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Mais souvent la relation réciproque de la franchise et du pariage est difficile à déterminer. Si le désir d’une concession de franchises peut engendrer une association, à son tour le pariage réalisé pour une raison quelconque amène la franchise. « Pour être praticable, l'exploitation arbitraire et de droit commun suppose l'unité de domination; elle cesse d’être facile quand il s’agit de coseigneuries. Pour prévenir les difficultés et les procès et pour y mettre fin, les copropriétaires affranchissent généralement l’objet du litige. Nombre de contestations ont élé ainsi réglées entre seigneurs paréagers » (86) C'est dans les seigneuries communes que se sont multipliées les chartes de privilèges et d’affranchissements (87).
On constate souvent la lisison du pariage et de la franchise mais sans pouvoir la préciser. Dans une petite charte en cinq articles, Philippe II fait connaître d'une part que les chanoines de Saint-Frambaud de Senlis l’ont associé à leur villa d'Angy et d'autre part qu'il a concédé aux habitants diverses coutumes (88). La liaison est évidente; mais quel est l’élément qui a précédé ou amené l’autre: le pariage ou la franchise?
Dans les pays du Nord, ce mouvement de fondations et d'affranchissements, si ample aux xrIe et xrme siècles, S'arrête presque complètement au début du xive siècle.
Dans les contrées du Midi, les créations de centres de popurlation avaient été nombreuses au xie siècle sous l'influence des grandes abbayes méridionales. Au début du xt siècle, le mouvement traverse une crise, imputable aux grands désordres créés par l’hérésie albigeoise et à la répression sanglante qui s’ensuivit. Mais, dès le calme revenu, les fondations se multiplièrent. La multitude des terres dévastées à remettre en valeur, lexistence d’une nombreuse population
maneriam et usum de Lorriz in supradicta villa teneantur et per manum domini regis hoc ipsum confirmetur. Volo etiam ut in predicta villa, in die jovis, mercatum habeatur ; deinde per tres dies nundine statuantur ».
(86) Lucmarre : Manuel, p. 384.
(87) Voir : Bonvaor, Charte, p. 283; — Histoire, p. 345.
(88) Lucnaire : Etudes, n° 793. — Prou, p. 317. — DecaBorpe, p. 232, n° 194. Ord. IV, 129.
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errante (89), toutes les conditions nécessaires étaient réunies. Jusqu'au milieu du xive siècle, les créations de centres nouveaux se succédèrent. Elles eurent parfois une ampleur relativement considérable, et donnèrent naissance à un grand nombre de petites villes actuelles dans tout le sud-ouest de la
France.
Ces fondations de villes neuves présentèrent un double caractère. #
En premier lieu, elles ne furent presque jamais l’œuvre d’une abbaye ou d’un petit seigneur isolé. Les causes que nous avons étudiées plus haut et qui amenaient les seigneurs locaux à rechercher le concours du haut seigneur pour les fondations à opérer sur leurs propres terres se retrouvaient ici avec une force accrue.
Les éléments de fait d’abord. Le Midi garda longtemps un état troublé. Pour que la ville pût remplir son rôle et attirer les habitants, il fallait qu'ils fussent assurés d’une protection efficace. On voit des abbayes commencer seules la fondation d'une bastide, puis s’associer un seigneur plus puissant. L'abbé de l’Escaledieu fonde Masseube; mais, comme elle se peuplait trop lentement, il en céda en 1274 le pariage à Bernard, comte d'Astarac (90).
Les raisons de droit jouent aussi leur rôle. Nous avons indiqué plus haut de quelle façon nous comprenions leur influence (liens de vassalité, concessions de franchises, etc..). On est allé plus loin et on a dit, à propos précisément des bastides, qu'au xime siècle le droit de fonder des villes aurait appartenu exclusivement aux hauts seigneurs, comtes ou roi; les petits seigneurs auraient toujours dû obtenir leur autorisation (91). Nous croyons erroné de formuler le principe d’une
(89) Ainsi en 1263, les religieux d’Eysses demandent au comte Alphonse la construction d’une bastide sur leurs terres « cum predictus locus sit capax multitudinis gentium, eo quia castrum de Porolio predictum omnino dissipatum est et destructum propter crimen heretice pravitatis, ita quod non est habitans in eodem sed circa castrum et extra vagantes gentes que predictum castrum solebant habitare commorantur. Paradisum habere crederent si in dicto loco batista seu villa fieret ». Teurer, IV, n° 4855, p. 66.
(90) Moxzezun, III, 22.
(91) C.S., p. 46. « Créer des villes n’était que du ressort d’abord des comtes exerçant la souveraineté sur de vastes étendues territoriales et plus tard des rois de France quand ils furent venus se superposer à ces princes provinciaux ». Voir : Bouraric, Saint Louis, p. 512.
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manière aussi absolue. Il y a des exemples d’abbayes opérant seules des fondations (ainsi Masseube, Montolieu, etc...)
Ce qui est exact, c’est que dans les régions du Midi le pouvoir haut seigneurial était resté particulièrement fort. En nombre d’endroits, il avait réussi à garder ou à s’attribuer la haute justice sur les terres des abbayes. Dès lors celles-ci ne pouvaient réaliser leurs entreprises sans obtenir des comtes communication de leurs droits. Ainsi vers 1280, l'abbé de Berdoues veut créer des bastides sur les territoires de Sparzaco et de Leziano qui appartiennent à l’abbaye; mais cest le comte d'Astarac qui y possède la justice. Les deux parties s'unissent par pariage; l'abbé apporte les terrains et le comte les droits de justice. Ce fut l’origine de Pavie et de Mirande (92).
Aussi les nombreuses bastides édifiées le furent, quelquesunes par les hauts seigneurs dans leurs terres propres, le plus grand nombre à la suite d’une association avec les abbayes ou les seigneurs inférieurs. Toutes les études faites aboutissent à la même constatation (93).
Dans le comté de Foix, par exemple, les fondations s’opèrent par association des comtes avec les établissements ecclésiastiques. Ils contractent en 1241 avec l’abbé de Lézat pour Saint- Ybars; en 1252 avec l’abbaye de Bolbonne pour Mazères (94), et le couvent de Combelongue pour Montesquieu de Sérou (95); de nouveau en 1255 avec Combelongue pour Campagne (96). Ils fondent en 1302 Nay avec le concours de l'hôpital de Gabas (97); en 1305 Avezac avec l’abbaye de l'Escaledieu (98); en 1314 Cazères avec le monastère de Saint-Jean de la Castelle (99), etc.
En second lieu, dans ces fondations, le caractère propre-
(92) C.S., p. 287 ss. — Monrezun, III, 23-25, et texte, VI, p. 209.
(93) C.S., p. 48. « Elles furent édifiées presque universellement à la suite d’un contrat d'association ». — F. Duponr : Essai sur les caractères des bastides de l’Astarac et du Pardiac, dans Positions, 1922, p. 55. « Toutes nos bastides sont fondées par deux ou plusieurs seigneurs qui entrent en pariage ».
(94) C. S., 366. — H. L., VIII, c, 1906-1911-1912. — Garann : Du Franc-Alleu, éd. 1637, p. 93.
(CLS, 1812.
ment économique est souvent masqué par la prédominance d’autres mobiles.
Sans doute, les abbayes, en créant des villes neuves, y trouvent des avantages économiques : mise en valeur des terres, perception de redevances, etc. Mais fréquemment elles poursuivent aussi un autre but: elles voient dans la fondation de bastides un moyen de purger le pays des brigands, d’assurer l’ordre et la sécurité sur leurs domaines (100) Le nom même est significatif; la bastide est une ville fortifiée; elle joue un rôle de police et de défense.
Les hauts seigneurs surtout élèvent des bastides dans un but politique et militaire. Ils les établissent sur leurs frontières comme un rempart. Ainsi, quand le comte, d'Armagnac s'associe en 1322 avec l’abbaye de la Case-Dieu pour ériger la bastide de Plaisance, sur les frontières du Pardiac, il cherche avant tout à lutter de cette manière contre l'influence française (101).
Ce caractère est très net dans les fondations opérées par les rois d'Angleterre en Guyenne. Quelques-unes ont lieu avec des abbayes : en 1268 avec l’abbaye de Pimbo pour le village de ce nom (102); en 1293 avec l’abbé de Clairac pour Nicole (103. La plupart se font, peut-être à raison du but poursuivi, par alliance avec des seigneurs locaux. Les rois d'Angleterre entrent en pariage en 1284 avec Jourdain de l'Isle, pour la bastide de Montgaillard (104); en 1289, avec Guill:ume de Malvin, vicomte de Juillac, pour la ville de ce nom (105). Ils construisent en 1518, Geaune avec Pierre de Castelnau (106); en 1319, Monguilhem avec le seigneur de Toujouse (107), etc.
Nous verrons plus loin ces fondations de bastides devenir entre les mains de la monarchie capétienne, un des meilleurs moyens de gouvernement dans son œuvre d’assimilation du Languedoc.
(100) S’associant en 1290 le roi d'Angleterre, à cause de l'insécurité du voisinage, l’évêque d’Aire prévoit en particulier l’édification de bastides : a a bastidas ad communes expensas contingat fieri ». Moncezun, VI,
(101) Monrezun, VI, p. 238 (T).
(102) C.S., 224. — Monrezun, VI, 294 (T).
re Aujourd’hui Viane. C.S., p. 234. — Monrezur, III, 29.
(105) Moxrezun, III, 30.
(107) Ibid, 268.