‹ Les Traités de Pariage dans la France FéodaleChapitre 7 sur 58 · RL PR · texte numérisé non relu

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échange, le comte renonça formellement à tous les droils qu’il pouvait prétendre sur l’abbaye, sauf le patronat (10).

Les comtes de Périgord, gardiens du chapitre de Périgueux, ont été très longtemps en litige avec lui au sujet de la juridiction de Puy-Saint-Front et de divers autres villages au sudest de Périgueux. En 1246, la royauté intervint à la demande du chapitre. Le comte dut abandonner toutes prétentions sur la justice. Il eut simplement, comme défenseur, l’exécution des peines corporelles, ce qui lui donna droit à certaines redevances (11). En récompense, Louis IX fut associé par le chapitre (12). Mais les difficultés reprirent de plus belle. Elles ne se terminèrent qu'en 1317 par un pariagetransaction (13).

Ou bien ces conventions interviennent non pour régler des situations litigieuses, mais pour supprimer des prérogatives particulièrement onéreuses qu'on remplace par des droits d’indivision. Ainsi, Louis VII jouissait de certains droits, notamment du droit de gîte sur la localité de Sceaux en Gâtinais appartenant à l’abbaye de Saint-Maur. En 1153-1154, il fut prié par les moines d'y renoncer et reçut en échange la moitié des revenus, justices, etc... sous certaines réserves (14).

On voit parfois, d’ailleurs, les abbayes hésiter entre les deux solutions : s’en tenir au droit de garde héréditaire qui

(10) H. L., VIIL c., 1074 : « asserentes in veritate quod omnia acta sunt in utilitatem predicti monasterii » et c 1070 « preter que vobis superius conceduntur, exactionem vel adempramentum facere, vel servicium aliquod extorquere minime attemptabitis. Insuper omnem alberguam et dominationem et usum et denique omne jus. vobis competentia seu per instrumentum aliquod vobis concessa.. absolvatis, dere- PR ES et quittatis in p" Domino omnipotenti Deo et beatis apostolis ».

(11) Collection Périgord, BN, t. XLIX, fo 42.

(12) Teurer, Il, n° 3461, p. 601 : « ut melius possitis pacem, in nostro däiocoesi conservare, medietatem justicie temporalis quam habemus in villa Podii Sancti Frontonis Petrargoricensis.. vobis duximus perpetuo concedendam ».

(13) Périgord, 217, fo 383. — KR. Avezou : Les comtes de Périgord. Positions 1924, p. 14.

(14) Lucnaime : Etudes, n° 310 (T) : « Adiit nos abbas Fossatensis Theobaldus et monachi et augmentum villae desiderantes, humiliter rogaverunt ut hebergagium perdonaremus in p'" et ïipsi nos collegerunt in medietatem reddituum et justicie ejusdem ville per omnia ».

De même Thibaud, en 1233, renonce à faire travailler à sa forteresse de Méry, les hommes de l’abbaye de Montier-la-Celle dont il est le gardien ; en échange, l’abbé l’associe à tous ses droits sur Les hommes et les femmes de Droup-Sainte-Marie. (D’Argois, n° 236; — LaLone : Cartulaire de Montier-la-Celle, p. 24.)

pèse sur elles ou lui substituer un nouveau régime. Les comtes de Champagne avaient la garde de l’abbaye de Montier-en- Der et les villages du monastère lui devaient de ce fait trois cents livres de rente annuelle et le service de guerre. En juin 1230, l'abbaye jugea préférable de contracter un traité de pariage (15). Mais son exécution donna lieu à des difficultés. En mars 1241, Thibaut accepta d'y renoncer. L'abbaye lui paya 5.000 livres provinois et il reprit la garde du monastère, avec les droits de gîte, ost et chevauchée (16).

Plus encore que les gardiens, les avoués avaient fréquemment réussi à obtenir des abbayes des attributions propres de juridiction ou d’autres droits. Les seigneuries conjointes qui s'étaient ainsi établies avec des séparations mal déterminées ne pouvaient manquer de donner lieu à des contestations (17).

Aussi les traités de pariage entre abbayes et avoués interviennent souvent après une longue période de conflits. En 1264, l’abbaye de Saint-Mansuy de Toul et Jean de Joinville passent un contrat d'association; ils conviennent de mettre en commun tout ce qu'ils possèdent à Germay et dans les environs (18). Ce contrat à pour but de régler des différends anciens, en 1161 déjà nous voyons les parties transiger à leur sujet (19) De même les comtes de Bar sont pendant longtemps en litige avec le chapitre de Verdun au sujet de leur droit d'avouerie dans la prévôté d'Harville, dite ban de Pareid. En 1254, Thibaud Il accepte de renoncer à son droit d’avouerie; mais à contre-cœur, semble-t-il, car les comtes recom-

(15) D’Anrgois, cat. n° 2042.

(16) D’Arzois, n°5 2594, 2595 et 2743. — Bnrussez, I, p. 564.

(17) Boxvaror : Charte, p. 282. — Les abbayes font « paigniage et communion (avec les seigneurs) pour eschiver débats et nourrir paix entre eux et leurs gens ».

(18) D’Ansors, V, n° 3358. Charte dens B. E. C. 1884, p. 655 ss. : « Je et l’abbé et li covens devant dit nous sommes accompaignié à partir chascun par moitié en quant que nous avons en dites villes, et quant que nos i porrons avoir par accroissances ».

(19) Picarr : Histoire de Toul, p. 199.

mencèrent à élever de nouvelles réclamations. Finalement, l’abbaye accepta en 1315 de se les associer (19 bis).

Le pariage met parfois fin à des situations très complexes.

L'évêque de Verdun, seigneur temporel de Saint-Paul de Verdun, avait acquis l’avouerie du village de Rupt en Voëvre, appartenant au monastère. Sur ce point, il en était donc à la fois suzerain et vassal. On pallia ces difficultés en 1247 en faisant du lieu une seigneurie commune (20).

Les traités de pariage ainsi conclus sont donc des actes de pacification non moins que de société. Ils s’accompagnent souvent d'une vigoureuse tentative des abbayes, pour se débarras-

ser des droits exorbitants que les avoués prétendent exercer sur elles.

L’abbayc de Saint-Rémi de Reims engage au début du xrr° siècle une lutte énergique contre les exactions de son avoué, le comte de Rethel (21) Les traités de pariage qu’elle conclut avec lui, en 1193 pour la villa de Ruricourt (22), un peu plus tard pour la villa de Petrosa (23), se rattachent à cet effort. Dans les deux cas, le comte doit, en échange de l'association qui lui est concédée, renoncer aux exactions, aux droits de gite immodérés.

Le même comte, vers 1200, conclut avec l’abbaye de Saint- Hubert en Ardenne un accord pour le village de Chaveuges, à la suite de semblables contestations. Les parties mettent en commun tous leurs droits respectifs, y compris ceux que le comte exerce à titre d’avoué (2#).

(19 bis) Carmer : Histoire de Lorraine, II, c, 502. — Cour, 1, p. 217. Note 2, extraits : « pour oster tous descords, warder paix et plus grand profit avoir, accordent que compagnie est faite de tout ce que les dits cuens, prieur et doyen avoient et povoient avoir ».

(20) Crouer, I, p. 440, note 2, extraits : « Nos avons ottroié au devant di esleu la moitié de quanques nos avions en ladite neuve ville et en tot le finaige ».

(21) Vamin, I, p. 269-281.

(22) Brussez, I, p. 800. — Varin, I, p. 423 : « Cum quaestio moveretur inter ecclesiam Sancti Remigii et comitem regitestensem super villa de Raïricurte quae B. Remigii erat, tandem sopita est in hunc modum ».

(23) Sarce et Lacaizze, I, p. 42 (T).

(24) Sarce et Lacarzce, I, p. 41 : « In omnibus que de jure nostro procedebant et de omnibus que predicto comiti de jure cedebant advocationis tam nos quam ipse commune in p'"" obtinebimus participium ».

Souvent les abbayes en mettant certains lieux dans l’indivision, leur donnent en même temps des franchises. Ou bien l'accord des contractants se scelle par la décision d'y entreprendre l’édification commune d'une ville neuve (25).

C’est ainsi que Saint-Rémi de Reims, résout en 1182, ses différends avec Rainaldus de Roseto pour la villa de Fraillicourt (26 Elle lui concède la moitié de la justice et du terrage. Les deux parties y édifieront une ville neuve qui sera libre de toute taille ou exaction de l’avoué. En 1211, elle passe un semblable accord avec Hugues de Rethel pour Basancourt (27).

Fréquemment, le règlement des droits d'avouerie se fait d'une manière particulière. Les abbayes associent leurs avoués à la propriété de certaines terres, souvent avec clause d’édification de ville neuve. En échange, les avoués renoncent à leurs droits sur toutes les possessions de l’abbaye (28).

Ainsi en 1205-1206, Hugues de Rethel, sur l’arbitrage de labbé de Sainte Colombe de Sens, s'accorde avec le prieuré de Novy pour tous les biens de ce prieuré. Il renonce à tous ses gîtes, procurations, etc... (29; La compensation consistait dans la création d’une ville neuve. Ce fut en 1208, la fondation de Sauville (30) Le comte avait la moitié des revenus de la nouvelle ville sauf dans les biens déjà précédemment cultivés.

L'abbé de la Grande-Sauve, dont dépendait le prieuré de Novy, approuva. Mais le comte dut trouver qu’il avait été lésé dans ce règlement et élever des prétentions nouvelles, car, un peu plus tard, l'administrateur de la Grande-Sauve lui concéda la fondation d’un nouveau centre dans les bois que le prieuré s'était précédemment réservés (31).

Les traités de pariage entre abbayes et avoués nous semblent

(25) Bonvazor : Charte, p. 288.

(26) Var, I, p. 387-390.

(27) Sarcr et Lacaizze, I, p. 57. Voir, ibid., p. 71, semblabl enti en Hugues et l’abbé de Maire pour 0 teste d’une ville to à

aire.

(28) Voir Bonvazor, Charte, p. 149.

(29) Saice et Lacanze, I, p. 45 : « Nos, dominii seu advocationis occasione a predicta ecclesia, seu villis, preter ea que in presenti carta continentur.… nichil poterimus requirere ».

(30) Charte, dans ibid., p. 54. — Varin, I, p, 474 et Senn, p. 243 pièce 29. ; | RES

(31) Saice et Lacane, I, p. 108 et ss.

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