‹ Les Traités de Pariage dans la France FéodaleChapitre 25 sur 58 · EX, QE · texte numérisé non relu

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Dans beaucoup de cas, la royauté, en offrant aux petits seigneurs l’appui de sa puissance ct les bienfaits de son administration, a pu obtenir d'eux une association dans leurs domaines. Ces associations lui ont permis en particulier l'édification de nombreuses villes neuves qui ont constitué des points d'appui de premier ordre. D’autre part, des actes de ce genre sont fréquemment intervenus pour mettre fin à des litiges, à des conflits de juridiction, plus ou moins voulus, parfois soulevés consciemment. Des transactions, qui les ont terminés, la royauté a toujours retiré un accroissement d'influence:

Cette politique, diverse d’aspects et féconde en résultats, on l’a surtout remarquée à propos de Philippe IV. C’est ce que fait, par exemple, l'Histoire du Languedoc : « Philippe IV dans la vue d'étendre son autorité et sa juridiction immédiate dans la province, conclut divers traités de pariage avec plusieurs seigneurs ecclésiastiques de la province » (41). En réalité c'était là une habitude ancienne (42). Alphonse de Poitiers, et plus encore Philippe III employèrent fréquemment le procédé du pariage (43).

Et, même après Philippe IV, il joua encore un rôle notable (44).

Les acquisitions de parts indivises La recherche de la protection et de l'administration royales.

S'introduire dans les seigneuries méridionales était parfois relativement facile. Par suite de l’absence du droit d’aînesse et du régime de lindivision, beaucoup étaient divisées en

(41) H. L., IX, p. 312.

(42) H. L., IX, p. 313, note 1, par M. Mounier. En beaucoup de cas, aux XIe et XIIe siècles, les seigneurs méridionaux passèrent des actes d'association et de pariage. Nous avons eu l’occasion d’en citer un certain nombre.

(43) Lonenon : Unité, p. 157. « Peut-être aucun roi de France ne conclut-il autant de pariages que Philippe III ».

(44) Pour Philippe III, voir Lancrois, p. 168-180-282-283. ;

Pour Philippe IV, Bouraric (Le règne de Philippe IV, Paris, 1861) en a donné p. 9, note 3, une liste très incomplète.

Pour Philippe V, voir Lenuceur, p. 316-317-334. :

Pour Philippe VL article de M. Viarp, « La France sous Philippe VI », p. 353-356.

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un grand nombre de parts. Acheter une de ces parts, c'était pour la royauté y acquérir rapidement la prépondérance. C'avait été la politique des comtes de Toulouse, des grands seigneurs épiscopaux, etc. La monarchie continua. ;

« Les seigneuries du Languedoc, remarque avec raison M. Dognon (45), étaient très vulnérables. Elles ont offert à la royauté autant de points d'attaque qu’elles comprenaient de parts. Le roi prend place dans un pariage par achat d’une moitié, d’un huitième, d'un douzième. »

Un bon exemple de cette politique se trouve dans l’acquisition faite par Philippe IV en 1305 de la moitié de la puissante vicomté de Lautrec.

« Le roi Philippe IV (46) s'étant fait un système d’entrer en pariage de la plupart des domaines possédés par les seigneurs ecclésiastiques et séculiers de son royaume afin de modérer leur autorité et d'étendre la sienne de plus en plus, résolut d’unir cette moitié de la vicomté de Lautrec à son domaine (47). »

Un contrat d'échange fut conclu le 25 janvier 1306. Le vicomte Bertrand céda au roi sa moitié indivise du château de Lautrec «et des trente-deux châteaux ou villages qui en dépendaient ainsi que quelques autres droits. Il reçut en échange le château de Caraman et son territoire érigé en baronnie (48).

Toutes les seigneuries n'offraient pas autant de facilités, en particulier celles qui appartenaient à des seigneurs ecclésiastiques. Mais les conditions d'existence de ces puissances locales étaient souvent assez difficiles.

Le Languedoc semble être resté, longtemps encore après, la guerre des Albigeois, dans un état d'insécurité assez grand.

Les traités de pariage mentionnent couramment les ravages des malfaiteurs, des faîdits, la difficulté d'assurer l’ordre et de protéger les habitants (49, Les petits seigneurs étaient

(45) Docxow, p. 28.

(46) H. L., IX, p. 290.

(47) Celle de BerTranD DE Laurrec. Voir H. L., X, p. 17-18, la généalogie des Lautrec.

(48) J. 331, Lautrec, n° 2.

(49) Ainsi l’archevêque d’Auch propose au roi un pariage pour le lieu de Sos, afin que le roi « melius custodiret terram suam de malefactoribus et si fieret pariagium terra esset melius in pace et malefactores melius punirentur ». C. S., p. 106.

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disposés à abandonner une partie de leurs biens au pouvoir qui leur garantirait la sécurité.

Les communautés ecclésiastiques avaient particulièrement besoin de protection pour résister aux attaques des seigneurs laïques. L'abbé de Thiers, en Auvergne, avait ainsi tellement à se plaindre des seigneurs de ce lieu qu’en 1251 il abandonna la moitié des biens de son abbaye à Alphonse de Poitiers à titre de pariage afin de trouver près de lui une protection efficace (50).

À Saint-Yrieix, l'autorité du chapitre était combattue par les vicomtes de Limoges. En 1307, considérant l'accroissement de force que lui apportait l'association du roi, le chapitre appela en pariage Philippe IV (51).

Souvent c'est avec les pouvoirs comtaux que les seigneurs ecclésiastiques étaient aux prises. Le comte d'Astarac en particulier contestait aux maisons religieuses, à l'intérieur de son comté, le droit de haute justice (52). Cette prétention donna lieu à de nombreuses luttes. L'abbé de Simorre, jugeant le conflit inégal, et ne pouvant se défendre seul, offrit à Philippe IV de l’associer et lui abandonna la moitié de la justice dans Simorre, Sainte-Dode et ses autres possessions de l’Astarac (53).

L'élan ainsi donné fut suivi par beaucoup de monastères. En 1297, l'abbé de Saint-Sever de Rustan appela Philippe IV en pariage dans Seméac et dans le village qui s'était formé autour du monastère (54).

Ailleurs ce n'était plus avec les seigneurs laïques mais avec

(50) Bouraric : Saint-Louis, p. 483. — Rivière, I, p. 243. — J. 311, n° 67. — P, 1381, c, 3327. — Huircarp-BréHoLzes, p. 65, n° 316. « Pro bono pacis et observancie regularis que fere penitus deperibat propter vexationes, rapinas, incendia, homicidia et alias maletractationes quas diutissime paci sumus tam a domino Tyernensi quam ab aliüs pravis hominibus ».

(51) J. 398, n° 28. Ord. VI, p. 237 s. « Considerans utilitatem Ecclesie predicte si Dominus Rex associetur, cum propter potentiam manus Regjie, porcio dimidiae jurisdictionis infrascripte plus utilitatis afferet Ecclesie predicte quam si dicta Ecclesia in solidum possideret », p. 238. Sur ce pariage voir À. Leroux, Chronologie de l’histoire de Saint-Yriex-la-Roche. Bulletin Société Arch. du Limousin, XL, 1893, p. 633.

(53) Moxzezux III, p. 79.

(54) Moncezun, III, p. 19. — C. S., p. 100. « Offerimus domino nostro regi Francie racione pariagii et securitatis ut nostri subditi valeant quiete vivere et in pace, medietatem omnium jurium ».

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leurs propres sujets que les communautés ecclésiastiques étaient en luttes. Le couvent de Sarlat soutint ainsi une longue lutte contre le consulat. A la fin du xmmre siècle, elle prit un caractère violent. Un essai de transaction en 1286 ne dura pas (55); et en 1290, le couvent se résigna à un partage de son autorité avec le roi (56), A Figeac, la situation du monastère était si difficile en face des bourgeois qu’en 1301, les religieux abandonnèrent à Philippe IV tous leurs droits sur la ville (57).

En dehors même de tout danger pressant, la protection royale, concrétisée par l'octroi de sauvegarde, était une garantie précieuse de sécurité. L’abbé et le couvent du monastère de Saint-Jean de Sorrèze associant Philippe IV en 1290 à la moitié de la justice et du domaine de leur ville, rappelaient que la sauvegarde royale avait toujours figuré parmi les traditions et les privilèges de leur maison (58). C’est ce que pensent les religieux de Vabres. Ayant associé en 1285 Philippe III à leur prieuré de Vernes (59), ils renouvellent en mai 1318 et étendent cette association, persuadés qu'accroître les droits du roi est la meilleure façon de défendre les leurs (60).

Ce n’était pas d’ailleurs seulement le désir de protection et de sécurité qui amenait les petits seigneurs à la royauté. Les pariages royaux apportaient beaucoup d’autres avantages et en premier lieu la participation aux bienfaits de l’administration royale. Quand des seigneuries laïques sont divisées en plusieurs parts, on voit fréquemment les coseigneurs attribuer

(55) Mausourcuer : Le Périgord Méridional, Cahors, 1926, p. 230.

(56) J. J. 28, n° 67. — D’après J. 397, n° 12. « Propter oppressiones multimodas et injurias infinitas quas dilecti et fideles nostri B. abbas Sarlatensis totusque conventus ejusdem loci et gens sua paciebantur de die in diem a burgensibus Sarlatensibus quos in multis et multipliciter delinquentes non possunt justiciare. quod non nisi per nos et cum nostro adjutorio puniri possint ut deceret, nobis humiliter supplicarunt.. Post multos contractus cum gente nostra habitos pariagium cum eisdem religiosis fecimus ». Voir pièce just. n° IV.

(57) Gallia, XII, instr. n° 44. « Propter malitiam et sevitiam populi Figiacensis oportuit nos exire a villa. Multum timetur de destructione ville pariter et monasterii ».

(58) Beucxor, III, p. 142. — J. 397, n° 15. « Utilitate prefati monasterii pensata et recognoscentes monasterium et villam de Sordua ab antiquo sanctissime memorie Karolo Magno fundata in gardia Regum Francie qui pro tempore fuerint semper fuisse ».

(59) Gallia, I, ce, 218 B.

(60) Ord. XII, p. 439 et s. « Volens in praemissis jus Domini nostri Regis augmentari ut melius.… jura sui prioratus predicti defenderentur ».

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