‹ Les TragiquesChapitre 10 sur 13 · TRÈS AUGUSTE, TRÈS VICTORIEUX · texte numérisé non relu

TRÈS AUGUSTE, TRÈS VICTORIEUX

^■^ -à^?^ f/o;];ie du Ciel à Vr<ib>^^m racines des Pyré

;ç^^^gÇ); 'an i553, au solstice d'hyver (poinct ^^^Wi P'"^ heureux de toutes nafivitez), fut "'la France, sur les Pyrénées [bornes naturelles de l'Espagne), pour devenir une barrière plus seure que les montagnes : nouriy en lieux aspres, teste nue et pieds nuds, par Henry son ayeul, préparant un coin d'acier aux nauds serrez de nos dif- (icultez. Son aage seconde veid son père mort, sa mère fuilive, ses proches condamnez , ses serviteurs bannis. Il se trouve armé à quatorze ans en un party misérable, affoibly de trois batailles perdues, n'ayant de reste que la vertu. Sa jeunesse eut pour entrée des nopces funestes : trente mille des siens massacrez et sa prison redoublée. Sa liberté le faicl chef des pièces ramassées d'un party rogné, dans lequel, maistre pour le soin, compagnon pour les périls, il finit sept guerres désespérées par sept heu-

2i6 APPENDICE

reuses paix. Pour à quoy parvenir, il luy falut respondre à quarante cinq armées royales, desquelles il en a eu pour une fois neuf bien équipées sur les bras. L'aube de son espérance parut à Coutras, où ayant digéré les angoisses du gênerai, porte la vigilance du mareschal de camp, le labeur de sergent de bataille, il prit la place de soldat hazardeux. Après, ayant partagé la Guyenne, fait part de ses exploits au Dauphiné, au Languedoc, conquis le Poictou, entamé VAnjou, voyant le duc de Guise mort, ses adversaires divisés, le roy à l'extrémité, il reniit à la France ses injures, ses blessures et le dernier accès. Redressait le roy, quand le royaume en pièces se laissa choir dans ses bras victorieux. Ce grand roy fait honinie porta des labeurs plus que d'homme ; en courant aux feux divers du royaume, il rencontra autant de charges que de traites, et de sièges que de logis. Ses partisans, envieux de sa vertu avant qu'estre délivrés par elle, bastissent divers partis dans les ruines de Pestât, si bien qu'il les fallait vaincre pour les niener vaincre leurs ennemis : c'est ce qui fit trouver à l'indomtable les combats du cabinet, ses angoisses, ceux de la campagne, ses voluptés. Or, après avoir monstre devant Arques son espérance contre espoir, le secours du ciel à ses prières, ù Yvry sa vertu contre Vbnparité du nonibre, sa resolution à relever les batailles esbranlées ; après que l'Italie et l'Espagne eurent jelté sur les bras du règne divisé

APPENDICE

quatre armées diffcrenks, et qu estant venu et ayant veu et vaincu, il leur fit trouver à grand gain et honneur d'en remmener les pièces, de là en avant chacun de ses coups fut amorce du second, chaque victoire instrument de la suivcmte. Il fît perdre à ses ennemis leurs prétextes, l'espoir et les partis. Enfin, pour loyer de sept batailles, de vingt rencontres d'armées, de cent vingt-cinq combats enseignes déployées, de deux cent sièges heureusement exploictés par sa présence ou sous ses auspices, il se vainquit soy mesme, donna à ses ennemis biens et vies, aux siens le repos, la paix à tous, comme ployant en un chapeau d'olive les cimes esgarées de ses palmes et lauriers à couronner d'un diadème bien composé son chef victorieux.

Page 1