entresuivist de rang. Il montroit des manchons gauffrez de satin blanc, D'autres manches encor qui s'estendoient fendues. Et puis jusques aux pieds d'autres manches perdues. Pour nouveau parement, il porta tout ce jour Cet habit monstrueux, pareil à son amour: Si qu'au premier abord chacun estoit en peine S'il voioit un roy femme ou bien un homme reyne.

Si fut-il toutefois alaicté de poisons.

De ruzes, de conseils secrets et trahisons, Rompu et corrompu au trictrac des affaires, Et eut, encor enfant, quelque part aux misères. Mais de ce mesme soin qu'autresfois il presta Aux plus estroits conseils où, jeune, il assista, Maintenant son esprit, son ame et son courage Cerchent un laid repos, le secret d'un village (i), Où le vice triplé de sa lubricité Misérablement cache une orde volupté.

De honte de l'infâme (2) et orde vilenie Dont il a pollué son renom et sa vie: Si bien qu'à la royalle il voile des enfans, Pour s'eschauffer sur eux en la fleur de leurs ans, Incitant son amour autre que naturelle, Aux uns par la beauté et par la grâce belle, Autres par l'entregent, autres par la valeur. Et la vertu au vice haste ce lasche cœur. On a des noms nouveaux et des nouvelles formes Pour croistre et desguiser ces passe-temps énormes, Promettre et menacer, biens et tourmens nouveaux Pressent, forcent, après les lasches macquereaux.

Nous avons veu cela, et avons veu encore

1. A Ollainville. Voy. p. 10}, note J. — 2. Var. : De honte de la rage.

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Un Néron marié avec son Pytagore(i), Lequel, aiant fini ses faveurs et ses jours, Traîne encor au tombeau le cœur et les amours De nostre roi en deuil , qui , de ses aiçres plainctes, Tesmoigne ses ardeurs n'avoir pas este feinctes(2). On nous faict voir encor un contract tout nouveau , Signé du sang de d'O, son privé macquereau(5) : Disons comme l'on dist à Néron l'androgame : « Que ton père jamais n'eust cogneu d'autre femme ! (4) »

Nous avons veu nos grands en débat, en contlict, Accorder, reprocher telles nopces, tel lict. Nous avons veu nos rois se desrober des villes. Néron avoit comm' eux de petits Olinvilles(0, Où il cachoit sa honte, et eust encor comm' eux Les Chicots en amour, les Hamons odieux (6);

1 . Néron épousa publiquement un jeune homme nommé Sporus. Voy Suétone, Nero, c. 28.

2. Voy. sur le duel et la mort de Quelus ( 1 57S), et sur les regrets du roi, l'Estoile, p. 98 et suiv., et la Confession de Sancy, I. i, ch. 7.

}. « Si je contois les épousailles de Quélus, l'autre contract signé du sang du roi et du sang d'O pour témoin , par lequel il épousoiî monsieur Le Grand ( Bellegarde ) , etc. » [Confession de Sancy^ 1. i, ch. 7.)

4. Bene agi potuisse cum rébus humanis , si Domitius pa- Ur talem habuisset uxorem. (Suétone, Nero, ch. 28.)

5. La terre d'Olinville ou Oilainville, située à i kilomètre d'Arpajon (Seine-et-Oise >, avoit été achetée 60,000 fr. au trésorier B. Milon par Henri 111, qui y bâtit un château. Voy. à ce sujet l'Estoile, p. 74.

6 C'est-à-dire : eut en amour les Chicots et en haine les Hamons.

Chicot, qu'Alexandre Dumas a fait figurer dans plusieurs de ses romans, étoit un brave gentilhomme gascon, fort bouffon, et qui se montra très attaché à Henri HI d'abord, puis à Henri IV. Il avoit à la Cour le privilège de tout dire et de tout faire, et en profitoit largement. Les écrivains du temps ont rapporté quelques unes de ses plaisanteries , er les ligueurs firent courir sous son nom plusieurs pamphlets.

104 Les Tragiq ues.

Ils eurent de ce temps un' autre Florentine ;

Mais nos princes, au lieu de tuer Agrippine(i),

Massacrent l'autre mère , et la France a senti

De ses fils le cousteau sur elle appesanti;

De tous ces vipereaux les mains lui ont ravies,

Autant de jours, autant de mille chères vies.

Les Sceneques chenus ont encor en ce temps,

Morts et mourans, servi aux rois de passe-temps.

Les plus passionnez qui ont gémi, fiaelles,

Des vices de leurs rois, punis de leurs bons zèles,

Ont esprouvé le siècle où il n'est pas permis

D'ouvrir son estomac à ses privez amis.

Et où le bon ne peut, sans mort, sans repentence,

Ni penser ce qu'il void ni dire ce qu'il pense :

On paslit rencontrant ceux qui vestent(2) souvent

Nos saintes passions, pour les produire au vent.

Les Latiares(?) feincts, suppôts de tyrannie.

Qui, cerchants des Sabins la justice et la vie,

Prennent masque du vrai, et, fardés d'équité,

Au véritable font crime de vérité.

Pour vivre, il faut fuir de son proche la veuë,

Fuir l'œil incognu et l'oreille incognuë :

Que di-je? pour parler on regarde trois fois

— Dans un combat livré par Henri IV à l'armée du duc de Parme, en 1 592 , Chicot fut blessé à mort par Henri de Lorraine, comte de Chaligny, qu'il fit prisonnier. Celui-ci, qu'il accabloit de railleries , ne pouvoit se consoler qu'un prince de la maison de Lorraine fût au pouvoir d'un bouffon. Voy. sur Chicot l'Estoile, p. 85, 194, '99, 210, 23s ; d'Aubigné, Hist. univ., t. 2, p. 361; Faeneste, ch. 12; De Thou, 1. CCH; Sully, Œcon. roy., ann. 1(84, ch. 19; Brantôme, Vie de Charles IX ; Satire Ménippcc, éd. de 171 1 , t. 2, Rem.,

Pierre Hamon , précepteur du roi , mis a mort pour cause de reliRion par arrêt du Parlement de Paris, vers 1571. (D'Aubigné, Hist. univ., t. 2, l i, ch. i, p. 526; Crespin, fol. 701.)

I. Cf. Suétone, Nero, c. J.i. — 2. Revêtissent. — }. Latiares, Latins.

Princes. 105

Et les arbres muets (1) et les pierres sans voix, Si bien que de nos maux la complainte abolie Eust d'un siècle estouffé, caché la tyrannie, Qui eust peu la mémoire avec la voix lier, A taire nous forçant, nous forcer d'oublier. Tel fut le second fils (2), qui n'hérita du père Le cœur, mais les poisons et l'ame de la mère.

Le tiers (3) par elle fut nourri en fainéant. Bien fin, mais non prudent, et voulut, l'enseignant, (Pour servir à son jeu) luy ordonner pour maistre Un sodomite athée, un maquereau, un traistre(-i}.

La discorde couppa le concert des mignons, Et le vice croissant entre les compagnons Brisa l'orde amitié mesme par les ordures Et l'impure union par les choses impures. Il s'enfuit dcspité, son vice avec lui court : Car il ne laissa pas ses crimes à la cour. Il coloroit ses pas d'astuce nompareille. Changea de lustre ainsi que jadis la corneille Pour hanter les pigeons (s); '^ ^^ict fut advoùé Par la confession du gosier enroué (6); On lui remplit la gorge, et le Sinon infâme Fut mené par le poing, triomphe d'une femme, Que la mère tria d'entre tous les gluaux Qu'elle a, pour, à sa cage, arrester les oiseaux. Ceux qu'il avoit trouvez à son mal secourables , Et pour lui et par lui devindrent misérables; Sa loi s'envole au vent, mais il feignit après, Ce qu'il faisoit forcé, l'avoir commis exprès.

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