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sortir de nos ports quelques vaisseaux chargés de nos produits qui, une fois en mer, les jetaient à l'eau et acquéraient ainsi le droit d'acheter aux Anglais une quantité correspondante de leurs marchandises, il passait le Niémen avec six cent mille hommes pour aller contraindre Alexandre de Russie à l'obéissance du blocus continental ! La France paya cette folie de l'Empire du prix de la grandeur que la République lui avait faite.
Rien ne semblait plus raisonnable et plus simple, une fois l'Empire détruit, que de renoncer à la politique qui l'avait perdu ; mais d'une part toute la haute administration était imbue des maximes prohibitives et, de l'autre, il semblait trop dur aux mauuîacturiers enrichis sous leur protection de renoncer à une fortune et à des habitudes de travail si faciles. Ce qui avait été sous l'empire un détestable système de guerre devint ainsi, dès le commencement de la Restauration, un système d'industrie et de commerce absolument inexcusable. On ne se figure pas le nombre de pétitions qui surgirent pour exiger le maintien des droits, non pas sans doute sur les denrées naturelles, mais sur tous les produits fabriqués, même quand ils deviennent à leur tour pour tant d'industries des matières premières, comme les fils et la fonte !
Le pouvoir législatif était alors exercé par des manufacturiers ou par de grands propriétaires, et il est difficile, quand on n'est pas le fils de ses œuvres, quand on n'est pas né dans le peuple, que l'on ait une idée juste et complète de ses souffrances et de ses besoins. Pourvu donc que les uns vendissent bien leurs draps ou leurs cotonnades, et les autres leurs bois et leurs minerais, ils s'inquiétaient peu de savoir si une telle manière d'entendre l'industrie et le commerce était appropriée aux intérêts réels des consommateurs qui sont la nation tout entière. Au besoin, si on les poussait à bout, ils se retranchaient derrière cette raison que, dans l'intérêt même du peuple, il ne fallait qu'aucun atelier eût à craindre de concurrence, là où concurrence ferait baisser les prix, c'est-à-dire les salaires. A quoi il est pourtant bien facile de répondre que le travail ne peut jamais s'arrêter que sur des points limités et que pour un temps, qu'alors l'ouvrier trouve immédiatement une compensation à ce qu'il gagne en moins dans l'abaissement du prix des objets
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nécessaires à la vie, et qu'après un moment d'arrêt, le travail et les salaires remontent à leur ancien taux, puis le dépassent lorsque la consommation, excitée par les bas prix, a acquis, ce qui arrive toujours, un développement considérable.
Quelque chose qu'on eût pu faire remarquer, c'est que la plupart des industriels qui se plaignaient, en 1815, de la concurrence des Belges ou des Hollandais étaient, en 1812, les citoyens d'un môme Etat. Mais comme dans toute l'Europe, les nations cherchaient à réparer leur fortune matérielle que l'ébranlement des guerres de la révolution avait mise en ruines, il régnait au midi comme au nord une même opinion qui était favorable au système de protection. À chaque session la chambre des députés aggravait les charges du tarif. C'était le moment où un orateur disait, à propos de la loi qui organisait l'échelle mobile pour le commerce des grains, qu'il était utile que le pain fût cher, parce qu'alors les ouvriers travaillaient avec plus d'ardeur, et où Benjamain Constant, dans un tout autre esprit, s'écriait au travers des murmures : a II est fâcheux de voir que vous faites renchérir les denrées que vos terres produisent et dont vos greniers sont pleins. » Les propriétaires faisaient des lois pour protéger leurs blés, et les maîtres de forges les aidaient à en faire pour protéger à la fois le charbon de terre, le bois et le minerai de la France. Cela coûtait cher à tous les Français en fer et en pain. On fit le même contrat tacite en faveur des laines, en faveur du bétail et enfin en faveur des sucres.
L'une des causes qui ont affaibli le gouvernement de juillet et qui, en dépit du beau mouvement libéral qui l'enfania, finirent par le laisser choir sous les coups de la colère populaire, c'est qu'il ne montra pas assez d'énergie pour réformer les lois commerciales de la Restauration. A la longue l'éducation de l'esprit public s'était faite et le peuple sentait que c'était méconnaître les intérêts de tous que d'être si craintif en face des monopoles et des privilèges. Ce n'est pas que la plupart des politiques qui arrivèrent au pouvoir, de 1830 à 1848, n'aient pas eu l'intelligence de la situation économique ; mais la volonté leur manqua 4>our briser des résistances qu'on ne redoutait que parce qu'on n'avait pas assez pesé sur elles. Les propriétaires fonciers et les manufacturiers, se voyant toujours maîtres du terrain légis-