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CHAPITRE II LA GRÈCE

La Cité grecque avait un caractère foncièrement religieux : chaque cité comme chaque tribu possède ses dieux propres. Les principaux dieux sont adorés dans tout le monde hellénique; car ces dieux ne se différenciaient que par de simples dénominations. Zeus « panhellénique > est le dieu suprême de trois grands rameaux issus de la souche hellénique, Doriens, loniens, Eoliens (1). Le sentiment national des Grecs éveillé par la communauté d’origine, de langue, de religion les conduit à la formation de fédérations helléniques, d’amphictyonies, reposant sur des rapports de voisinage et des traditions religieuses communes. Des relations régulières n’existaient qu'entre Etats helléniques. Ayant une haute opinion de leur race et avec ul sentiment extrêmement vif d’une culture supérieure, les Grecs considéraient tous les autres peuples comme des barbares, comme des ennemis naturels de la Grèce, et les vaincre faisait partie des devoirs politiques. Platon, et avec lui tous les Grecs, exprimait une grande fierté en revendiquant pour eux l'intelligence et le goût du savoir.

Cette absence d'égalité avec les barbares existait aussi dans les relations plus étroites entre les tribus grecques, manifestée par un sentiment de supériorité locale. Athènes se faisait une haute opinion de la justice de ses lois, de l’abnégation de ses citoyens. Sparte s’enorgueillissait de la rude éducation imposée à ses jeunes gens et à ses Jeunes filles. Le patriotisme de la cité était devenu si grand que très souvent il l’emporta sur le nationalisme panbhellénique, qui d’ailleurs affirma son énergie devant l'invasion

‘() Th. Ruyssen : Ouvrage cité, p. 182.

en

__ des Mèdes et des Perses. En temps de guerre, les Grecs aussi bien que les non Grecs, subissaient la même cruauté de la part du vainqueur. L'exemple le plus éclatant nous en est fourni par le massacre de trois mille prisonniers

athéniens ordonné par Lysandre, après la bataille d’Aego-

__ Potamos (404) (1). ne

Mais le monde grec apparaît supérieur aux empires de la haute antiquité par la situation de fait qu’il faisait aux étrangers. Périclès vantait la bienveillance avec laquelle les Athéniens accueillaient les éléments étrangers.

Le droit d'asile, c’est-à-dire l'hospitalité publique, était dans les traditions et d’une grande importance chez les Grecs. L'origine s’en trouve dans l’hospitum privatum, qui considérait l'étranger comme un suppliant protégé par les dieux et qu’on traitait comme un hôte dont la violation constituait un crime (2). Les métèques, étrangers résidant à Athènes sans avoir été naturalisés, étaient placés sous le patronage d’un prostate, choisi librement par eux. Nous y trouvons aussi les isotèles, Athéniens d’origine étrangère et qui constituaient une minorité, au sens moderne du mot. Ils avaient la jouissance des droits civils. La proxénie s’appliquait surtout aux étrangers de passage (3).

Une institution de droit international qui trouva en Grèce un développement remarquable, était celle des Amplhictions ou conseils élus par des tribus, réunies pour bâtir un temple en commun. La mission essentielle de ces conseils était de siéger à côté du temple et de s'intéresser à tout ce qui concernait soit le culte, soit la prospérité matérielle de l’institution. Les villes qui possédaient des Amphictions étaient appelées villes amphictionides. Le caractère des conseils d’Amphictions était exclusivement religieux; leurs décisions concernaient la garde, l’administration du temple et la conservation de ses richesses et de

(H)AIbid. :0p. 1831et"s, (2) Dragolub Krstitch : Les minorités, l'Etat et la Communauté inter-

(3) Paul Fauchille : Traité de Droit international public, t. I, p. 70. nationale, p. 85.

ses privilèges, et étaient sanctionnées par une sorte d’excommunication et le bannissement des rites.

En raison de leur grande autorité religieuse, ils étaient souvent choisis comme arbitres, mais ils n’ont jamais constitué ni un corps politique, ni un corps juridique (1).

Les ligues d'Etat étaient assez fréquentes chez les Grecs, mais m'ont jamais constitué une fédération proprement

dite. Les conditions essentielles pour l'existence d’une

fédération faisaient défaut; c’est-à-dire un lien politique central et l'égalité des Etats réunis.

La Ligue Achéenne est le seul exemple de fédération que l’on puisse citer en Grèce. Dans cette ligue toutes les cités avaient une situation égale. La ligue possédait un pouvoir central investi de l'autorité suprême qui réglait les différends surgis entre les cités. Elle avait en outre une armée fédérale, à l’aide de laquelle elle imposait ses décisions à toutes les cités qu’une même législation unissait sur les points d'intérêt commun (2).

@) Mérignhac : Traitéd e Droit public international, t. I, p. 31-32. (2) Ibid. : p. 32.

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