LA HAUTE ANTIQUITÉ
Pressé par une nécessité de plus en plus grande, l'Etat antique aspirait à la domination de groupes voisins. La base de cette nécessité était le désir de subsister, et non comme on pourrait le croire, l’idée consciente de former un empire universel. Les vaincus seront réduits à l’esclavage, tandis que le peuple vainqueur formera une caste supérieure qui aura pour mission d'élargir le domaine de l'Etat, de le défendre, de réprimer les révoltes des vaincus. La souveraineté de l'Etat antique était conçue de la façon la plus absolue. Pourtant il y avait d’autres influences qui agissaient avec force contre cette autorité. C’étaient la religion et la morale,
Un groupe vaincu sans avoir d'indépendance politique, transféré par l’Etat vainqueur d’un territoire sur un autre pour lui enlever toute tentative de résistance, n’était jamais attaqué dans la façon dont il professait son culte. L'Etat vainqueur était plein d’égards pour les dieux des vaineus, dans la crainte de se trouver exposé à leur colère céleste. Souvent les dieux du vainqueur et du vaincu appartenaient à la même famille et peut-être les mêmes rites étaient pratiqués pour célébrer les fêtes communes.
Aires
On peut dire que, a: code le libre exercice du culte au groupe vaincu, c'était lui octroyer une certaine autonomie locale, étant donné que de nombreuses manifestations de la vie publique et privée se groupaient autour de LE pratique du culte. ‘
En ce qui concerne l'individu, il a ses dieux, dieux de la tribu, différents de ceux du groupe voisin. L’idée d’un Dieu unique, seul vrai, également Seigneur de tous les peuples, n'étant pas encore manifestée, on considère la religion comme une sorte de statut national, les divinités locales régnant chacune dans son domaine. Dans le cas où lindividu vit isolé dans un autre groupe, la religion ly suit. Nul ne se fait le persécuteur du dieu parce que personne ne songe à contester la puissance du dieux du groupe voisin. De là vient cette sorte de tolérance universelle que montre le polythéisme. Les dieux du vaincu ne sont pas détruits, les vainqueurs vont dans leurs temples se faire consacrer en triomphe. Cyrus sacrifie à Babylone; Darius et Cambyse en Egypte, et Xerès au sanctuaire de Délos; Alexandre se fait appeler « fils d’Ammon » (1).
Le seul peuple qui fasse exception dans lantiquité c’est le peuple d'Israël. Son nationalisme a toujours été purement religieux.
« Ce qui caractérise le judaïsme, c’est qu’il présente ce phénomène, unique dans les annales du monde, dune alliance indissoluble, d’un mélange intime, d’une combinaison étroite du principe religieux et du principe national.
> Tandis que la religion égyptienne, la religion grecque ou la religion romaine, avec leurs formes caractéristiques, leurs cérémonies et leurs rites, étaient les religions nationales et traditionnelles de ces peuples, Le judaïsme est moins la religion du peuple hébreu que le peuple hébreu rest le serviteur, lesclave d’une religion qui le domine, l’asservit et écrase. Nous ne sommes plus en présence
(1) V. Jean de Ridder : La Liberté de Conscience en Droit international, dans R. D. I., 2° série, t. VII, p. 288.
10 ; d’une religion nationale, mais d’une nationalité religieuse » (1). a a $
< Tu adoreras le Seigneur ton Dieu; tu n’adoreras point d'autre dieu devant Ma face et tu n’en auras point d’autre. » Jéhovah est le seul Dieu, le vrai et unique Dieu.
< Contrairement à ce qu'on a trop souvent tendance à croire, ce que les Juifs ont introduit dans le monde, ce n’est pas une Conception internationale et universelle ou une conception métaphysique du monothéisme, qui dé-
Coulait normalement de l'état Politique du temps et des
spéculations de la philosophie grecque, mais la conception du monothéisme exclusif de Jahvé, Dieu jaloux et tyrannique » (2).
C’est ce Mmonothéisme exclusif, la conception d’un Dieu national unique, qui a cristallisé et maintenu le sentiment national des Juifs. Leur exclusivisme apparaissait comme une monstruosité aux esprits si compréhensifs, si tolérants des Anciens. Les excès de ce fanatisme religieux ont poussé les Romains à les Poursuivre avec rigueur. Ils seront persécutés en raison de leur attitude envers l'Etat, c’est-à-dire que ce sera une persécution purement politique, car le crime de lèse-divinité, puni si terriblement plus tard, n’existe pas encore. « C’est aux dieux qu’il ap- Partient de venger leurs injures », dit Tibère : Deorum injurioe, dits curæ (3).
(1) V. Georges Batault : Le problème Juif, p. 65-66. (2) Ibid., p. 64.
(3) Cité par de Ridder.