‹ Les Traitements Chirurgicaux Dans Les Mégacôlons De L'EnfanceChapitre 28 sur 59 · TRAITEMENT MÉDICAL · texte numérisé non relu

TRAITEMENT MÉDICAL

M. le PT Marran, dans son article sur le mégacôlon dans son livre « les affections des voies digestives dans la première enfance », résume en une phrase le but essentiel du traitement médical : « vider le côlon des gaz et des matières qui s’y accumulent. »

Parmi les moyens qui s’offrent au médecin d’agir dans ce sens, le meilleur est incontestablement : l’entéroclyse quotidienne. C’est plus qu’un lavement, il faut se servir d’une sonde longue de 20 à 25 centimètres, que l’on doit introduire, préalablement bien huilée, dans le rectum et pousser doucement jusque dans le côlon ectasié. En effet pour bien réaliser ce lavage intestinal et vider le côlon de ses matières et de ses gaz, il est indispensable que la sonde se trouve dans l’anse malade. La preuve en est que le simple lavement même répété quotidiennement est absolument inefficace. La sonde étant ainsi mise en bonne place, on fait pénétrer sous faible pression une grande quantité d’eau tiède. Pour être vraiment efficace il faut que l’entéroclyse soit pratiquée quotidiennement.

Lorsqu'on a affaire à des mégacôlons symptômatiques de la deuxième enfance dont on a pu déceler l'obstacle, on obtient d’excellents résultats par l’entéroclyse quotidienne en même temps qu’on agit d’un autre côté sur le phénomène causal. Mais encore faut-il que ce soient des dilatations

dont les parois aient conservé intactes leurs propriétés d’excitabilité et de contractilité. C’est ainsi que dans les formes décompensées où le côlon n’est plus qu’un sac fibreux incapable de lutter par lui-même contre l’ectasie entretenue par la rétention chronique, l’entéroclyse aura beaucoup moins de chances de donner un résultat intéressant.

Dans ce cas, de même que lorsqu'il s’agit d’une véritable maladie de Hirschsprung ou dilatation idiopathique congénitale pour laquelle on ne peut obtenir qu’une amélioration, il est nécessaire d'associer à l’entéroclyse quotidienne d’autres moyens thérapeutiques. Ce sont surtout le massage abdominal et si c’est possible le lavement électrique. Le massage abdominal fait dans le sens de l’évacuation, associé à une dilatation manuelle de l’anus et à des exercices de gymnastique abdominale, est un adjuvant qui peut rendre des services ; de même que le lavement électrique, qui par la diminution et l'élévation progressive du courant ainsi que par l’inversion de la polarité, excite les fibres musculaires lisses du côlon. Mais 1l faut bien avouer que les résultats ne sont pas toujours concluants.

On doit attacher une grande importance au régime d’un enfant atteint de mégacôlon. On ne peut évidemment donner un régime type. Îl varie naturellement avec l’âge du malade. Jusqu'à deux ans il est inutile d’en prescrire un, car l’alimentation lactée est indispensable pour le nourrisson ; tout au plus doit-on recommander, si cela est possible, l'allaitement maternel aussi longtemps qu’on le pourra. Après deux ans, on doit ordonner un régime, mais pas trop sévère. À partir de cet âge l’enfant mange à peu près de tout et. on s’inspire des préceptes diététiques de la stase stercorale chronique ; cela revient à dire qu’on donne un régime composé avant tout d’aliments qui laissent peu de déchets intestinaux. Seront done autorisés : les aliments riches en albumine tels que les œufs, les fromages, les poissons, les viandes. Seront défendus : les aliments constipants tels

que le chocolat, le thé, le café ; ceux qui donnent beaucoup de résidus tels que le pain, les pâtes, les pommes de terre et tous les farineux. On interdira aussi certains légumes : carottes, choux, épinards, ete., certaines boissons qui occasionnent des gaz : laits fermentés, bière, cidre. Par contre l'usage d'aliments laxatifs sera recommandé : miel, fruits crus et surtout Jus de fruits, légumes verts, huile, eau de Vichy.

Dans la thérapeutique médicale du mégacôlon, les médicaments n’occupent qu’une place peu importante. On en a employé beaucoup sans grand résultat. Cependant si on retrouve un élément spasmodique on peut employer la teinture de belladone ou le sulfate d’atropine. Tous les auteurs sont d'accord pour rejeter d’une façon formelle les purgatifs minéraux qui irritent l'intestin. Malgré qu'ils ne soient pas d’une très grande efficacité, c’est aux laxatifs huileux que l’on a recours ; l'huile de paraffine et l'huile de ricin sont sans danger. On évitera les médicaments constipants tels que le bromure, en mettant à part l’opium qui a donné de bons résultats à certains auteurs.

À. GrraAuLzT avec des doses fractionnées et répétées plusieurs fois par jour, d’une préparation à base de podophylle, gratiole, bryone, nerprun et lin purgatif, a obtenu de très grosses améliorations. Enfin certains médicaments tels que la sirychnine ou la péristaltine, sont capables d'augmenter les contractions coliques mais il faut les rejeter, leur emploi étant fréquemment suivi d’une aggravation.

En cas d’une crise d’obstruction au cours de l’évolution d’un mégacôlon, quelle est la conduite à tenir ? Tout d’abord et c’est de première importance, si on le peut, lever l’obstacle causant la rétention aiguë. S'il s’agit d’un coprome, un lavement huileux, une désagrégation prudente à la sonde sous courant d’eau, un curage digital quelquefois nécessaire, peuvent l’évaeuer dans certains cas. S'il s’agit d’une coudure recto-sismoïdienne, la position génu-pectorale aide à

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faire cesser l’obstruction. En tout cas les purgatifs déjà interdits dans l'intervalle de crises, le sont ici à plus forte raison surtout avant la disparition de l'obstacle.

Contre la rétention gazeuse on agit par l'introduction très prudente d’une sonde poussée dans la zone ectasiée. Enfin dans certains cas le toucher rectal suflit à provoquer la débâcle des matières. On doit toujours faire suivre ces manœuvres d’une entéroclyse abondante ; mais dans ces cas de constipation irréductible où elle est peu efficace, l’ésérine sous forme de prostigmine est un précieux adjuvant et provoque souvent la fin de la crise d’obstruction.

Nous voyons donc que les moyens dont on dispose sont assez nombreux. Sont-ils suflisants ? Si l’on s’en rapporte à certaines statistiques, ils ne le sont sûrement pas. En voici deux dont les chiffres sont effarants. Le traitement médical est responsable pour NeucesauEer de 93 % de mort, pour Loweïinsrein de 88 %,.. Tandis que le traitement chirurgical donne pour NeucEeBauERr 90 % de guérison, pour LoweIin- STEIN 52 %. Il est bien évident que si de tels chiffres sont exacts l’hésitation n’est plus permise. Mais il est incorrect de vouloir dresser une statistique globale sans tenir compte de la maladie de Hirschsprung vraie d’une part et du mégacôlon symptômatique d’autre part. Il faut tenir compte aussi du degré de l’ectasie.

Par conséquent, on ne peut vraiment pas se fonder sur des statistiques aussi pessimistes pour avoir une idée de la valeur exacte du traitement médical. On a obtenu avec lui des résultats vraiment remarquables dans certains cas, avec même une guérison anatomique. C’est pourquoi, le traitement médical, nous insisterons beaucoup sur ce point, doit toujours être institué et institué tôt surtout chez l’enfant. Souvent en effet, il est ineflicace parce que trop tardif. On doit toujours l'essayer avant d’envisager un traitement chirurgical. Ce n’est que lorsqu'on est certain de son insuc-

: 4 Ci cès, lorsqu'on craint des complications, qu’on peut penser à l'intervention.

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