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services et droits de justice, en s’en réservant l’autre moitié (19).
De même, quand des moines entreprennent le défrichement d'une terre, l'opération se fait souvent de compte à demi. Le seigneur laïque et les moines prennent chacun une part dans le terrage des champs, le cens des prés, le revenu de la justice (20).
Ces associations, qui se multiplient aux xrie et xure siècles, ont toutes la même cause. Pour opérer la fondation d’une sauveté, d’une hostise et plus encore d’une ville neuve de quelque importance, il faut disposer de multiples éléments. Or ils se trouvent rarement rassemblés dans les mêmes mains. L'association par pariage permet de les réunir.
Le seigneur qui veut créer un centre obtiendra ainsi les terrains nécessaires. Vers 1120, l’abbaye Saint-Père de Chartres conclut une association avec un seigneur local. Celui-ci lui concède toute la terre appelée Boscus Rufini avec liberté d'y établir des hôtes et d’en percevoir les revenus. Il se réserve la moitié dans le terrage, le cens des prés et les amendes. Chaque partie aura un sergent (2i, En sens inverse, le chapitre de Notre-Dame de Paris, cède en 1117 à un seigneur laïque, Baudoïn de Dourdan, la terre d’Arenville pour la mettre en culture. Tous les revenus seront également partagés (22). De même, en 1196, l’abbaye de Cluny concède au comte de Bologne la terre de Fossemes pour lui permettre d'y bâtir une ville neuve, etc. (23).
Il ne suffit pas d'obtenir les terrains nécessaires pour l’édification de la ville; il faut encore disposer des droits de justice en ce lieu. L'abbaye de Bonneval possédait la ‘terre de Rousson sur laquelle les vicomtes de Sens avaient usurpé
(19) Cartulaire de Congues, par Dessarpins, p. 70-71. — Fracu, II, p. 189.
(20) Ibid., I, p. 211, notes 1, et II, p. 153.
(21) Guérarp : Cartulaire de Saint-Père de Chartres, t. II, Paris, 1840, p. 841 s.
(22) Guf£rarD : Cartulaire de Notre-Dame de Paris, t. I, Paris, 1850, p. 375. — Sée : Les hôtes, p. 120, note 3. « Tali quidem tenore quod terram illam cultoribus et hospitibus vestiat, ita quod suam vel nostram partem discernere nesciat, sed omnium reddituum totius illius terre et hospitum nos unam obtineamus medietatem, ipse vero vel sui heredes
alteram ».
(23) Bruez, V, n° 4369, p. 725.
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depuis longtemps la justice. En 1174, l'archevêque de Sens racheta cette justice. Les deux parties mirent le tout en commun et purent opérer la fondation d’un nouveau village (24).
La création d’un nouveau centre, en attirant les hommes des seigneurs voisins, porte gravement atteinte aux intérêts de ces derniers. I1 peut être utile de prévenir leur opposition en se les associant. L'abbaye de Saint-Théodard possédait un bourg appelé Montauriol. En 1144, le comte de Toulouse concéda aux habitants un vaste terrain sur la rive droite du Tarn et y établit une ville. Cette fondation lésait gravement les intérêts de l’abbaye. Sur ses récriminations, appuyées par le pape, le comte accepta de l’associer à tous ses droits et revenus sur la nouvelle ville. Ce fut l’origine du pariage de Montauban (25).
Droits et intérêts des contractants sont parfois étroitement liés. Sans leur accord une fondation ne pourrait avoir lieu : par exemple, quand un bien est partagé entre divers seigneurs. -En 1203, Eléazar d'Aragon el Sicard de Puylaurens traitent pour la fondation du village actuel de Fontiès-Cabardès. L'un et l’autre mettent en commun tout ce qu'ils possèdent au lieu de Fontianus, en homimes, femmes, terres, vignes, bois, terrains cultivés ou non (26).
Ou bien l'union des seigneurs, avec mise en commun à la fois des biens et des ressources, permet d'entreprendre ja fondation sur une échelle beaucoup plus grande. En 1229, l’abbaye Saint-Vanne de Verdun fonde une ville neuve à G:ivry en Argonne. Elle s'associe le sire de Dampierre qui apporte divers biens, des bois en particulier. Les deux parties
(24) Prou, p. 306, n° XV (bibl). — Quanrin, IL, 256 (T). « Omnes redditus terrarum, ecclesiarum, hominum atque justiciarum, totius omnino terre profectus… equaliter atque fideliter per medium dividantur ».
(25) C.S. p. 37. — H. L., IV, p 424. — Gallia, XIIL, instr:, p. 184. « Ego Raymundus reddo tibi omnem medietatem totius Montis-Albani, silicet de omni dominio, de omnibus justitiis, de leydis, de aquis, et de omnibus que pertinent ad dominum Montis-Albani ».
Renouvellement de l’accord en 1231. — H. L., VIII, c, 1959.
De même, Thiébaut, comte de Bar, ayant fondé la Neuveville derrière Foug, le chapitre de Toul se plaint que ses hommes y sont retenus et obtient en récompense d'y être associé (Henri Lepacr, Les Communes de la Meurthe, I, Nancy, 1853, p. 543).
(26) Doat 153, {° 19. — Manu, IV, 429.
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contribueront également aux dépenses de construction des fours, moulins, étangs, etc. (27).
Ces considérations pourraient être multipliées (28). D’une façon générale, le pariage a pour but la conciliation et la réunion des droits et des intérêts en présence. Il s'établit une véritable société pour l'exploitation en commun (29).
Dans l’ensemble, une évolution très nette se dessine.
Au x siècle, le mouvement de fondation a un caractère religieux. Ce sont les abbayes qui fondent les sauvetés et opèrent le plus de défrichements. Les laïques ne font que peu de créations et, dans leurs fondations propres, cherchent à bénéficier du régime de la sauveté, en faisant participer un monastère à leur initiative (30). |
Aux xie et xine siècles, au contraire, le mouvement se laïcise et devient avant tout une œuvre économique (31).
Le plus grande partie des nouvelles fondations est due à des seigneurs laïques. Or, souvent ces seigneurs ne disposent pas des terrains nécessaires. Ils les trouvent parfois en s’associant à d'autres. En 1207, Gui de Dampierre, sire de Bourbon, achète de Frans de Moroille, son vassal, le mas de Montessaut, pour y faire une ville franche dont les produits seront partagés (32) En 1273, la dame de Bourbon reçoit de Pierre Bouteiller donation de la moitié de ses biens à Château-
(27) Texte dans Ed. pe BarrnéLeMy, II, 209 ss.
(28) Souvent interviennent des causes occasionnelles. En 1174, Pierre de Courtenay achète des terres près de Bussy. L’archevêque de Sens les réclame comme étant de son fief. Les parties s’accordent pour établir une ville neuve dont elles se partageront les fruits. (Quanri, Îl, 255). L'abbaye de Reïigny, propriétaire du territoire de Saint-Pierre, près de Joux, est en conflit avec le sire de Tanlay, au sujet de certains hommes appartenant à ce dernier. On convient finalement d’édifier une ville neuve. Un prévôt et un maire communs administreront au nom des deux parties (Quanrin, III, 740). ;
(29) GLasson, V, 147. — Lucnaire : Manuel, 449, — Sée, p. 120.
(30) Déczareuiz : Histoire du droit, p. 281.
(31) Girx, BEC, 1881, p. 458.
(32) P. 1369 1, n° 1671. — HurrzarD-BRÉHOLLES, p. 14, n° 53. — Vays- SIÈRE, p. 294.
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Jaloux pour y édifier une ville neuve (33 De même, le comte Thiébaut de Bar s'accorde avec Huart de Bauffremont pour réunir les éléments nécessaires à la fondation de Suriauville (1255) (34), En 1295, le duc de Lorraine Ferry IIT s'associe aux seigneurs alsaciens de Hattsdat pour la création de Gérardmer, etc. (35). La plupart des pariages conclus entre seigneurs laïques sont dus à une fondation quelconque.
Mais les grandes étendues de terres incultes où peuvent s'établir des centres nouveaux sont généralement la propriété des établissements ecclésiastiques. C’est donc à eux que les seigneurs laïques devront s'adresser. En 1267, Thibaud, désirant développer le lieu de Montcharvot s y associe le prieur de Varennes, dépendant du couvent de Molesmes. En échange, il obtient pour les habitants du lieu des droits de pâturage, véree et défrichement dans le territoire du prieuré (36).
Les abbayes consentent assez facilement à ces associations qui leur apportent des ressources nouvelles. En beaucoup de cas, l'effort de défrichement et de colonisation: qu’elles ont fourni s'est ralenti; il a été en quelque sorte dépassé par l'accumulation des biens que les donations leur ont amenés au cours des siècles. Plutôt que de n’en rien tirer du tout, elles préfèrent laisser défricher leurs terres par d’autres avec partage de profits.
Le monastère de Saint-Claude avait opéré un large travail de colonisation sur les hauteurs du Jura. Au milieu du xtre siècle, ce travail était arrêté et les Hautes-Joux restaient inhabitées. En 1266, l'abbé Guy, considérant que l’illustre homme Jean, comte de Bourgogne et sire de Salins, était le plus apte à les défricher, peupler et protéger, les lui inféoda sous condition du partage des cens, amendes, péages, etc. (37, Certaines clauses du traité étant assez dures, un nouvel accord beaucoup plus favorable au comte intervint en 1301. Il donna naissance au bourg de Rochejean et à la seigneurie de Châtel-
(33) Huizzarp-Brénozces, 1, n° 554.
(34) Documents inédits de l’histoire des Vosges, I, 171-172. nt H. Lxpace : Annales de la Société d'émulation des. Vosges, 1877,
P: (36) D’Ansois, Catalogue, n° 3450. J 195, n° 42. — Teurer, IV, n° 5327, p. 243.
(37) Benorr, II, p. 2. — Czerc…. I, p. 450.
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blanc (38). L’archevêque de Lyon confirma ce traité, déclarant que ces lieux étaient inutiles au monastère, et qu’il ny avait aucun espoir de les voir mettre en valeur, sinon au moyen de traités de ce genre (39).
Même dans le cas où l’abbaye veut entreprendre elle-même la fondation, l'association d’un seigneur laïque présente pour elle de nombreux avantages. Elle lui fournit en particulier la sécurité nécessaire. Les habitants afflueront plus nombreux s'ils savent trouver à la fois la protection spirituelle des moines et la protection matérielle du seigneur laïque, qui a une grande importance au xue siècle. Tandis que les pariages des seigneurs ecclésiastiques entre eux sont très rares, ceux avec les seigneurs laïques sont nombreux (40) Les abbayes de la région bourbonnaise, par exemple, contractent fréquemment avec les sires de Bourbon. L'abbé de Ménat, en 1204, s’associe Gui de Dampierre pour faire une ville franche en un endroit appelé le Mans (41). En 1206, le prieur de Souvigny l'appelle en, pariage pour la mise en valeur de la terre de Saint-Bonnet (42. L'abbé de Neuffons conclut avec Eudes de Bourgogne, gendre d'Archambaud VIII, un traité pour l’édification en commun d'une ville neuve sur leurs terres, etc. (43).
Dans la genèse de ces associations, un rôle de premier plan est tenu par les relations préexistantes entre ecclésiastiques et seigneurs laïques. La fondation de villes neuves fut souvent, nous l’avons vu, un moyen de mettre fin aux difficultés nées de l’avouerie. Abbayes et avoués terminaiïent leurs contestations en s’unissant pour des fondations qui apportaient aux deux parties un accroissement de revenus. On voit le même phénomène se produire dans le domaine de la garde. Ainsi, en réglant leurs droits respectifs sur la ville de Lézat, l'abbé et le comte de Foix s’accordent pour la fondation en commun d’un centre de population dans le territoire de Saint-Ybars.
(38) Benorr, II, 6. — Czerc, I, 485.
(39) Bexorr, IL, 24.
(40) Bonvazor : Charte, p. 213. — L. Courason : Les villes neuves en France du XI° au XIVe s., p. 4, dans Positions, 1865.
(41) P. 1378 ?, n° 2270. — Hunrarn-Brémozces, I, p. 12, n° 47. — VaAyssiÈRE, 294.
(42) Vayssière, 294 et 298 (T).
(43) P.1878?, n° 2255. — Huirarn-Brénozzes, I, n° 368. — VayssiÈRE, 296.
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Le même acte contient le pariage pour la garde de Lézat et le pariage pour la ville neuve de Saint-Ybars (45).
En dehors même de tout règlement de contestations, l’abbaye qui désirait fonder une ville neuve, s’adressait normalement au seigneur avec lequel elle était déjà en relations étroites et des droits de qui elle devait tenir compte. En Lorraine, un grand nombre de fondations de villes neuves s’opèrent à la suite d'associations entre les abbayes et leurs avoués. Ainsi en 1212, l'abbé de Saint-Vanne de Verdun s'associe Thibaut, comte de Bar, pour la ville neuve d’Auzécourt, où tout sera mis en commun (46) Le couvent de Saint-Mansuy de Toul fait de même en 1242 avec Hugues de Vaudémont pour Saulxerotte (47, En 1275, l'abbé de Saint-Benoît en Voivre accompagne le comte Thibaut de Bar dans l'étang de Vascourt et le ru du Grand-Morin pour y faire une nouvelle ville (48), etc.
Un certain nombre de fondations de villes neuves sont l’œuvre de petits seigneurs laïques ou ecclésiastiques associés entre eux. Les raisons que nous avons développées, suffisent à expliquer l'existence de ces accords. Il est probable que beaucoup de villages virent ainsi leur population s’accroître par la multiplication de traités de ce genre dont le texte a aujourd’hui disparu (49).
Mais dans un grand nombre de cas, on voit les petits seigneurs, pour opérer leurs créations, s'adresser au haut seigneur de la province et l'appeler en pariage. L'abbaye de Saint- Florentin de Bonneval s'associe Louis VII dans ses terres de Lorrez-le-Bocage pour y établir une ville neuve (50). En 1196,
(45) H. L., VIII, n° 344. Analyse dans Pasquier : Servage, paréages.…., p. 19 et ss.
(46) Ch. Guxor : Les villes neuves en Lorraine dans Mémoires de la Société d’archéologie lorraine, 3° série, t. XI, p. 111.
(47) Ibid. 111.
(48) Ibid., 112.
(49) VayssièrEe, p. 295.
(50) Lucxarme : Histoire, Ii, 189, note 2. — Etudes, n° 5170. — Prov, p. 305, n° VIII. — Ord. XI, 218.