LES TRAITES DE PARIAGE ET L'ORGANISATION DE LA PROTECTION
Le besoin de protection a été le besoin essentiel de la société médiévale. Les établissements ecclésiastiques, notamment, ont constamment recherché une organisation qui leur assurât la sécurité sans être trop onéreuse. Dans cette recherche d'une protection juste, les traités de pariage ont joué un rôle important. Ils ont parfois servi à porter remède aux excès de la garde et de l’avouerie. Ils ont également constitué un mode nouveau de protection auquel les gens d'église ont eu fréquemment recours.
SECTION ÎI
Le pariage réaction contre la garde et l'avouerie.
Deux institutions au xie siècle assurent la protection des abbayes : ce sont la garde et l’avouerie.
La garde est un pouvoir de protection générale qui appartient au haut-seigneur ou au baron, sur les églises de leur ressort territorial, au fondateur sur les établissements qui lui doivent leur existence. Le gardien a la charge de leur assurer la sécurité. Il exerce sur eux à la fois un droit et un devoir publics (1). î
L'avouerie a un autre caractère. L’avoué est primitivement, à l’époque carolingienne, le représentant du souverain près
(1) Sur la garde, voir la thèse de Noël Dinrer : La garde des établissements ecclésiastiques au XIIIe s., Grenoble, 1927.
des églises immunistes. Avec l’avènement de la féodalité, il subsiste comme protecteur. Sa tâche est d'assurer la sécurité journalière de l’abbaye, et de remplir certaines fonctions que les gens d'église ne peuvent commodément exercer. Cest en somme un officier du monastère, mais qui peu à peu devient indépendant (2).
Garde et avouerie donnaient à leurs titulaires des droits importants. Le seigneur gardien a des droits de juridiction et de ressort sur l’église protégée; il bénéficie souvent de redevances importantes. L’avoué reçoit en récompense de ses services des concessions de terres qui, à l’époque féodale, constituent des fiefs tenus du monastère. Il perçoit généralement une partie des amendes prononcées. D’autres droits peuvent s'y joindre : tel le droit de gîte.
Ces droits, variables suivant les circonstances locales, étaient devenus parfois si importants qu'au cours des siècles, s'étaient constituées ‘entre protecteurs et protégés, de véritables associations. Le comte de Champagne, avoué du chapitre de Saint- Martin de Tours à Chablis, y partageait avec lui les amendes; chacun jouissait d’un banvin de trois semaines; les: fossés, les murs du château et la forteresse étaient communs; les sujets de l’abbaye devaient le serment de fidélité au comte (3). Les ducs de Lorraine, gardiens de l’abbaye de Remiremont jouissaient dans les trois prévôtés d’Arches, Bruyères et Dompaire, d'un véritable droit de société que les abbesses faisaient remonter jusqu'au fondateur, prétendant que Romaric avait cédé à l'empereur la moitié de ses biens pour protéger l’autre moitié qu'il donnait à l’abbaye. Le traité de l’'Echappenoise, en 1295, ne fit donc que régler une vieille situation indivise (4).
Aux x et xrnIe siècles on voit fréquemment intervenir entre les abbayes et leurs avoués des contrats d'association qui ont pour but de mettre en commun certains biens. Les abbayes
.(2) Sur l’avouerie, voir F. Sex : L'institution des avoueries ecclésiattiques, et Dioier, p. 25 ss.; — Bonvaror : Charte, p. 46. (3) Brussez, Il, p. 769-776, et Quanris, III, p. 183 : « Cum homines et res nostre de Chableia in protectione et custodia comitis Campanie sint, dicti homines tenentur jurare et servare vitam, membra et honorem comitis vel comitisse Campanie, cum ab eis fuerint requisiti ». (4) Guxor : Répertoire universel de jurisprudence, Paris, 1784 t. XII, p. 564 s.; — Bonvaror : Histoire, p. 344. — Surtout DuxamMEL ! Relations des ducs de Lorraine avec l’abbaye de Remiremont Epinal 1866, p. 25 s. è