Si c'est mere. Pour la construction, cf. IV, 183, Feux
Ouy, mais c'est desespoir avoir la liberté En ses mains, et choisir une captivité.
91. Trahir. L'infinitif est ainsi quelquefois sujet logique, alors que ce ou il lo précède comme sujet grammatical. Cf. I, 519, Lett. : « M'estant fort difficile parler de vostre affaire avec toutes les circonspections. » III, 332, 379, Création.
92. Meurtrir, tuer. Sens encore très fréquent au seizième siècle. Cf. IV, 349, Épigr. :
Mercenaire qui vend les peaux Des meurtris, innocents troupeaux.
95. Blanchissant. Parce qu'il laisse couler le lait. Voir v. 104 : faict degast du doux laict.
7 96. De ton flanc a un double rôle grammatical, à la fois régime de fruict et complément de faict. Entendez : le fruict de ton flanc (tes enfants) fait de ton flanc le champ du combat. Sur ces constructions &x0 xocvoÿ, cf. Tobler, Verm. Beiträge sur fs. Grammatik, 115-8.
MISERES. 53 af
Je veux peindre la France une mere affligee L Qui est entre ses bras de deux enfans chargee. " Le plus fort, orgueilleux, empoigne les deux bouts Des telins nourriciers ; puis, à force de coups D'ongles, de poings, de pieds, il brise le partage Dont nature donna à son besson l'usage. > \‘ MAG Ce volleur acharné, cet Esau malheureux Faict degast du doux laict qui doit nourrir les deux, !« Si que, pour arracher à son frere la vie, Il mesprise la sienne et n’en a plus d'envie. ,. , 4 .. ie Mais son Jacob, pressé d’avoir jeusné meshui, Ayant dompté longtemps en son cœur son ennui, À la fin se defend, et sa juste colere Rend à l’autre un combat dont le champ est la mere. Ni les souspirs ardents, les pitoyables cris, Ni les pleurs rechauffez ne calment leurs esprits : Mais leur rage les guide et leur poison les trouble, Si bien que leur courroux par leurs coups se redouble.
102. Donna à son besoin (corrigé dans l’errata en besson) À. — Donnoit à
son besson T. || 107. Lors son Jacob T. || 108. Æstouffant quelque temps AB.
97. sqq. D'Aubigné reprend ici l'idée et même les termes d'un sonnet composé par lui dès 1576 (IV, 330) :
La France alaicte encor deux enfans aujourd’huy, Dout l'un à ses deux mains tient les bouts de sa mere, Et à grands coups de pieds veut èmpescher son frerc D'avoir sa nourriture aussi bien comme luy.
Le plus jeunc, fasché d'avo'r jeusné meshuy,
Se deffend affamé et tous deux en cholere S'arrachent les deux yeux. Lors, o douleur amcere! La mere perd son laict et sustance, d’ennuy :
Elle vole des mains aux cheveux et aux tresses, Et dit à ses doux filz, les regardant en picces :
« O malheureux enfans d'execrable nature,
Vous m'ostez donc le laict qui vous a alaicté! Vous polluez de sang mon sein et ma beauté!
Vous n'aurez que du sang pour vostre nourriture! »
402. Nature. Suppression de l'article fréquente devant les mots nafure, fortune, amour. Cf. v. 485, 486. Voir Schüth, p. 5.
403. Esau, dissyllabo. De même IV, 93, Princes : « Elle enfit un Esau, de qui les ris, les yeux... » — Malheureux, donné à la male heure, né pour l'infortune des autres, comme pour la sienne propre. Cf. v. 991, 1025.
410. Rend.... un combat. Cf. Hist. Univ., V, 312 : « Tant y a que ceste grande armée no rendit combat qui valût. »
De
AA
lt
re
Leur conflict se r'allume et fait si furieux
Que d’un gauche malheur ils se crevent les yeux. Cette femme esploree.en sa douleur plus forte Succombe à la douleuf, mi-vivante, mi-morte ;
Elle void les mutins tous deschirez, sanglans,
Qui, ainsi que du cœur, des mains se vont cerchans. Quand, pressant à son sein d’un’ amour maternelle Celui qui a le droit et la juste querelle,
Elle veut le sauver, l’autre qui n’est pas las
Viole en poursuivant l’asyle de ses bras :
Adonc se perd le laict, le suc de sa poictrine ;
Puis, aux derniers abois de sa proche ruine,
Elle dit : « Vous avez, felons, ensanglanté
Le sein qui vous nourrit et qui vous a porté :
Or vivez de venin, sanglante geniture,
Je n'ai plus que du sang pour vostre nourriture. » 7 Quand esperdu je voi les honteuses pitiez
Et d'un corps divisé les funebres moitiez,
Quand je voi s'apprester la tragedie horrible