‹ Les traités de commerce; texte de tous les traités en vigueur, notamment des traités conclus avec l'Angleterre, la Belgique, la Prusse (Zollverein), et l'ItalieChapitre 14 sur 196 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

outre, ce n'était pas dans le Corps législatif, composé presque uniquement de grands propriétaires comme la chambre introu* vable de 4815, que le gouvernement devait trouver des voix pour l'inviter à tenter l'expérience de la liberté.

Il l'osa enfin, en 1856, au milieu de l'éclat dont l'environnait la paix conquise en Crimée, et un projet de loi portant retrait de toutes les prohibitions, fut envoyé au Corps législatif, siégeant alors pour la dernière année de sa législature. Les murmures de 4847 se réveillèrent. Au projet primitif, on en substitue un qui propose des droits variant de 30 à 40 %• L'opposition ne s'apaise pas, et ces législateurs qui, en toute occasion se sont montrés si dociles, dans cette seule cause, celle de leurs intérêts personnels, retrouvent l'indépendance et l'audace jusqu'à forcer le gouvernement de retirer son second projet de loi aussi bien que le premier. Mais le Moniteur annonça que, si elle était reculée cette fois encore par des manœuvres, la levée des prohibitions aurait lieu ou du moins pourrait avoir lieu à partir du 46r juillet 1861. « L'industrie française, disait la note officielle, prévenue des intentions bien arrêtées du gouvernement, aura tout le temps nécessaire pour se préparer à un nouveau régime commercial. » Les décrets cependant modifiaient toujours quelque article des tarifs, non sans qu'il y eût toujours de l'opposition, lorsqu'étaient présentées au Corps législatif les lois qui consacraient ces modifications. En 1856, lorsqu'il s'agit de lever, pour la première fois, les prohibitions, le parti protectioniste réclama une enquête, et, lorsqu'en 4859 le ministre parla d'en faire une, les mêmes agitateurs, sous le prétexte qu'il ne fallait pas détourner l'esprit public de la nouvelle guerre d'Italie, s'arrangèrent pour la faire ajourner. La guerre, heureusement, avait été rapide et glorieuse. Le gouvernement, retrempé aux sources libérales par le succès même de nos armes, et désireux de ne pas perdre son prestige, se trouva bientôt en mesure de frapper un grand coup. Qui ne se rappelle le programme de paix et de travail que l'Empereur publia, sous sa signature, le 5 janvier 4860? « Depuis longtemps, disait-il, on proclame cette vérité, qu'il faut multiplier les moyens d'échange, pour rendre le commerce florissant; que, sans concurrence, l'industrie reste stationnaire et conserve des prix élevés qui s'opposent aux pro-

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grès de la consommation ; que sans industrie prospère qui développe les capitaux, l'agriculture elle-même demeure dans l'enfance. » Les souverains n'ont pas, certes, le privilège du génie ni du bon sens, ni de l'éloquence, mais la multitude le croit, et il est bon, dans les pays où régnent des monarques, que de loin en loin leur parole confirme les vérités que les simples citoyens ont découvertes. Protégées, par cette sanction, elles triomphent des préjugés les plus opiniâtres. C'est ce qui est arrivé cette fois, grâce à Dieu. Le programme disait : a Suppression des droits sur la laine et les cotons; suppression des prohibitions; traités de commerce avec les puissances étrangères. » Le monde officiel applaudit et la contagion de l'exemple réduisit les prohibitionistes à l'isolement.

Au moment même où paraissait ce programme, achevait de se conclure le traité de commerce anglo-français qui fut signé le 23 du même mois et dont il est curieux d'esquisser l'histoire, cardans cette esquisse même on verra avec quels ménagements, avec quelle adresse, avec quel mystère dut agir ce pouvoir absolu de l'Empire devant lequel on a laissé fléchir en silence toutes les libertés, et qui n'a pu presque qu'en conspirant nous donner au moins en échange les commencements de la liberté du commerce.

En lui-même le principe de la liberté du commerce n'est pas plus anglais que français, et nous avons dit que dans les siècles précédents les Anglais l'ont méconnu pour le moins autant que nous. C'est du ministère d'Huskisson, en 1824, que datent les premiers pas faits par eux dans la voie du progrès économiste. Les réformes de Robert Peel et ensuite les opiniâtres efforts des membres de la Ligue pour le rappel de la loi-céréales, de MM. Cobdcn et Bright surtout, ont achevé de populariser chez eux des maximes dont le succès a été immédiat et complet. Mais de ce qu'une idée semble venir d'Angleterre, bon nombre du personnes ici s'en défient aussitôt, et conclure un traité de commerce avec nos voisins d'outre-Manche était par cela même une œuvre fort délicate. Ce n'est pas qu'on ne l'eut déjà tentée. En 1832, comme les ministres d'Argout et Thicrs y paraissaient disposés, le gouvernement anglais proposa de nouer quelques négociations; il F offrit encore en 4839, et on allait accepter,

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