Allusion aux intrigues de François avec les huguenots
6. Allusion à la conspiration de La Mole et Coconnas , suppliciés le 30 avril 1 574.
io6 Les Tragiques.
C'est pource qu'en ce temps c'est plus de honte d'estre
Mal advisé qu'ingrat, mal pourvoyant que traistre,
Abusé qu'abuseur : bien plus est odieux
Le simple vertueux qu'un double vicieux;
Le souffrir est bien plus que de faire l'injure :
Ce n'est qu'un coup d'Estat que d'estre bien parjure.
Ainsi, en peu de temps, ce lasche fut commis
V'alet de ses haineux , bourreau de ses amis.
Sa ruse l'a trompé quand elle fut trompée,
Il vid sur qui, pour qui, il tournoit son espée;
Son inutile nom devint son parement,
Comme si c'eust esté quelque blanc vestement.
Ils trempèrent au sang sa grand'robe ducale,
Et la mirent sur lui du meurtre toute sale.
Quand ils eurent taché la serve authorité
De leur esclave chef du nom de cruauté.
Il tombe en leur mespris; à nous il fut horrible
Quand r'appeler sa foi il lui fut impossible.
Il fuit encore un coup , car les lièvres craintifs
Ont débat pour le nom de légers, fugitifs.
Nos princes des renards envient la finesse,
Et ne débattent point aux lions de prouesse (i).
Il y avoit longtemps que dans les Pais-Bas Deux partis, harassez de ruineux combats, Haletoient les abois de leur force mi-morte ; Cettui-ci print parti presqu'cn la mesme sorte Que le loup embusqué combattant de ses yeux L'effort de deux taureaux, dont le choc furieux Verse dans un chemin le sang et les entrailles. Le poltron les regarde, et de ces deux batailles Se faict une victoire, arrivant au combat Quand la mort a vaincu la force et le débat. Ainsi quelque advisé reveilla ceste beste, D'un désespoir senti lui mit l'espoir en teste. Mais quel espoir.'^ encor un rien au pris du bien,
I. C'est-à-dire ne rivalisent point de prouesses avec les lions.
Princes. 107
Un rien qui trouve lustre en ce siècle de rien. On le pousse, on le traîne aux inutiles ruses, Il trame mille accords, mariages, excuses, Il trompe , il est trompé , il se repend souvent , Et ce cerveau venteux est le jouet du vent; Ce vipère eschauflè porte la mort traistresse Dedans le sein ami; mais quand le sein le presse, Le trahi fut vainqueur, et le traistre pervers Demeure fugitif , banni de son Anvers ( ' ).
Non, la palme n'est point contenance des membres De ceux qui ont brouillé les premiers de leurs chambres, Pour loin d'eux en secret de venin s'engorger. Caresser un Bathille, en son lict l'héberger. N'ayant, muettesmoin de ses noires ordures, Que les impures nuicts et les couches impures.
Les trois (2) en mesme lieu ont à l'envi porté La première moisson de leur lubricité (5) : Des deux derniers après la chaleur aveuglée A sans honte hérité l'inceste redoublée, Dont les projects ouverts, les désirs, comme beaux, Font voleter l'erreur de ces crimes nouveaux Sur les ailes du vent ; leurs poètes volages Nous chantent ces douceurs comme amoureuses rages (4), Leur soupper s'entretient de leurs ordes amours,
1. François avoit essayé, le 17 janvier 1583, de s'emparer par trahison de la ville d'Anvers. Il échoua , et cette entreprise fut surnommée \a folie d'Anvers. Cf. l'Estoile, fi. '56; de Thou , 1. 77; d'Aubigné, Hist. univ., t. 2, I. 5, ch. 22 , et les Mémoires de Sully, ChcTemy, du Plessis- Mornay, etc.