‹ Les tragiques. Livre premier. MisèresChapitre 59 sur 74 · Choix, la quintessence de ce venin · texte numérisé non relu

Choix, la quintessence de ce venin

710. Comette. Ce mot fut d'abord féminin. Pourtant dèsle douzième siècle, nous le trouvons masculin, conformément à l'étymologie, dans Benoit de Sainte-More(cité par Thomas). Au seizième siècle, comète est généralement masculin; au dix-septième siècle on hésita sur le genre, et finalement le mot demeura féminin. Cf. Dict. de Trévoux : « On a douté pendant longtemps si ce mot était masculin ou féminin. Ménage dit que de son temps cette question fut fort agitée à la Cour durant l'apparition d'une comète, et que quelqu'un dit plaisamment qu'il fallait lui regarder sous la queue pour savoir si elle était mâle ou femelle. Aujourd'hui l'usage général fait ce mot féminin et il ne serait pas moins ridicule de dire le comète que {e lune ou la soleil. » Littré cependant cite un exemple de ce mot employé comme masculin dans le Mercure de France d'octobre 1779.

712. Douteusement, avec une inquiétude mêlée de crainte, Cf. le vw. $ où douter a le sens de craindre.

713. Ce feu menace... D'Aubigné nous dit (1, 447, Lettres) qu'il avait composé un traité sur les comètes. « Cette dernière {M do Belle-Ville; me voulut servir d'amanuense (secrétaire) à escrire sous moy deus livres qui ont esté perdus. Le premier estoit..., l'autre des commettes, qu'elle me contraignit d'escrire sur l'explication d'ua distique qui est aux Tragiques :

Ce comette mesare, et promet à la terre

Lousche ou pasie, flambant, peste, famine ou gucrre. Elle donc me pressa d'escrire de ces trois differences par les causes et non par les effects ou exemples desquels presque tous sont contentez. »

Ces « trois differences » semblent en effet se rattacher à une croyance très

précise, à laquelle nous trouvons une autre allusion dans ces vers de Du Bartas :

Que ne fais-tu profit, o frénétique France,

Des signes dont le Ciel t'appelle à repentance ?

Peux-tu voir d'un œil sec ce feu prodigieux

Qui nous rend chaque soir effroyables les cieux ?

Cet astre chevelu qui menace la terre

De peste, guerre, faim, trois pointes de tonnerre

Qu'en sa plus grand fureur Die fou'lrove sur nous ?

à « de

Louche, pasle ou flambant, peste, famine ou guerre. » H5 A ces trois s'aprestoyent ces deux astres nouveaux. Le peuple voyoit bien ces cramoisis flambeaux, Mais ne les peut juger d’une pareille sorte.

Ces deux esprits meurtriers de la France mi-morte Nasquirent en nos temps; les astres mutinez 12 Les tirerent d'Enfer, puis ils furent donnez À deux corps vicieux ; et l’amas de ces vices Trouva l'organe prompt à leurs mauvais offices. Voici les deux flambeaux et les deux instruments Des playes de la France et de tous ses tourments : 7% Une fatale femme, un Cardinal qui d'elle, Parangon de mal-heur, suivoit l'ame cruelle.

Mal-heur, ce dit le Sage, au peuple dont les loix

715. Moins furent rpprentifs ces deux A. || 724. Des fureurs de la France A. || 726. Du malheur A.

714. Louche, obscur. Cf. II, 19%, Afédit.: « Je sçai que mes pechès ont fait un gros et louche nuage entre toi et moi. » Ce mot n'est plus guère pris dans ce sens qu'au figuré : une conduite louche.

715. A ces trois. Sous-entendez : fléaux, calamités. Cf. une omission analogue du substantif, v. 427; et IV, 359, Sonn. épigr.: | La loy, le sang, Nature à l'homme font sentir Qu'il naïst, vit, croist et doibt ses ans, son bien, sa vie Aux amis, aux parents, à la cherc Patrie.

Et qu'il faut pour ces trois naistre, vivre et mourir.

723. Flambeaux. D’Aubigné joue ici sur le double sens du mot flambeau, qui signifie à la fois comète (cf. v. 116 et IV, 230, J'ers) et torche en/lammée et dévastatrice, comme IV, 249, Veng. :

Flambeau de ton pays, picge de la noblesse, Peste des braves cœurs, que scrvit ta finesse... ?

y 1235. Une fatale femme, Catherine de Médicis. — Un cardinal. Charles, cardinal de Lorraine (1524-1574).

727. Malheur... au peuple... La même exclamation se retrouve, presque dans les mêmes termes, IV, 90, Princes :

O quel malheur du Ciel, vengeance du destin, Donne des Rois enfans et qui mangent malin !

Voir aussi Baïf, éd. Marty-L., V, 115:

Bien malheureuse est la patrie,

Qui par un enfant est regie,

Où les Princes mangent matin !

C'est un souvenir de la Bible, Eccl., X,16-18 : « Malheur à toi, pays dont le roi est un enfant et dont les princes mangent dès le matin! Heureux toi,

ce mc

Tournent dans les esprits des fols et jeunes Rois

Et qui mangent matin. Que ce mal-heur se treuve Divinement predict par la certaine espreuve!

Mais cela qui faict plus le regne mal-heureux

Que celuy des enfans, c'est quand on void pour eux ‘Le Diademe sainct sur la teste insolente,

Le sacré Sceptre au poing d’une femme impuissante, Aux despens de la loy que prirent les Gaulois

Des Saliens François pour loy des autres lois.

Cet esprit impuissant a bien peu, car sa force

S est convertie en poudre, en feux et en amorce, Impuissanie à bien-faire et puissante à forger

Les cousteaux si trenchans qu'on a veu esgorger Depuis les Rois hautains eschauffez à la guerre ‘ Jusqu'au ver innocent qui se traine sur terre. Mais pleust à Dieu aussi qu'ell'eust peu surmonter Sa rage de regner, qu’ell’ eust peu s’exempter

Du venin florentin, dont la playe eternelle, Pestifere, a frapé et sur elle et parelle. 1 /°

729. Quand ce malheur T. !| 733. Au depend T. |] 7145. Du vire —, dont A. — Du venin —, dont B. ,

pays, dont le roi cst de race illustre et dont les princes mangent au temps convenable et non pour se livrer à la boisson. » — Ce dit. Cf. Vaugelas, I, 418 : « Ce dit-il, ce dit-on. On dit tous les jours l’un et l’autre en parlant, mais on ne le doit point dire ev escrivant, que dans le stile bas. Il suffit de dit-il, dit-on, sans ce, et c'est ainsi qu'il s'en faut servir par parenthese, quand on a introduit quelqu'un qui parle. » On sc rappelle que Molière, dans le récit que Pierrot fait du naufrage de don Juan (D. Juan, II, 1), tiro des effets comiques de cette locution dix fois répétée et donnée comme caractéristique du langage paysan.

728. Tournent. Sans doute il faut entendre : s'altérent, se faussent, perdent leur vrai sens. Cf. IV, 297, Jug. :

Voicy done, Antechrist, l'extraict des faicts et gestes, Tes fornications, adultercs, incestes, Les pechez où Nature «a tourné à l'envers.

734. Cela qui faict. Malherbe proscrit cotte tournure : « Cela ne se dit point devant que ; mais : ce. » (Brunot, La doctr. de Malh., p. 394.)

7466. Venin florentin. 11 faut sans doute entendre par là cette rage de régner (v. 744), cette soif de puissance (v. 157), qui, pour se satisfaire, ne

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Ÿ 90 à aGhIPPA D'AUBIGNÉ.

Pleust à Dieu, Jesabel, que comm’ au temps passé --

Tes Ducs predecesseurs ont tous-jours abaissé Les grands en eslevant les petits à l’encontre,

750 Puis encor rabatus par un’ autre rencontre

Ceux qu'ils avoyent haussez, si tost que leur grandeur Pouvoit donner soupcon ou meffiance au cœur ;

Ainsi comm'eux tu sçais te rendre redoutable, Faisant le grand coquin, haussant le miserable;

753 Ainsi comm'eux tu sçais par tes subtilitez,

En maintenant les deux, perdre les deux costez,

, Pour abbreuver de sang la soif de ta puissance ;

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