INTRODUCTION. XXI
tue avec une habileté remarquable par M. Thiers, qu'on s'est habitué dès lors à regarder comme le principal chef du parti prohibitionniste, quoiqu'il ne soit pas même protectionniste par système, et qui, en 1832 et depuis, avait essayé plusieurs fois de faire remanier les tarifs. D'autres soucis avaient, du reste, déjà saisi l'attention de la France.
Lorsque le coup d'État du 2 décembre 1851 eut une fois encore établi le pouvoir absolu sur le champ de bataille de nos discordes, on put remarquer qu'un article de la nouvelle Constitution réservait au nouveau chef de l'État, le droit de conclure des traités de commerce, droit qui jusqu'alors avait appartenu aux députés de la nation. On put s'attendre, dès lors, à le voir faire quelque entreprise dans le sens de la liberté commerciale, dont il avait pu apprécier l'utilité en Angleterre, et dont les résultats ne pouvaient manquer de fortifier la politique réformatrice que son origine populaire lui impose de suivre. L'Empereur s'était aussi donné le droit d'abaisser provisoirement les tarifs par un simple décret; il en usa en 1853, devant la disette, pour suspendre l'échelle mobile, pour réduire les droits des houilles, des fers, des laines, des graines oléagineuses, du bétail, de la viande, des spiritueux, et pour admettre en franchise les matériaux nécessaires aux constructions navales. Comme il était devenu régulier d'approuver et d'admirer tous les actes de l'autorité, ces modifications s'opérèrent sans que personne y contredit. Les succès obtenus par la France à la première exposition universelle de Londres avaient, d'ailleurs, prouvé que nous n'étions pas si inférieurs à nos rivaux qu'on se plaisait à le dire, et qu'il y avait décidément abus à prolonger la durée du régime douanier de la prohibition et de la protection excessive. C'est ici le lieu de rappeler que si la première exposition universelle, cette idée française, n'a pas été exécutée en France, c'est parce que les coryphées du parti protectioniste ne l'ont pas voulu. Les intrigues les plus singulières ont été imaginées pour empocher que ce qui s'est fait à Londres, en 1851 , se fit à Paris en 1850. L'exposition de 1855, plus flatteuse encore pour notre industrie que celle de 1851, devint un nouvel et décisif argument dans la querelle toujours ouverte ; mais on avait bien nié la raison, on pouvait nier l'évidence; et, en