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bres dorso-lombaires. Cet allongement sur les sujets où nous l’avions mesuré avait été considérable : 3 cent. 1, 3 cent. 5 et 4 cent. 3, soit près du vingtième de la longueur totale de la colonne vertébrale.
Nous devions, dès lors, nous demander comment s’accommodait à de telles modifications le contenu du canal, relié à sa paroi antérieure par de multiples attaches.
Un essai fut fait tout d’abord’ sur un cadavre dont le canal rachidien renfermait intact le fourreau dural mis à nu sur toute son étendue; pendant la flexion, celui-ci se tendit, s’aplatit, se rida longitudinalement et s’allongea de 1 cent. 7.
Il nous sembla préférable de faire porter ultérieurement nos mensurations, non plus sur le fourreau dural, mais sur les organes nerveux eux-mêmes; ce que nous fimes alors sur trois sujets et depuis sur deux autres; soit, en totalité, cinq expériences, qui nous ont donné les résultats suivants :
4° La flexion du rachis produit un allongement constant de l’ensemble des organes nerveux intra-duraux; il a été, sur nos 5 cadavres, respectivement de 1 cent.3,1 cent. 2,1 cent. 6, 2 cent. et À cent. 1.
2% Cet allongement total se partage entre la moëlle et la queue de cheval. La part qui revient à la moëlle ne varie que fort peu d’un sujet à l’autre. Au contraire, la part attribuable à la queue de cheval diffère très notablement.
En effet, nous avons obtenu les résultats suivants :
Allongement total. Moëlle. Queue de cheval.
re Expérience 1 cent, 3 7 mill. 6 mill, 2e Hxpérience 1 cent. 2 7 mill. 5 mill.
3° Expérience 1 cent. 6 Q mill. 7 ill.
ke Expérience 2 cent. g mill. 1 cent. 1 £ 5e Expérience 1 cent. 1 7 mill. 4 mill.
La différence entre l'allongement de la moëlle et l’allongement des corps vertébraux correspondants explique las-
cension de l'extrémité terminale de la première le long de cette face, pendant la flexion du rachis.
3° L’allongement proprement dit de la moëlle ne porte pas avecune égale intensité sur les divers segments de cet organe. Dans le sens longitudinal, il se localise au-dessous de la deuxième paire radiculaire dorsale, avec maximum à la hauteur des premières paires lombaires. Dans le sens antéropostérieur, il porte nécessairement davantage sur les parties postérieures de la moëlle que sur les parties antérieurieures, puisque l’axe de flexion du rachis passe en avant de cet organe.
En somme, tandis que la suspension du rachis ne produit qu'une élongation insignifiante de la moëlle, sa flexion sur un sujet assis, les jambes étendues, produit une élongation de cet organe de près de 1 centimètre, portant presque toute son action sur ses parties postérieures, au niveau des premières paires lombaires.
Applications thérapeutiques. — Ces faits constatés, nous pensâmes d'emblée à en tenter l'application à la thérapeutique de l’ataxie locomotrice.
Nous y étions encouragés par ce fait que,pendantces vingt dernières années, le traitement de cette affection aété dominé presque complètement par cet objectif : agir mécaniquement sur les organes nerveux malades.
L'appareil que nous avons fait construire dans ce but se compose (fig. 37) d’une table basse, portative, longue de 1 m. 40, large de 45 centimètres, portant àsa partie postérieure un petit dossier auquel est fixée une courroie ou sangle. Sur la ligne médiane, à l’union du tiers postérieur et des deux tiers antérieurs de la table, est adaptée une poulie sous laquelle passe une corde de iraction reliée à un moufle fixé au niveau du bord libre. Le patient s’assied bien d’aplomb sur la table, les jambes étendues, la poulie située dans leur intervalle. Le tronc est alors fixé par la sangle du
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dossier, afin d'éviter le glissement du corps en avant. Les
jambes sont maintenues dans la rectitude, les pieds se posant sur la table par les talons et leur bord interne se touchant,
Fig. 37. — Appareil de MM. Gilles de la Tourette et Chipault.
par une sangle passée autour de la table et fixée au-dessus des genoux. De cette façon, les membres inférieurs ne peuvent ni se fléchir ni se renverser en dehors. La partie essentielle de l’appareil consiste en une sangle à quatre branches affectant la forme d’un X.Les deux branches supérieures sont munies d’anneaux situés à diverses hauteurs.Leur face antérieure porte ces indications destinées à éviter des erreurs d'application : face, côté droit, côté gauche. La branche inférieure, la plus petite, qui doit être placée du côté gauche du sujet, est pourvue d’une boucle; la plus grande branche inférieure passe autour du bassin du sujet, puis sous la lable et va se fixer à la boucle de la petite brauche. Les deux branches supérieures passent sous les bras.
Au niveau de la région dorsale, on les entre-croise à la facon d'une croix de Saint-André, de manière que la branche droite passe à gauche et réciproquement et que leur extrémité libre, munie d’anneaux, vienne de chaque côté se poser
sur les épaules à la façon de deux bretelles. À ces anneaux, un peu plus haut, un peu plus bas, suivant la taille des sujets, se fixent les deux extrémités terminées en crochets d’une petite barre de fer disposée en forme de cintre et munie à sa partie médiane d’un anneau dans lequel s'engage la corde de traction : celle-ci se réfléchissant sur la poulie située entreles jambes du sujet, la traction, d’horizontale, devient verticale, ce qui force le malade, l'appareil étant en place et manœuvré, à se courber, à fléchir le rachis.
Dans la majorité des cas, la force à déployer, mesurable à l’aide d’un dynamomètre qu'on peut interposer entre le crochet de moufle et la corde de traction, varie entre 60 à 80 kilos, soit une moyenne de 70 kilos fournie par 10 alaxiques.
Ce maximum n’est pas obtenu dès la première séance. En effet, le sujet, forcé de se courber en avant ; éprouve dans la région dorso-lombaire une sensation qui deviendrait vite douloureuse si la traction était trop forte. Sa tolérance augmente généralement dans les 5 ou 6 premières séances pour devenir ensuite stationnaire. D'autre part, si la traction est exagérée, le sujet sent une tension dans les sciatiques des deux côtés, ce qui est la meilleure preuve qu’il se produit une élongation de la moëlle et des gros troncs nerveux qui se rendent aux membres inférieurs : si l’on tirailtrop fort, on risquerait de produire, comme nous l’avons observé 4 fois, une sciatique double. Nous insistons done sur ce fait que, pendant la durée de l’opération,les membres inférieurs doivent rester étendus à plat, de façon à ne pas permettre le relâchementdes sciatiques. La têtesera libre,moyennementfléchie sur le thorax, les bras seront pendants ou repliés le long du tronc.
Dans ces conditions, aucun accident n’est à redouter, la respiration se fait librement, la circulation n’est en aucune façon gènée, à l'inverse de ce qui se produit généralement dans la suspension.
De même qu’au début de toute séance, la traction doit être
progressive, à la fin de l'opération, on ne produira pas, en làchant brusquement la corde de traction, une déflexion subite du rachis.
La durée moyenne d’une séance oscille entre huit et douze minutes, temps maximum.
Nos recherches, à l’aide de l'appareil que nous venons de décrire, ont porté sur deux groupes de sujets.
Nousavons d’abordexpérirhenté sur 10 individus valides, qui ont bien voulu seprèter à nos investigations, de façon à nous permettre de nous rendre un compte exact des sensations éprouvées et de préciser ainsi la technique de l’intervention.
Nous avons ensuite opéré sur 47 ataxiques : 39 hommes et 8 femmes.
Nous n'avons pas soumis indistinctement les ataxiques à la flexion rachidienne. Il faut respecter certains cas de tabes à évolution très lente, de tabes parvenu à la troisième période, et de tabes à marche aiguë.
Restentlesataxiques ordinaires, parvenus à la deuxième période de leur mal; si l’on n'intervient pas, les sujets de cette catégorie sont fatalement voués à une évolution progressive et assez rapide de leur mal : chez ces ataxiques, de tous les plus nombreux, la flexion du rachis constitue la méthode thérapeutique la meilleure. Nos observations le démontrent.
En effet, 22 de nos malades, soit près de la moitié, ont été améliorés suivant la presque totalité des symptômes de leur maladie. Cette amélioration a porté, en premier lieu sur l'ensemble des phénomènes douloureux : crises à caractère fulgurant, troubles de sensibilité. En second lieu, sur les troubles urinaires, la rétention en particulier ; lincontinence a élé moins favorablement influencée. Enfin la flexion a eu ‘une action presque constamment favorable eur limpuissance. Sur nos 22 malades, 12 présentaient une incoordination motrice assez marquée : chez 10,la marche a pu se rétablir dans des conditions satisfaisantes. Dans tous les cas, les
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symptômes oculaires ou bulbaires n’ont été que très médiocrement influencés.
Ces résultats cadrent avec les résultats de nos recherches anatomiques. La flexion a une action surtout marquée sur fa moitié inférieure de la moëlle dorsale, la moëlle lombaire et les nerfs de la queue de cheval. Or, cliniquement, c’est sur les symptômes imputables aux lésions de ces régions qu'a porté l’amélioration.
A côté de ces 22 cas où le résultata porté d’une façon générale sur la totalité des symptômes de l’affection, 16 autres en ont retiré des bénéfices analogues, mais plus restreintS et limités à quelques-uns seulement de ces symptômes.
10 de nos malades seulement n’ont retiré de la flexion rachidienne aucune amélioration. Cette proportion est d’un quart à peine, au lieu du pourcentage de 35 à 40 insuccès pour 100, établi dans notre première statistique portant sur 100 cas de tabes traités par la suspension dans le service du professeur Caarcor à la Salpêtrière.
Aucun de nos malades n’a subi moins de 15 à 20 séances de flexion. L'amélioration s’est montrée généralement vers la dixième ou quinzième séance, à dater du moment où la traction maximum avait été tolérée. La pratique nous a conduit à conseiller une séance tous les 2 jours; la séance quotidienne n’est efficacement tolérée qu’à la condition de ne pas excéder cinq à huit minutes de durée: elle peut être utile dans les cas où les phénomènes douloureux sont prédominants. Il nous a semblé inutile d'appliquer la méthode pendant plus de trois à quatre mois consécutifs, soit 40 à 50 séances. Il arrive, en effet, presque toujours une période où, dans un traitement de longue durée tel que celui du tabes par l’élongation de la moëlie, les bénéfices obtenus semblent, au moins momentanément, ne pouvoir être dépassés. Il faut alors interrompre les séances et profiter de ces interruptions pour instituer un traitement médicamenteux, prescrire une
saison thermale, car l’élongation n’est pas exclusive des autres méthodes thérapeutiques (1).
Nous ajouterons aux 47 cas communiqués par MM. Gices DE LA Tourerre et Cripauzr les 21 cas nouveaux (48 hommes el 3 femmes) qui ont fait l'objet d’une communication à l’Académie de Médecine (7 novembre 1897) de la part de M. Gicces pe LA Tourerrs. Sur ces 21 malades, 17 ont retiré des bénéfices considérables portant surtout sur les phénomènes douloureux, les troubles génito-urinaires sauf l’incontinence, l’incoordination motrice.
Réunissant les chiffres des deux communications, nous avons un total de 68 malades, avec 54 améliorations totales ou partielles. Ces résultats brillants, beaucoup plus brillants que ceux fournis par aucune autre méthode, semblent avoir jugé la question et fait de l’élongation médullaire suivant la méthode de MM. Girres pe La Tourerre et Cipaurr le procédé de choix du traitement du tabes. Aussi est-on étonné qu’au congrès de Moscou Erb, rappelant les différentes méthodes d’élongation, omette de parler de la méthode de MM. Gaives DE LA ToureTre et Cnipaurr, qui n’est que mentionnée, sans autres détails, par GRasser.
Nous ignorons si des résultals aussi favorables que ceux publiés par M. Gares DE La Tourerre ont été obtenus à l'Étranger; nos recherches sont restées sans résultat sur ce point. Nous savons seulement que la méthode a été adoptée par Moczuxowskr et qu’elle est employée à la clinique des maladies du système nerveux de Saint-Pétersbourg.
Les chiffres précédents prouvent jusqu’à l’évidence la valeur de la méthode d’élongation suivant le procédé de MM. Guies pe La TourerTe et Curpaurr et en font une méthode de choix, si l’on tient compte des contre-indications que nous avons indiquées. Mais souveraine contre les troubles dont les manifestations sont sous-diaphragmatiques, les crises
(1) Lagné, Presse médicale, £8 avril 1897.