INTRODUCTION. XXV
dans ses premières années d'autorité. Seulement il n'adressa jamais un mot de blâme à M. Michel Chevalier qui était alors seul, dans le. monde officiel, à soutenir la cause de la liberté commerciale, qui, du moins, était absolument seul au conseil d'État, lorsqu'il s'agissait de questions importantes. Dans les cas de peu de gravité M. Boulatignier et M. Marchand le soutenaient quelquefois ; mais voilà tout. Ce qui encourageait le plus M. Michel Chevalier, c'était la pensée que l'article de la Constitution qui accordait au président le droit de faire des traités ;de commerce n'avait pas été glissé là sans raison et qu'à un moment donné l'on s'en apercevrait. Il fallait hâter ce moment ; c'est pourquoi, chaque année, sous son impulsion, le conseil général de l'Hérault donnait uneforme plus accentuée à ses vœux de liberté, vœux qui n'étaient guère exprimés que dans le conseil de la Manche où M. de Kergorlay ne bronchait pas, dans celui de la Charente-Inférieure et dans celui du Rhône. Ce rôle d'agitateur toujours sur la brèche donnait à M. Michel Chevalier, en sa qualité de conseiller d'État, de personnage gouvernemental, une autorité dont aucun autre des partisans et des promoteurs de la science économique ne pouvait jouir; mais, pour préparer une négociation effective entre les deux peuples il ne suffisait pas qu'il y eut en France un conseiller d'État déterminé à tout risquer pour la faire réussir ; il fallait qu'il y eût en Angleterre un homme avec lequel ce conseiller d'État pût s'entendre. C'est alors que M. Michel Chevalier se lia plus intimement avec M. Cobden qu'il connaissait déjà pour l'avoir vu en 1847 à Paris, lors de son voyage en France. À la première proposition,- M. Cobden répondit : « Un traité ! Le parlement n'en voudra pas. » C'était le moment où, à l'occasion d'une pétition qui dénonçait au sénat comme inconstitutionnelle la suspension de l'échelle mobile, les membres du parti prohibitionniste faisaient contre MM. Rouher et Baroche une sortie d'une insigne violence. M. Cobden, quelque désireux qu'il fût de voir l'alliance se contracter, ne comptait donc guère sur le succès. M. Michel Chevalier, se tenant pour assuré que les dernières résistances n'avaient fait qu'affermir la volonté que le gouvernement français avait d'en finir avec une question dont la solution était si nécessaire, se rendit une seconde fois en Angleterre sous un prétexte quelconque,