INTRODUCTION. XV
souvenir des souffrances et surtout des plaintes causées par cette première négociation purement commerciale qui a jeté jusqu'à nos jours sur les traités de commerce un discrédit si fâcheux. Au fond des choses, il est probable que, même assez mal rédigé, il eût fini par n'être pas défavorable à nos intérêts ; mais, en tout cas, il y a une grande différence entre ce qu'était la France en 1786 et ce qu'elle est devenue depuis. L'Angleterre avait déjà une partie de ses machines montées et filait sa laine et son coton, tandis qu'à peine délivrés des liens de l'esclavage industriel, nous commencions seulement d'inventer toutes ces sciences que, depuis 1789, nous avons menées si loin.
L'Assemblée constituante ne se laissa pas écarter de son idéal ordinaire de justice et de liberté lorsqu'elle eut, au milieu même des réclamations les plus véhémentes, à régler les conditions d'exercice du commerce de la France régénérée. Nulle prohibition ne figure dans le tarif décrété par elle en 1791, et aucun des droits qui le composent ne dépasse le taux de 15 p. 100 de la valeur, mais on sait par quelles épreuves la révolution française devait passer avant d'avoir affirmé son droit par cent victoires. En 1793, la république déclare la guerre à tous les rois et déchire, comme les autres traités, cette convention de commerce qu'il ne s'agissait plus de critiquer au nom de quelques intérêts particuliers, mais que répudiait la noble haine de l'étranger qui était alors la première des vertus civiques. La République avait déjà vaincu qu'elle ne consentait pas à laisser s'adoucir sa colère Le Directoire continua l'œuvre de destruction que la Convention avait entreprise. Enfin, en 1801, lorsque la paix fut signée à Amiens et que les premières expositions de l'industrie eurent révélé les trésors que la nécessité avait fait trouver au génie industriel de la nation, on songea à renouer, en matière de commerce, des liens que la politique rattachait. L'Angleterre demandait le retour au traité de 1786, et le Premier Consul proposait de conclure une convention nouvelle. Pendant que les négociateurs discutaient, l'orage de la guerre éclata encore et cette fois ce fut pour jusqu'au dernier jour de l'Empire.
Mais à quelles incroyables extrémités Napoléon allait-il porter sa pensée! Dès qu'il a perdu l'espoir d'envahir le sol anglais,